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PATRIMOINE BAROQUE RELIGIEUX EN SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE
Auteurs : Michèle et Edmond Brocard-Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • I-1 Du gothique au baroque en passant par le classicisme
  • I-2 Les composantes du baroque
  • II-1 Le monde "du dehors" et le monde "du dedans"
  • II-2 L'époque et les circonstances
  • II-3 Les décideurs
  • II-4 Les gens du métier
  • II-5 Art baroque savoyard ou alpin ?

  • EXPERT

    ANNEXES
  • Notes
  • Bibliographie
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    II-5 Art baroque savoyard ou alpin ?

    Est-il possible de parler d’un art baroque savoyard ou alpin ? Savoie du Nord et Savoie du Sud ont eu vocation de carrefour depuis la nuit des temps. On y observe des croisements d’influences complexes. Jusqu’à la Paix de Nimègue en 1678, les émigrants tarins traversèrent la Franche-Comté pour se rendre en Allemagne, Bavière, Autriche et en Flandres. Ils ont rencontré des Flamands, des Allemands, des Bourguignons, et des Espagnols. Les gens du Val-de-Tignes allaient en Espagne. C’est un tarin qui fait appel au grand sculpteur valsésian JEAN MARIE MOLINO. Les Mauriennais travaillèrent à cheval sur le Val de Suse durant tout le XVIIe siècle. On les voit cependant s’adjoindre au XVIIIe siècle des maçons de la région du Giffre quand ils manquent de main-d’oeuvre locale. SAMOËNS, foyer très actif, d’où les maçons émigraient en Valais depuis l’an 1500 possèda une corporation de maîtres-maçons et tailleurs de pierre dès 1612. Plus tard ils auront leur propre école de dessin. Ils sont aussi ferblantiers. On les trouve dès 1664 en Tarentaise (NAVES-FONTAINE) puis à CHAMPAGNY-LE-BAS en 1699, car malgré l’afflux massif des Valsésians, quelques maçons haut-savoyards arrivent à imposer leur savoir-faire sur les chantiers. Les derniers apparaissent à l’église de FEISSONS-SUR-ISERE, avec un comasque, pour le prix-fait du 20 janvier 1724. Ils sont plus nombreux sur les chantiers mauriennais à partir du second quart du XVIIe siècle (NOTRE-DAME-DES-MILLIERES 1725, MONTAIMONT 1726, AIGUEBELLE en 1728 avec l’architecte LAMPA, puis à CHAMOUX en 1739, à la façade de l’église de SAINT-GEORGES-D’HURTIERES en 1740, enfin à MONTGILBERT en 1766 après l’incendie de 1760). On rencontre deci-delà quelques comasques, luganais ou valdôtains : dès 1649 à SAINT-MARTIN-LA-PORTE , puis à AIX-LES-BAINS en 1660-1661 où le maçon lombard PIERRE MINOYA et ses associés reconstruisent l’ancienne église Sainte-Marie après l’incendie de 1630. PIERRE ARCIN, un valdôtain de Gressoney travaille à l’église d’HAUTEVILLE-GONDON en 1691. Enfin, ce sont deux luganais qui construisent pour 4500 florins la nouvelle église d’AITON, PIERRE AMADIO et HEUSTACHE LIBERAL. L’influence des Valsésians s’est sutout fait sentir dans le domaine de la sculpture, bien que l’on soupçonne TODESCOZ d’avoir donné des plans d’églises en Tarentaise. MOLINO et GUALLA , ont inspiré le chambérien CLAIRANT, qui sera à son tour imité par le tarin JEAN-MARIE MARTEL, comme on le vit à HAUTEVILLE-GONDON en 1732.

    Les gens de métier , car on ne parlait pas d’artistes à cette époque, partaient en campagne à plusieurs sur les mauvais chemis de montagne, s’arrêtaient là où était la commande, apportant leurs savoir-faire, leurs idées. Ils se mariaient, s’implantaient et faisaient souche. Parfois un nom d’architecte savoyard du XIXe rappelle celui d’un petit maçon Valsésian. L’art baroque des Temps Modernes emprunte à l’Italie mais aussi aux vallées alpines du Nord comme du Sud. Les maçons du Haut-Giffre partaient au XVIIIe siècle travailler aussi à Genève, Ferney, en Franche-Comté (Poligny), en Valais, Bourgogne, Alsace, Paris et en Bretagne, à Brest, où ils ont probablement rencontré de ces sculpteurs de marine à qui l’on doit les figures de proue des bateaux et quelques superbes retables baroques.

    Si l’on risque une vision globale, on s’aperçoit du rôle déterminant joué par la route du Mont-Cenis et les grands cols alpestres. La construction de l’époque baroque remonte dans les zones montagneuses, par la Maurienne, le Beaufortain, la Tarentaise et le Val d’Arly vers le Faucigny et le Val-Montjoie, tandis que rien ou presque rien ne se passe en plaine. Art alpin ? "Art alpestre" a dit Madame Robbe, art montagnard dans tous les tous cas. La Savoie, terre de passage mais aussi terre d’accueil, a joué un rôle de creuset et probablement donné une personnalité particulière à cet art religieux des Temps modernes que l’on appelle "baroque".

     

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