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PATRIMOINE BAROQUE RELIGIEUX EN SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE
Auteurs : Michèle et Edmond Brocard-Niveau de lecture : Public |
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II-2 L’époque et les circonstances La vague de construction qui a touché la Savoie et la Haute Savoie aux XVIIe et XVIIIe siècles se distribue en deux périodes, avant et après 1717, lors de l’avénement de la Royauté, qui fait apparaître le corps des Ingénieurs et Architectes piémontais de l’Intendance, à tendance unificatrice. On constatera une récession à partir de 1734, bien que la Haute-Savoie ait continué à édifier des églises et créer des paroisses nouvelles jusqu’à la toute fin du XVIIIe, avec les créations de paroisses nouvelles. II-2-1 La politique La Savoie connut des vicissitudes à l’âge dit Baroque. A peine remis de la perte de GENEVE et des invasions françaises sous HENRI IV, ses souverains sont de nouveau aux prises avec la France. Sous le duc CHARLES-EMMANUEL Ier, LOUIS XIII occupe tout le pays en 1630. VICTOR-AMEDEE Ier a épousé en 1619 la soeur du roi, CHRISTINE DE FRANCE, Madame Royale, dont l’influence sur les arts sera prépondérante. FRANCOIS DE SALES meurt en 1622. En 1631, les Français envahissent de nouveau le pays. Madame Royale, régente de 1637 à 1645, attire à Chambéry l’architecte FRANCOIS CUENOT. CHARLES-EMMANUEL II, majeur en 1645, signe une alliance franco-savoyarde. Sous son long règne de trente-sept ans (1638 à 1675), la Savoie retrouve une certaine prospérité et une véritable politique routière s’instaure avec le rétablissement du trafic par le Mont-Cenis . A partir de 1650, le pays entame une poussée démographique. Les Savoies se dissocient du Piémont au niveau des techniques. C’est visible lorsque l’on voit CHARLES-EMMANUEL II employer à Turin de 1666 à 1675 le moine théatin GUARINO GUARINI aux Dômes du Saint-Suaire et de San Lorenzo. PHOTO 25: Dôme de la chapelle du Saint-Suaire à Turin
De 1675 à 1730, sous le règne du dernier duc et premier roi de Sardaigne VICTOR-AMEDEE II, les troubles reprennent. En 1685, l’Edit de Nantes est révoqué, en 1690 la Savoie entre dans la Ligue d’Augsbourg, et la France envahit à nouveau le pays. Nice et Montmélian tombent dès 1691. Mais, en 1696, au Traité de Turin, France et Savoie s’allient et l’on entre véritablement dans la grande période de reconstruction des églises en Savoie. De 1703 à 1716, renversement de situation. Le duc de Savoie s’allie à l’Empire. Les chantiers de constructions d’églises sont arrêtés, comme à BOZEL ou CONFLANS.
II-2-2 La géographie, la démographie et l’émigration On observe un fort contraste entre montagne et vallée. Les vallées sont plus pauvres, moins alphabétisées que la montagne, trop proches de leurs seigneurs, car les droits féodaux ne seront rachetés par les communes qu’à la fin du XVIIIe siècle. La montagne, loin du regard des seigneurs, est plus libre, beaucoup de terres et de hameaux sont des alleus, les noms en témoignent comme à LES ALLUES. C’est particulièrement évident en Tarentaise. Il y a concordance certaine entre les zones économiquement prospères et la construction religieuse. Si l’on prend le cas de la Maurienne, un rapport d’Intendant de 1774 observe que la misère règne d’ ARGENTINE à MONTMELIAN, et cela s’observe encore sur le plan architectural. L’Europe a connu une poussée démographique de 1650 à 1792 avec un pic vers 1750. Or la démographie influe fortement sur les niveaux de vie, elle joue sur la provenance et la circulation des gens de métiers contraints à s’expatrier pour subsister. Cette poussée entraîne également un changement d’esprit des populations vis-à-vis des décimateurs. Les communiers sont souvent patrons de leur église. On revendique davantage dans une paroisse qui se confond en Savoie avec la commune. Il n’existe pas de Fabrique à la Française, mais des "procureurs des oeuvres pies", qui sont des notables, ou plutôt de ces "plus apparents" comme on les nomme à l’époque, qui ont succédé aux anciens confrères du Saint-Esprit. Ils assistent au premier rang à la Visite Pastorale de l’évêque, et sont capables de prélever des cotisations exceptionnelles pour la reconstruction et les grosses réparations de l’église. A SAINT JEAN DE BELLEVILLE cependant, une inscription de façade atteste l’existence de la Fabrique en 1734. La contribution matérielle des émigrés pour la construction des églises est forte. Qu’il s’agisse des gens de métiers qui