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A travers les
archives médiévales
de la principauté savoyarde Auteur : Nicoles CARRIER - Niveau de lecture : Tous publics |
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A la base de la documentation
financière savoyarde :
La première fonction de la Chambre des comptes est de veiller à la conservation et, si possible, à l’accroissement des ressources financières des princes savoyards, lesquelles sont de trois sortes :
Les deux premières catégories forment ce qu’on appelle le " domaine " comtal. Elles ont comme point commun que ce sont des revenus peu ou prou assis sur la terre, même les revenus banaux, qui pèsent en principe sur les hommes, mais sont perçus dans le cadre d’un mandement géographiquement bien défini. Au cours du XIIIe siècle, les comtes de Savoie ont éprouvé le besoin de mieux connaître leur domaine, afin de savoir au moins approximativement quelles ressources ils pouvaient espérer en tirer chaque année. Pour ce faire, ils ont fait confectionner des inventaires appelés " extentes ". Par la suite, s’est imposé la nécessité de prouver les droits comtaux, face à des contribuables souvent récalcitrants. Les inventaires sont devenus progressivement des documents authentiques, c'est-à-dire que leur forme juridique les rendait aptes à faire preuve en justice ; les historiens les désignent communément sous le nom de " terriers " mais, au Moyen Âge, la Savoie en deçà des monts les appelait " reconnaissances ", tandis que le Valais employait plutôt le terme de " grosses ", et que le Piémont préférait celui de " consegnamenti ". C’est sur la base des extentes et des reconnaissances que les maîtres et auditeurs des comptes vérifiaient la comptabilité des officiers comtaux, singulièrement les comptes de châtellenies. Elles étaient donc à la base de toute la documentation financière de la principauté savoyarde.
La plus ancienne extente conservée date de 1272, mais le compte de châtellenie de Montmélian en signale une dès l’année 1263. Les extentes concernent généralement le territoire d’une châtellenie et il semble bien que tous les mandements savoyards en aient été dotés entre 1270 et 1280. Elles se présentent le plus souvent sous la forme de rouleaux de parchemin. Elles sont à rapprocher en ce sens des enquêtes que les princes voisins de la Savoie, éprouvant eux aussi la nécessité de connaître avec précision leurs revenus, ont fait réaliser dans la seconde moitié du XIIIe siècle, notamment le dauphin Guigues VII et le comte de Provence Charles d’Anjou. Les extentes se présentent habituellement comme un inventaire en trois parties :
Les livres de reconnaissances apparaissent au XIVe siècle. Conservés en beaucoup plus grand nombre, ils nous sont parvenus sous deux formes : soit des minutiers, qui présentent les reconnaissances sous une forme abrégée, soit des " grands livres " rédigés et reliés avec un soin méticuleux et qui donnent une transcription complète des actes. La Savoie est un pays de notaires, où un " instrument public ", daté et authentifié par le seing notarial et la liste des témoins, fait preuve en justice. Les registres de reconnaissances des XIVe et XVe siècles possèdent ce caractère d’instrument public, que n’avaient pas les extentes du XIIIe. Ils se présentent comme des compilations reconnaissances individuelles passées oralement par des tenanciers nobles ou roturiers devant un notaire spécialement député par la Chambre des comptes : le commissaire d’extentes.
En 1351, les premiers statuts de la Chambre des comptes ordonnent la rénovation régulière des terriers, " pour cause des genz qui sont mort et les heritages transporter ". Trois ans auparavant, la grande peste, cause d’innombrables décès, avait entraîné des mutations foncières en très grand nombre et bien des redevances avaient été perdues. Une autre précaution prise par le pouvoir est la centralisation et le classement de ses archives financières. Depuis le début du XVe siècle, les terriers sont archivés à la Chambre des comptes, dans le château de Chambéry.
Si elles négligent habituellement la réserve comtale, les reconnaissances des XIVe et XVe siècles décrivent les tenures de façon beaucoup plus détaillée que les extentes. Le nombre, la nature et la taille des pièces de terre sont le plus souvent indiquées ; elles permettent de reconstituer les paysages et, assez largement, le parcellaire. Elles représentent une source essentielle pour l’histoire agraire ainsi que pour l’histoire des familles, car le reconnaissant indique fréquemment de qui viennent les biens qu’il tient, ce qui permet parfois de reconstituer les filiations.
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