CLAIRANT Jacques, sculpteur de Chambéry
Fils d’André CLAIRANT, il est natif de CHAMBERY où il apprend le métier dans la corporation des sculpteurs dite de Sainte Anne. Il s’installe à MOÛTIERS, près de la commande épiscopale, y acquiert le droit de bourgeoisie et se marie le 8 novembre 1707. On dit qu’il se maria trois fois et aurait eu des enfants des trois lits. Il possède dans son atelier de MOÛTIERS les tours qui permettent de tourner les colonnes torses, bien qu’il utilise un type de colonne composite par son chapiteau, mais dont le fût semble défier toutes les règles admises. Il imagine en effet un support composé d’un morceau de fût sur lequel est posé un ange terme (ou cariatide, terme féminin impropre) coiffé d’un chapiteau qui supporte l’entablement. Et il remplace le traditionnel tableau peint central par un motif sculpté en ronde-bosse très reconnaissable. Il sous-traite parfois le travail à des ateliers de menuisiers qui éxécutent des morceaux de rétables. Ceci expliquerait l’aspect mal dégrossi du Rosaire de DOUCY, de 1708, qu’il mit vingt ans à se faire payer, alors qu’il en avait réalisé le maître-autel en 1698, le premier retable présentant les fameux anges-termes, pour 3900 florins, l’équivalent du prix d’une maison bourgeoise à MOÛTIERS. Les sculptures de ce retable devaient être dorées pour les vêtements, et les revers traités en laque fine ou "vert distillé" (une laque translucide obtenue à base d’un pigment naturel de baies de nerprun, très utilisée dans la peinture hollandaise et flamande du XVIIe). Le fond serait rouge cinabre, les anges couleur de chair, le tout doré en or de Lyon, et on lui accorda quatre ans pour réaliser le travail. Dans ces mêmes années, il travailla au maître-autel de SAINT-PAUL-SUR-ISERE avec CLAUDE MARIN sur un dessin de MOLINO, de même qu’ au maître-autel de ROGNAIX et à celui de l’église de SAINT-NICOLAS-DE-VEROCE, réparé en 1771 par ALBERTINI. On le voit réapparaître à NOTRE-DAME-DE-LA-GORGE en 1707, puis au maître-autel de VILLARGEREL), et enfin pour son chef-d’oeuvre, en 1710, le maître-autel de l’église de CHAMPAGNY-LE-BAS, où GUALLA l’assiste comme menuisier, avec sa multitude d’anges termes et musiciens.
Ses derniers maître-autels sont ceux de THENESOL, disparu (prix-fait du 19 mai 1719), en tilleul, doré à l’or de Venise, avec une toile de BERENGIER, en 1721, et le maître-autel de l’église d’AIME à colonnes torses et cannelées, disparu en 1794 et remplacé par celui de DELPONTE.
Dans les dernières années, il sculpte des chaires étonnantes, celle de Notre-Dame-de-la-Vie à SAINT-MARTIN-DE-BELLEVILLE avec JEAN VIBERT et ANDRE MURAT, en 1718 celle de l’église de CONFLANS, où les Pères de l’Eglise sont traités dans un mouvement à la BERNIN, celle de l’église de BEAUFORT-SUR-DORON en 1722, réalisée dans son atelier de MOÛTIERS (on a volé l’ange musicien du sommet de l’abat-son), et HAUTELUCE, de 1724, qui provient tout au moins du même atelier. La chaire de l’église d’UGINE (1718-1722) provient du grand refectoire de l’abbaye de TAMIE, achetée 6 louis d’or par le curé d’Ugine Rd Delachenal. Avec ses Pères de l’Eglise et ses Atlantes, ni décapée ni noircie, elle est magnifique. CLAIRANT a pour collaborateur le froid CLAUDE MARIN, de FLUMET, mais son véritable suiveur sera JOSEPH-MARIE MARTEL, de Campertogno, qui s’installe à HAUTEVILLE-GONDON, dont il réalise le maître-autel en 1732 , en y accumulant tous les cas de figures: les Docteurs de l’Eglise, des colonnes de tous styles, les Evangélistes. Son fils ANDRE MARTEL s’installera à MÂCOT, jusqu’à ce que son atelier disparaisse dans l’incendie du village en 1778-79, avec les retables destinés aux églises de TESSENS et SAINT-LAURENT-DE-LA CÔTE, et qu’il soit ruiné.
PHOTOS 67, 68 et 69 : le maître-autel de Champagny-le-Bas (Clairant)
PHOTO 70 : maître-autel d’Hauteville-Gondon
(Martel) 