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PATRIMOINE BAROQUE RELIGIEUX
EN SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE

Auteurs : Michèle et Edmond Brocard-Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • I-1 Du gothique au baroque en passant par le classicisme
  • I-2 Les composantes du baroque
  • II-1 Le monde "du dehors" et le monde "du dedans"
  • II-2 L'époque et les circonstances
  • II-3 Les décideurs
  • II-4 Les gens du métier
  • II-5 Art baroque savoyard ou alpin ?

  • EXPERT

    ANNEXES
  • Notes
  • Bibliographie
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    I-1 Du gothique au baroque en passant par le classicisme

    Le lien entre l’architecture religieuse du XVIe siècle et celle du XVIIe est visible, le modèle en est la façade de la cathédrale d’ANNECY, édifice gothique sur lequel fut plaquée en 1535 la façade classique de JACQUES ROSSEL, qui inspira trois édifices, l’église du collège des Jésuites de CHAMBERY, Notre-Dame, construite de 1599 à 1646, qui inaugure l’art classique en Savoie, suivie de la seconde église du couvent de la Visitation d’ANNECY, 1645-1652, et de la construction de la façade de la Sainte-Chapelle du château de CHAMBERY, plaquée en 1665 sur un édifice gothique flamboyant des années 1409-1475, sur des plans du comte piémontais AMEDEO CASTELLAMONTE.

    DESSIN 1 : comparatif des 4 façades

    En 1562, la Savoie ayant recouvré son indépendance, le duc Emmanuel-Philibert transféra prudemment la capitale des Etats de Savoie de Chambéry à Turin. Les grands officiers le suivirent en Piémont, il ne resta en Savoie qu’une noblesse de robe issue du grand commerce, et l’architecture civile en a souffert. A la même époque, le Concile de Trente réagissant contre le Protestantisme et le laisser-aller de l’Eglise catholique, favorise la construction et l’embellissement des églises. La Réforme catholique triomphe à Rome avec l’art nouveau du BERNIN, mort en 1666 ou de BORROMINI, mort en 1665, mais auxquels s’oppose encore un vigoureux courant classique dominé par LE GUIDE, LE DOMINIQUIN, LE GUERCHIN, à la suite des CARRACHE. Le style baroque ne fait pas l’unanimité d’emblée. Les colonnes torses du fameux Baldaquin du Bernin à Saint-Pierre-de-Rome ne sont pas aussi innovantes qu’on le dit. Elles ne font que renouer avec la tradition des colonnes torses du cloître de l’église Saint-Paul-hors-les-Murs ou celles du vieux Saint-Pierre, encastrées dans la masse des piliers de MICHEL-ANGE, mais leur succès va perdurer et imposer sa marque au style dit baroque. Turin est la seconde capitale baroque après Rome, GUARINO GUARINI s’y exprime avec la plus totale liberté. Le baroque romano-piémontais passe par les Alpes et le "croissant alpin", avant de s’étendre de la Sicile à la Lithuanie.

    La grande époque baroque se situe en Savoie entre 1650 et 1770. Peu d’architecture civile sinon des profusions d’aménagements de détail, portails, ferronneries sur les hôtels particuliers. Pour les édifices religieux, on "baroquise" à la hâte des églises anciennes aux formes simplistes déterminées par les rigueurs du climat montagnard, sur lesquelles on superpose une architecture feinte qui se confond avec l’architecture réelle. Le baroque n’a d’ailleurs apporté aucune invention technique décisive. Les procédés que l’on utilise en construction, coupoles, voûtes d’arêtes, ont été longuement mis au point par les siècles précédents. Il y a plusieurs façons de transformer l’église. Quand on ne se contente pas d’enduire les murs d’une bonne couche de stuc et plaquer de fausses voûtes d’arêtes dans les nefs, on utilise un élément proprement architectural, la colonne, héritage adapté de la Renaissance. Mais avec la colonne, ce qui compte à présent, c’est le vide qu’elle crée. La colonnade cesse d’être cloison pour devenir décor. Le choeur est escamoté-pour cela on n’hésite pas à détruire les vieilles absides romanes en cul-de-four. Ce n’est plus lui qui oriente l’église, mais le rétable majeur et les deux autels secondaires qui l’accompagnent. Par le retable, le pouvoir du maître-autel devient absolu, dominé par le Dieu de la Sainte Trinité. Les retables s’inspirent des traditions de VIGNOLE, SERLIO (1475-1554) et appliquent la science des images de l’Iconologie de CESARE RIPA (1593). En Lyonnais et en Savoie, RIPA est renouvelé par le jésuite CLAUDE-FRANCOIS MENETRIER (1631-1705), préposé aux entrées royales et liturgies funèbres de la Cour de Savoie, et oeuvre avec l’architecte FRANCOIS CUENOT, qui publiera en 1659 un " Livre d’architecture" offrant des modèles de colonnes torses à chapiteaux d’ordre composite à corbeilles feuillagées corinthiennes, sous de larges volutes ioniques. Ces modèles et ceux du français ABRAHAM BOSSE seront suivis jusqu’à la parution en 1751 des "Nouveaux dessins d’autels à la romaine" de JEAN LE PAULTRE. En effet, le retable avec sa base en forme de tombeau se sépare alors du mur du chevet, acquiert son autonomie monumentale, revenant à la formule du BERNIN, avec ses colonnes et sa gloire de marbre.

    La fin du baroque et l’avènement du néoclassique, vers 1750, coïncident avec la remise en question de la vie monastique. En 1770, tous les grands architectes baroques sont décédés, et les signes de sécularisation que sont les idées de Nature, Raison, Antiquité prennent le dessus. Le temps des Lumières est arrivé.

    L’art baroque semble de prime abord complexe et multiforme. Il obéit cependant à un ordre établi très rigoureux, aussi codifié par les évêques que l’art dit classique, ce que l’on peut observer en analysant les contrats notariés, ou prix-faits, passés avec les paroisses et les gens de métier.

     

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