vont soudainement déferler de Lugano ou du Val Sesia, chassés par la pauvreté due à la surpopulation dans cette région alpine, pour pallier au manque de main d’oeuvre locale (maçons du Val de Giffre : TANINGES, MORILLON ou SAMOËNS, que l’on voit pourtant s’embaucher sur les chantiers tarins ou mauriennais), ou de ces entreprenants colporteurs savoyards partis chercher fortune vers l’Autriche, la Saxe et la Bavière. Leur apport financier est important, les curés et les évêques les taxent du tiers de leurs revenus pour embellir leur paroisse natale. Ils vont faire venir des retables entiers en pièces détachées depuis l’Allemagne, des peintures, de l’orfévrerie, préférant s’acquitter de la taxation imposée en offrant des oeuvres d’art à leur église. C’est ainsi que l’on verra les CLEAZ offrir en 1685 un magnifique ostensoir orfévré acquis en Bavière à l’église de BELLENTRE qui vient d’être reconstruite. PHOTO 27: coffret-reliquaire de Bellentre
SAINT-NICOLAS DE VEROCE fait partie de ces édifices haut-savoyards du début du XVIIIe siècle qui ont pleinement profité de la magnificence de leurs émigrés, qu’il s’agisse des frères GENNAMY, commerçants à Vienne, ou des RAVENAZ, l’un orfèvre à Paris, l’autre à Vienne. C’est pourquoi le retable du maître-autel réalisé en 1698 par JACQUES CLAIRANT et repris par JOSEPH ALBERTINI-s’orne d’une toile centrale d’ANTOINE HERZOG achetée à Vienne en 1733. PHOTO 28: toile du maître-autel de Saint-Nicolas-de-Véroce
L’église de NOTRE-DAME-DE-LA-GORGE, réalisée entre 1699 et 1701 par JEAN LA VOGNA pour répondre au souhait du prêtre Claude Colliex a aussi bénéficié des dons des RAVENAZ, qu’ils soient installés à Vienne ou Varsovie. Le maître-autel d’origine, terminé en 1707, est attribué à JACQUES CLAIRANT. Aux CONTAMINES-MONTJOIE, un certain François PAËRNAT, établi à Vienne, assume les premiers frais de la construction en 1759, suivi par le curé Bouvard qui commande les trois retables à un sculpteur piémontais qui se partage entre Vienne en Autriche et SALLANCHES, JOSEPH ALBERTINI. L’église d’ARÂCHES, construite entre 1702 et 1725 mais consacrée le 6 octobre 1765, doit beaucoup aux émigrés en Allemagne. Le maître-autel installé en 1730-1735 aurait été fabriqué à Vienne en Autriche, et la toile centrale de 1721, signé F. ROGOS, également . Le maître-autel de la nouvelle paroisse d’ARGENTIERES (1720) fut fabriqué en Valais et transporté en pièces détachées par le col du Grand-Saint-Bernard et le Val d’Aoste. A CORDON, tout l’édifice est décoré en 1787 par le peintre ISLER ainsi que la toile du maître autel. L’église de SAINT-NICOLAS-LA-CHAPELLE bénéficia elle aussi des dons d’un enfant du pays négociant à Rome, André Barioz, qui laissa une belle succession de 12. 000 livres en 1760.
En 1686 l’église de SALLANCHES reçoit un très grand ostensoir en argent provenant de chez J. G. OXNER, orfèvre à Munich. A peu près à la même époque, RODOLPHE VAN HELMONT, orfèvre flamand, s’installe à ANNECY et réalise une statue reliquaire en argent de Vierge à l’Enfant qui passe des mains des Dominicains d’Annecy à la chapelle de Notre Dame des Châteaux de BEAUFORT puis à l’église de BEAUFORT(d’où elle a disparu) . Son fils JEAN-BAPTISTE travaille pour l’architecte annécien PIERRE CHENAVAL dans les églises d’ AVUSY, NEYDENS, VALLEIRY, ONEX et décore les appartements de l’abbé de TALLOIRES. Un grand nombre d’immigrés venus y chercher du travail ont fait souche en Savoie. II-2-3 La réforme catholique et les résistances gallicanes La mise aux normes édictées par le Concile de Trente (1545-1563) a beaucoup tardé en Savoie. VICTOR-AMEDEE II multiplia les démêlés avec le Saint-Siège, mais les princes savoyards étaient gallicans depuis longtemps. Dès 1451 un indult du pape NICOLAS V leur permit d’exercer le contrôle sur les nominations aux bénéfices ecclesiastiques, et, si CHAMBERY était sous l’obédience d’un evêque français, celui de GRENOBLE, le Souverain Sénat de Savoie se montra omniprésent et souvent récalcitrant. En 1574, il s’opposa à la publication intégrale des dispositions du Concile de Trente. Les prescriptions des archevêques de Tarentaise GERMONIO et CHEVRON-VILLETTE, les "Acta", ne furent publiées qu’en 1697. C’est peu de dire qu’ils ont pris le temps de la réflexion. C’est exactement à cette date, vers 1697, que le mouvement de reconstruction des églises prit son essor véritable. Mais la volonté des hommes fut prépondérante, qu’il s’agisse d’agir ou d’attendre.
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