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PATRIMOINE BAROQUE RELIGIEUX
EN SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE

Auteurs : Michèle et Edmond Brocard-Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • I-1 Du gothique au baroque en passant par le classicisme
  • I-2 Les composantes du baroque
  • II-1 Le monde "du dehors" et le monde "du dedans"
  • II-2 L'époque et les circonstances
  • II-3 Les décideurs
  • II-4 Les gens du métier
  • II-5 Art baroque savoyard ou alpin ?

  • EXPERT

    ANNEXES
  • Notes
  • Bibliographie
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    I-2 Les composantes du baroque

    Les églises baroques italiennes, en forme d’églises-halles coiffées d’une voûte en berceau, agrémentées de chapelles-niches, avec une partie orientale à plan centré couverte d’une coupole, sont un prolongement de celles de la Renaissance classique, comme celle du Gesù des jésuites de Rome (1575) et s’insèrent dans la ville. Leur effet monumental dérive de la concentration d’éléments d’étayage : pilastres décorés, corniches coudées, lignes de façade ondulées. Le plan centré est très en faveur. Si le XVIIe siècle fut un siècle de géomètres, le baroque tardif tombera dans l’assymétrie et les éxubérances. La Savoie se situe naturellement dans la mouvance du baroque italien, piémontais plus particulièrement, mais elle adapte ce style à ses particularismes locaux, aux influences qu’elle subit, et utilise ce qu’elle possède déjà. C’est pourquoi l’on ne trouve guère de façades aux lignes courbes à l’italienne, et que le décor extérieur se manifeste surtout dans les portails, qui évoluent du XVIIe au XVIIe siècle, avec les frontons, courbes ou interrompus, que l’on retrouve aux retables.

    A l’intérieur vont jouer colonnes torses et chapiteaux, voûtes, coupoles et lanterneaux, tribunes, stucs, et ces étonnants retables dorés et colorés, dont la présence fondamentale et caractéristique fait à présent qualifier de "baroques" des édifices romans comme les églises de SAINTE-MARIE-DE-CUINES, PEILLONEX, ou gothique de CONTAMINE-SUR-ARVE. Au demeurant, rares sont les édifices architecturalement d’un style pur.

     

    LES PORTAILS

    DESSINS 3 et 4 de portails comparatif

    En principe, le portail est surmonté d’un entablement, couronnement horizontal comprenant une corniche, qui surmonte une frise, une architrave, ou l’une et l’autre. A ces éléments s’ajoute parfois un bandeau d’attique. L’entablement peut être rampant, cintré, en plein-cintre, en archivolte ou à ressauts, s’il est formé d’avancées et de renfoncements. On retrouve les mêmes entablements au sommet des retables.

    L’entablement toscan est théoriquement formé d’une architrave sans fasce, d’une frise nue, d’une corniche à larmier et cimaise.

    L’entablement dorique possède une architrave à deux fasces, une frise avec alternance de triglyphes et de métopes, d’une corniche à larmier et cimaise. dans le dorique grec, l’architrave n’a pas de fasces.

    L’entablement ionique possède une architrave à trois fasces séparées par une baguette, une frise, une corniche à larmier et cimaise, larmier souligné par des denticules entre deux corps de moulures.

    L’entablement corinthien est formé d’une architrave à trois fasces séparées par une baguette ou des olives, couronnées d’un quart-de-rond ou d’un talon et d’un réglet, d’une frise, d’une corniche à larmier et cimaise, le larmier étant porté par une rangée de modillons à volutes.

    L’entablement composite est théoriquement formé d’une architrave à deux fasces couronnées d’un corps de moulures, d’une frise, généralement raccordée avec l’architrave par une rangée de modillons à volutes et soulignée par des denticules.

    L’attique est un couronnement horizontal placé au dessus de l’entablement, formé d’un corps rectangulaire plus large que haut, d’une corniche et d’une base.

    Le fronton peut être plus ou moins ajouré ou ne s’étendre que sur une partie de la surface définie par le cadre. Le cadre est formé d’une corniche et de deux rampants, ayant généralement la même moulure que la corniche. Le fronton est théoriquement triangulaire, mais sa base peut être interrompue à une certaine distance du pied des rampants. Il peut être cintré si ces rampants sont dessinés par un même arc de cintre, en arc brisé, en anse de panier, infléchi, en accolade ou brisé lorsque ses rampants sont interrompus avant leur rencontre au faîte. En ce cas sa partie centrale est souvent remplacée par un motif d’amortissement (statue, pot-à-feu, boule, obélisque, fleuron, candélabre. . . . . ). Le fronton peut encore être à volutes, lorsque chaque rampant présente à son extrémité inférieure ou supérieure, ou aux deux, une volute, rentrante ou sortante.

