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Mairies et hôtels de ville en Savoie et Haute-Savoie

EXPOSITION VIRTUELLE :
MAIRIES ET HOTELS DE VILLE EN SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE

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Les différents services d'archives municipaux ou intercommunaux en Savoie et Haute-Savoie

Exposition virtuelle sur "les mairies et hôtels de ville en Savoie et Haute-Savoie"

galerie de photographies et autres documents iconographiques

Des renseignements pratiques pour le classement et la conservation  des archives dans les mairies

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'HOTEL DE LA ROCHE-SUR-FORON

 

Comme La Roche fut, dès son origine, un bourg et ensuite une ville de franchises, on peut supposer qu'il y existait un lieu public pour l'exercice des privilèges et droits, pour les réunions des grandes assemblées populaires, les séances fréquentes du Conseil ordinaire ..... et pour tout autre usage du service communal.

L'existence et l'emplacement de cette maison publique, à l'époque féodale, restent inconnus, mais on présume qu'elle devait se situer à l'intérieur de la première enceinte et qu'elle ait pu brûler lors des incendies qui, au XVème et XVIème siècles réduisirent en cendres plus de la moitié de la ville.

 

Au début du XVIIIème s., la mappe sarde révèle son emplacement (N°152 et 153), biens appartenants à la communauté : maison de ville, hospice, cour et boucherie en rue Perrine, situés à l'intérieur de la deuxième enceinte. (Maison démolie en juillet 1986, actuellement immeuble N°60).

Cette promiscuité eut cependant ses limites comme on peut le constater par une délibération du 23 août 1835 (Registre des Actes Consulaires) :

 

Monsieur le Syndic observe :

"1°) Que cette ville n'ayant point de maison commune, ayant seulement en propriété, une partie de la maison de l'hospice, dans laquelle sont logés les pauvres, les soldats de la garnison, les détenus dans un mauvais cachot, à côté de ce cachot est le corps de garde plus bas, toujours dans la même maison sont les boucheries, tous passant par la même allée, même escalier, cela n'est pas agréable et convenant pour une administration qui est obligée de tenir ses séances dans ladite maison, de se trouver confondue avec les personnes qui habitent ce local qui est, d'ailleurs, en très mauvais état.

2°) Que les personnes qui fréquentent nos marchés qui s'accroissent chaque jour, sont non seulement exposées à être estropiées par les voitures qui les traversent, attendu que le

marché des bestiaux, sans pouvoir être placé ailleurs, par défaut de local, se tient sur la route provinciale, mais encore à être volées, vu que la foule du monde étant trop resserrée, les filous peuvent plus facilement exercer leur adresse : ce qui est déjà arrivé plusieurs fois.

3°) Que Monsieur l'Avocat DEAGE désirant vendre les maisons, bâtiments, cour et jardin qu'il possède en cette ville, rue de Derrière les Murs, il conviendrait d'en faire l'acquisition attendu que jamais local plus favorable ne se présentera, vu qu'il est à côté de la nouvelle grenette, de la principale place, où se tient le marché du bétail, presque dans le centre de la ville, et que les murs de clôture étant enlevés, on peut y arriver de tous côtés ; que de la maison qui est très spacieuse, on en ferait un très bel Hôtel de Ville : le rez-de-terre servirait pour placer les pompes à feu, loger le concierge de ville et pour une chambre d'entrepôt de grains qu'on louerait, vu sa proximité de la grenette ; le premier étage serait destiné pour la salle consulaire, le secrétariat, les archives et autres ; le second servirait pour la salle d'audience de Monsieur le Juge, pour loger l'officier de la garnison, placer le tabellion, vu que le local où il est en ce moment, est très humide, trop petit, n'y ayant point de chambre où l'insinuateur puisse travailler : ce qui fait qu'on est obligé d'acenser en ville une chambre pour l'officier de la garnison, une pour le secrétaire insinuateur, et deux pour la salle d'audience et le greffe, que du jardin et de la cour, dans laquelle existe un très bon puits qui servirait au public et éviterait la construction d'un autre puits qu'on est autorisé à construire tout près de là, on en ferait une fort belle place à servir pour le marché du bétail, pour une place d'armes et autres.

4°) Que la ville peut, par le moyen de ses revenus, payer, dans l'espace de 5 à 6 ans, le prix des dits objets que l'on croit être de 20 à 23 000 livres neuves, etc."

La proposition emporta l'unanimité du Conseil triple et l'Intendant de la Province du Faucigny donna son approbation le 21 mai 1836.

Le 02 juin 1836, l'acte de vente de la maison DEAGE (N°387,388 et 389 de la mappe sarde) fut établi par Maître DUFOUR, notaire, pour la somme de 20 000 livres de piémont.

Si l'achat de l'immeuble et de ses jardins se régla à l'instar d'une simple formalité, la poursuite du projet fut un parcours semé d'embûches. Les registres des actes consulaires et les travaux de l'Abbé VAULLET soulignent le dissentiment qui existait entre le Syndic et le Conseil.

