Dès
l'antiquité, le vicus gallo-romain d'Aquae était doté
d'un conseil municipal, ainsi que l'indique une inscription lapidaire
conservée par le musée municipal, où il est fait
mention de "decemlecti", les 10 édiles municipaux choisis
parmi les "possessores" (propriétaires), dirigés
par deux "patroni". Quelques noms de familles de notables nous
sont connus, les Titii, les Pompeii. Il est probable qu'à cette
époque reculée, les affaires du municipe se traitaient
dans aux Thermes, alors lieu public par excellence où convergeait
toute la population, du plus riche au plus pauvre.
Comme dans toutes les communautés de Savoie,
ce conseil fit place, au moyen âge à une assemblée
des communiers, chargée des affaires de la communauté
et des relations avec l'autorité seigneuriale. Les assemblées
se tenaient aux sorties de messe soit dans la nef de la collégiale
qui appartenait à la paroisse soit sur le parvis de l'église.
Ce n'est qu'au XVIII° siècle que le besoin d'une
salle consulaire se fit sentir pour traiter les affaires de la commune
et y conserver les archives. Jusque là, celles-ci étaient
entreposées avec les archives du Tabellion, dans une des tours
des remparts, sous la responsabilité du secrétaire de
ville.
Hélas, un incendie dramatique détruisit
la ville en avril 1739, ruinant 80 maisons du centre et par la même
occasion les archives.
A
cette époque la ville ne possédait pas d'hôtel de
ville, ni de maison commune, mais louait une salle dans une maison du
centre appartenant à un particulier. Ce n'est que vers 1760,
que le conseil municipal se préoccupa d'en faire construire un
; il acheta alors l'emplacement de masures détruites par l'incendie
de 1739 et fit établir des plans à l'architecte chambérien
Trivelly, comportant en outre une salle d'archives pour le Tabellion,
en remplacement de la tour qui était vétuste. Mais les
finances n'étaient pas suffisantes et le projet, bien que toujours
d'actualité, n'était pas réalisé en 1785.
On trouva alors une autre solution. Un particulier proposait de faire
construire un hôtel de ville au centre de la bourgade, sur le
terrain que la ville possédait à cet effet, contre une
somme d'argent et une partie du bâtiment.
Mais l'argent encore une fois manquait et le projet
fut de nouveau abandonné, si bien que sous la Révolution
et l'Empire la ville n'était toujours pas propriétaire
d'une maison de ville, et ce n'est qu'en 1818 que la ville put enfin
acquérir un modeste appartement, disposant d'une salle pour le
conseil de ville, et d'un local pour les archives du Tabellion. Il faut
dire que depuis longtemps l'Intendant de la province pressait les édiles
de trouver une solution de rechange à la Tour des Archives, vétuste
et humide.
L'occasion d'acquérir un hôtel de ville
digne d'une ville en pleine expansion se manifesta en 1864, lorsque
le Marquis d'Aix, dont la famille s'était établie à
Turin, vendit son château. Une transaction tripartite, entre la
ville, le Marquis et l'Etat, transféra la propriété
du château à la ville et celle des jardins à l'Etat
pour en faire un parc thermal. Après des travaux importants,
l'hôtel de ville fut inauguré en grande pompe le 31 mai
1868.
Ce
château, tel qu'on le connaît actuellement, date du XVI°
siècle. Le Château primitif fut détruit par les
troupes de Philippe de Bresse en 1491 puis reconstruit et enfin remanié
vers 1593, par Isabeau de la Roche Andry, Marquise d'Aix. C'est elle
qui fit édifier le magnifique escalier de la tour qui dessert
les étages : "Cet escalier sur plan carré, et dont
le noyau vide est limité par quatre colonnes, recevant la tombée
des arcs et nervures qui portent les marches, renferme une disposition
remarquable et dont les spécimens sont aujourd'hui fort rares"
dixit l'inspecteur des Monuments Historiques lors du classement. Les
clefs de voûte de l'escalier sont ornées, à chaque
étage, d'un blason aux armes de la famille de Seyssel. Malheureusement,
ceux-ci furent burinés par les Révolutionnaires de 1793
et seul celui du sous-sol fut épargné.
Plusieurs autres bâtiments et dépendances
dispersés autour du corps de logis, dont une tour carrée
ayant servi de prison, constituaient un complexe entouré de remparts
et fossés. Le Château inclus dans sa structure le temple
dit de "Diane", datant du II° siècle après JC, qui est
l'un des seuls temples romains de France encore debout (avec ceux de
Nîmes et de Vienne).
De
nombreuses modifications, surtout au XIX° siècle, changèrent
sa physionomie. Des ailes furent ajoutées, puis détruites,
pour l'école des Sœurs de St Joseph, pour la justice de Paix…Enfin,
une avancée servant d'office du tourisme fut maladroitement édifiée
contre la façade du temple romain accosté au château,
masquant la beauté de celui-ci, mais qui devrait être prochainement
démolie. L'escalier monumental fut classé monument historique
en 1890, et le reste du bâtiment en 1942. Un incendie détruisit
le dernier étage et les combles en 1906. Alors on proposa la
construction d'une nouvelle bâtisse servant l'hôtel de ville
et la transformation du château en musée. Mais pour des
raisons financières cela ne se fit pas. Aujourd'hui, le château
n'abrite plus qu'une partie des services administratifs de la mairie,
les autres ayant trouvé refuge dans divers bâtiments dispersés
en ville.
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