     

    LES BAIES

    La baie est l’ouverture ménagée dans une partie construite, et son encadrement. Les baies peuvent être jumelées, par deux, trois ou quatre. On en trouve souvent trois dans les façades baroques, avec une extrémité supérieure arrondie. Si les deux baies latérales sont diffférentes de la baie centrale, plus basses, et semblables entre elles, on est en présence d’un triplet. La serlienne, issue de l’architecture antique, est un triplet formé d’une baie centrale couverte d’un arc en plein cintre et de deux baies

    latérales couvertes d’un linteau ou d’une plate-bande à hauteur de l’imposte de la baie centrale. Le rognon, tardif, se trouve à MONTVERNIER ou à la Superga de LONGEFOY-SUR-AIME. La fenêtre thermale en forme de demi-lune ou d’arc de cercle est plus spécifique du XIXe siècle.

     

    LES COLONNES ET LEURS CHAPITEAUX

    Elles appartiennent à deux types, soit toscanes, soit torses à chapiteau composite :

    -Le 4ème Livre d’architecture de VITRUVE, traduit en 1673 par CLAUDE PERRAULT, décrit les grands ordres romains. De l’héritage grec, VITRUVE retient trois ordres, dorique, ionique et corinthien, auxquels il en ajoute un quatrième, l’ordre toscan, un dorique simplifié, introduit en Italie par les architectes étrusques. Les constructeurs baroques ne vont utiliser que deux ordres, le dorique avec sa variété toscane, et le ionique avec une variété corinthienne. Le module du dorique est le rayon de la colonne et celui du ionique, le diamètre. Le chapiteau toscan, théoriquement composé des mêmes éléments que le dorique, s’en distingue par le filet unique séparant son gorgerin de son échine et du fait que ces éléments ne sont pas ornés.

    -La colonne torse a le fût contourné en hélice, elle est en principe surmontée d’un chapiteau composite, formé d’une corbeille portant les deux rangs inférieurs feuillagés d’acanthes du corinthien, de l’échine ornée d’oves, et de l’abaque du chapiteau ionique à cornes (ou volutes). C’est FRANCOIS CUENOT qui reprit en 1659 les principes de la colonne torse antique dans son Livre d’Architecture. Les chapiteaux furent parfaitement décrits en 1607 par JAN et PAULUS VREDEMAN DE VRIES dans leur "Architectura".

    PHOTO 5 : les ordres (Livre de Cuenot)

    PHOTO 5 : les ordres (Livre de Cuenot)

    PHOTO 6 : épure de colonne torse Livre de Cuenot)

    PHOTO 6 épure de colonne torse  (Livre de Cuenot)

    PHOTO 7: chapiteau (Livre de Cuenot)

    PHOTO 7 : chapiteau (Livre de Cuenot)

     

    LES VOÛTES

    La voûte d’arêtes communément employée par le baroque est constituée de deux voûtes en berceau perpendiculaires dont les intersections forment des arêtes saillantes se recoupant à un faîte commun.

    Elle comprend habituellement quatre quartiers. Suivant le tracé de ces quartiers, on distingue des voûtes d’arêtes à quartiers plein-cintre, brisés, surbaissés, etc. . . On ne les confond pas avec les voûtes en arc-de-cloître, parfois rectangulaires ou barlongues.

    PHOTO 8 : étude de déformation de voûte en photogrammétrie

    PHOTO 8 : étude de déformation de voûte en photogrammétrie

     

    LES COUPOLES ET LANTERNONS ou LANTERNEAUX

    La coupole est une voûte de plan circulaire dont l’intrados est théoriquement une concavité de révolution, tracé par la rotation d’un arc générateur sur un axe vertical. Suivant l’arc générateur, on distingue la coupole plein-cintre, surbaissée et surhaussée. La coupole hémisphérique est une coupole circulaire en plein-cintre. La coupole peut être sur pendentifs, sur trompes, sur arcs-diaphragmes. Le tambour est le mur de plan circulaire, ovale ou polygonal, placé sous la coupole. La calotte est la partie supérieure de la coupole. Le lanternon est un accessoire du toit, petite construction de plan centré en fome de lanterne, percée de fenêtres et placée au faîte du toit. Le lanternon se distingue du lanterneau par son volume élancé. Le lanterneau est une petite construction basse généralement de plan carré ou rectangulaire, percée de fenêtres. Le belvédère se distingue du lanternon et du lanterneau par le fait qu’il est toujours accessible et forme une petite pièce accessible. Mis à part de grands édifices comme Notre-Dame à CHAMBERY ou la cathédrale de MOÛTIERS, on trouve des coupoles dans les églises de Maurienne.

     

    LES TRIBUNES

    Beaucoup d’églises de Savoie comportent une tribune, dont l’installation s’est généralisée lorsque les anciens Pénitents Blancs se confondirent avec les confrères du Très-Saint-Sacrement, confrérie de dévotion post-tridentine placée sous le contrôle du curé qui les installa bien à sa vue sur la tribune et non plus dans une chapelle privée. Les tribunes de Tarentaise et du Beaufortain se reconnaissent à leur retour partiel sur les collatéraux. C’est le cas des églises de BEAUFORT, GRANIER, VILLARD-SUR-DORON, LES CHAPELLES, HAUTELUCE, et de la dernière venue, VALEZAN, en 1737-1732, qui ne retourne que sur le collatéral nord.