Chargé d'un état estimatif des travaux, M. LAURATO, officier du Génie de la Province, concluait qu'il était plus avantageux de démolir la maison DEAGE trop vétuste, et de construire un hôtel de ville en employant les anciens matériaux. Cette solution fut approuvée par le Conseil triple en date du 16 octobre 1836, ces travaux pouvant être effectués avec les revenus de la ville sans avoir recours à aucun impôt. L'emplacement choisi se situait à 34 toises en arrière de l'ancien bâtiment.

Mais le 5 août 1837, Monsieur l'Intendant de la Province, proposa l'échange de la maison DEAGE avec la maison des Pauvres (Hospice). Le Conseil double motiva son refus en invoquant que, par son nouvel emplacement, l'Hôtel de Ville permettrait l'agrandissement des places publiques et du marché, principale ressource commerciale des habitants. Il insistait également sur l'inconvénient de la cohabitation avec les animaux de la Boucherie, d'où la nécessité de l'achat d'un local pour ce commerce, qui entraînerait de nouvelles dépenses.

M. RUPHY, architecte, fut chargé de dresser le plan du nouvel Hôtel de Ville qui fut rejeté par le Congrès permanent des Ponts et Chaussées. Monsieur l'Intendant de la Province invita le Conseil à proposer un nouvel architecte. M. CARAVAGNO, architecte employé au Génie de la Province, fut nommé le 15 novembre 1837.

Le plan de la nouvelle construction approuvé, il allait être procédé à l'adjudication des travaux lorsque, par lettre du 09 avril 1839, le Conseil fut informé que le Ministre de l'Intérieur avait révoqué l'autorisation précédemment donnée de construire l'Hôtel de Ville et en avait ordonné en même temps la réparation. Cette décision ministérielle inexplicable, sans doute due au Syndic de l'époque ouvertement hostile au projet de construction, provoqua au sein du Conseil une protestation énergique. Ne pouvant obtenir l'application de la directive ministérielle, le Syndic ordonna alors de faire dresser un plan d'embellissement de la ville dont les dispositions excluaient la construction de l'Hôtel de Ville. Cette proposition fut également l'objet d'une protestation de la majorité des membres du Conseil et d'un assez grand nombre de notables de la ville.

Ayant enfin pris conscience des intrigues et des diverses machinations qui entravaient l'exécution de ce projet, Monsieur le Ministre sans attendre l'adoption du plan d'embellissement, rendit en date du 17 juillet 1839, une décision qui ordonnait la prompte exécution de la construction de l'Hôtel de Ville. Ainsi s'acheva la polémique et les travaux purent commencer.

L'originalité réside dans le choix délibéré de l'utilisation des matières premières de proximité : le sable tiré du lit du Foron ; le calcaire ordinaire, pour la maçonnerie, extrait des carrières qui environnent la ville ; la pierre de taille des carrières de Pontchy, près de Bonneville et celle pour la construction de la corniche, de Saint-Jeoire.

Le Sieur Jean LAPHIN fut nommé directeur de la corvée.

Le Révérend GINDRE, archiprêtre et curé de la Ville procéda à la bénédiction de la pierre angulaire le 14 avril 1841, avec toutes les cérémonies d'usage.

Le gros oeuvre fut achevé en 1842 et l'architecte SOCHER fut chargé de l'aménagement des travaux intérieurs dont la réception eut lieu entre 1845 et 1847.

Avant l'achèvement total, un incendie, qui se déclara dans l'ancien Hôtel de Ville le 9 août 1844, provoqua le déménagement en toute hâte, dans la nouvelle construction, des documents, titres et meubles.

On retrouve, dans les archives municipales les nombreuses délibérations qui décrivent avec minutie le suivi des travaux et les aménagements prévus dans le nouvel édifice. On relève plus spécialement la construction d'un plancher dont toutes les pièces étaient numérotées et qui pouvait être placé et déplacé à volonté selon les besoins. Son usage était réservé aux revues provinciales, levées militaires, réunions, fêtes populaires, repas, bals...

Pour doter la commune d'un Hôtel de Ville permettant à ses habitants d'utiliser au mieux ses services, il fallut donc patienter quatre ans pour les transactions, trois pour le gros oeuvre et les cinq dernières années pour voir son achèvement et ce, grâce à la volonté et la ténacité d'une poignée d'hommes dévoués au bien public.

Mais comme dans toute évolution, la Mairie a dû s'adapter aux nouveaux besoins. Elle a subi différentes rénovations dont la plus récente eut lieu entre septembre 1991 et septembre 1992.

Son esplanade, lieu de rencontres et de convivialité ainsi que son emplacement lui confèrent d'être aujourd'hui au coeur même de la cité.

 

 

 

Notes :

Syndic : principal magistrat municipal, maire. [Retour]

Derrière les murs : à l'extérieur de la 2ème enceinte, à l'ouest de ce mur. [Retour]

Tabellion : ancien officier public jouant le rôle de notaire dans les juridictions subalternes. [Retour]

Insinuateur : dans le droit ancien, c'était la personne chargée de l'enregistrement qui donnait aux actes un caractère d'authencité, en particulier la tenue de l'état civil. [Retour]

Acenser ou accenser : louer à bail. [Retour]

Toise : Savoie : 2,715 m ; France : 2,598 m. [Retour]