    PHOTO 9 : tribune de Villard-sur-Doron

    PHOTO 9 : tribune de Villard-sur-Doron

     

    LES CLOCHERS A BULBE

    Le premier clocher à bulbe attesté est celui réalisé en 1687 sur un dessin de JEAN CAVORET pour la seconde Visitation d’ANNECY, (Eglise Saint-François actuelle) . L’un des derniers est celui de MEGEVE, vers 1758 sur des plans de MUFFAT, leur construction se poursuivit jusqu’à la fin du XIXe siècle, avec le dernier du genre, celui d’ONNION, en 1887. La plupart de ces clochers se trouvent dans la vallée du Giffre, le Faucigny, le Beaufortain et le Val d’Arly, parfois en Tarentaise, à LANDRY, où il coiffe un clocher roman. .

    PHOTO 10: clocher de Landry

    Clocher de Landry (photo10)

    On distingue le dôme à l’impériale et le bulbe :

    Le dôme à l’impériale est un toit en forme de dôme, centré à versant continu ou à pans, galbé en doucine ou en talon renversé, dessinant un S.

    Le bulbe est un toit de plan centré à versant continu ou à pans, galbés suivant une courbe alternativement concave ou convexe, les parties convexes formant des renflements surplombant les parties concaves. On l’appelle aussi oignon ou rave.

    Ils sont apparus en Savoie du Nord dès le XVIIe siècle (cathédrale de GENEVE en 1620). Dès la création de leur corps, les architectes et ingénieurs piémontais ou sardes formés à TURIN au XVIIIe siècle se firent une spécialité de ces clochers à bulbe, manière de démontrer leur technicité, on le vit avec PIERRE CHENAVAL, qui utilisait l’une ou l’autre formule. Ces clochers métalliques, recouverts de fer blanc importé de Franche-Comté ou d’Angleterre, coûtaient très cher, entre 1000 et 2000 livres. Ce besoin de fer intensifia la production locale de minerai à partir des années 1779. Ce fut le cas pour SAINT-GEORGES-D’HURTIERES en Maurienne, où fut reprise une tradition immémoriale. On ne s’étonne pas de voir une maître-lanternier local, JEAN-JACQUES GRAVONNE, réparer en 1729 le clocher de l’église de MARTHOD.

     

    LES POUTRES DE GLOIRE

    Ce sont les Crucifixions recommandées par les Constitutions synodales. On les nomme calvaires, trefs, trabes ou poutres de gloire. Elles trouvent leur origine en Souabe ou Franconie, popularisées par une gravure de Martin Schongauer qui influença Dürer et Mathias Grünewald. Lancées à l’entrée du choeur au droit de l’arc triomphal, on y voit le Crucifié, la Vierge, saint Jean-Evangéliste, parfois la Madeleine, et des angelots recueillant le sang des plaies dans des calices. Le faîte du maître-autel de VILLETTE-D’AIME est traité en tref, avec un crucifié entouré de quatre angelots recueillant son sang dans les ténèbres suggérées par le soleil et la lune ornant les bras de la croix, un vieux thème franciscain des XIVe-XVe siècles.

    PHOTO 11 : Faîte du maître-autel de Villette d’Aime

    Faîte du maître-autel  de Villette d'Aime

    PHOTO 12: poutre de l’église de Peisey-Nancroix

    Poutre de l'église de Peisey-Nancroix

     

    LES RETABLES

    Ils sont décrits dans le détail dans les ouvrages consacrés à l’art baroque en Savoie. Ils ont beaucoup évolué depuis leur édification, car leurs bases rongées par l’humidité ont été remplacées et certains éléments volés. Ils ont subi au cours des temps des déplacements du choeur vers la porte, sinon dans un autre édifice, des restaurations plus ou moins heureuses, mais, s’ils sont rarement "purs", ils ont conservé leur attrait. Gradins et intercolonnes sont décorés de ces "peopled scroll" ou rinceaux habités, cités en 1524 par CELLINI, issus de la période impériale de la sculpture romaine. C’est un motif particulièrement fort où la forme ornementale par excellence du rameau de vigne ou de l’acanthe accueille de petits personnages, putti, flore locale, ou petits animaux, plus ou moins transformés en volutes ou prolongés par des feuilles, exercice mêlant géométrie et caprice tout en obéissant à une véritable stylistique. D’autres éléments courants sont les anges vêtus de la tunique laticlave empruntée aux sénateurs romains, les miroirs bombés enveloppés de cuir, apparus chez JAN VAN EYCK (1390-1441), assez fréquents en Tarentaise de 1650 (LANDRY, tabernacle) à 1768 (TIGNES), les pots à feu, souvenir des aéropyles de VITRUVE, les petites pommes de pin ou "pignae" à l antique. Les coeurs, utilisés par MENESTRIER en avril 1663 pour la réception du couple ducal à Chambéry, sont ensuite généreusement représentés dans les retables, couronnés, enflammés ou en forme d’écus.

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