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Grands barrages des Alpes de Savoie
Auteur : Maurice MESSIEZ- Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

TOUS PUBLICS
  • Introduction
  • Les grands aménagements d'EDF
    - en Beaufortain
  • - en Tarentaise
  • - en Maurienne
  • - en Haute-Savoie
  • Impact des grands barrages


  • ANNEXES
  • Bibliographie


  • VOIR SUR SABAUDIA.ORG
  • Carte "Energie en Savoie"
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    Introduction

        Pour deux raisons au moins, les Alpes, dont les torrents et rivières connaissent de fortes dénivellations, sont partie prenante à l'avènement de l'électricité.

           C'est A. Bergès qui, le premier, fait en 1882 aménager un lac, c'est-à-dire percer le lac Crozet situé au-dessus de Lancey (Isère), à 1 975m d'altitude, pour disposer par une conduite forcée de la force hydraulique nécessaire aux défibreurs de sa papeterie. La houille blanche est née, mais dira-t-il, "de la houille blanche, dans tout cela il n'y en a pas. J'ai voulu employer ce mot pour frapper l'imagination et signaler avec vivacité que les glaciers des montagnes peuvent être exploités en forces motrices, être [...] aussi précieux que la houille des profondeurs."

           Ensuite M. Deprez, ayant fait mouvoir une dynamo au moyen d'une chute d'eau, réalise l'année suivante la première ligne électrique pour amener le courant de Vizille à Grenoble.

           Dès lors tous les torrents, moyennant la construction sur leur cours d'un modeste barrage pour assurer une réserve d'eau et l'installation d'une turbine à l'arrivée, peuvent devenir la source d'énergie que recherche la jeune électro-industrie.

         En Savoie il nous apparaît que la première autorisation d'établir un barrage (27,5 mètres de long à 1 017 mètres d'altitude), avec une conduite forcée de 65 mètres de dénivelée et une usine électrique à la base, a été donnée le 8 janvier 1891 en faveur de la société électrométallurgique de Froges pour son usine de La Praz, sur le site de la fonderie de Grenery. Paul Héroult en dirige les travaux qui commencent en novembre 1892. Si l'aménagement fonctionne en août 1893, il ne donne pas totalement satisfaction, Héroult en reprend alors trois ans plus tard la conception et jette sur l'Arc une belle voûte d'une portée de 47 mètres qui, monument historique aujourd'hui, témoigne du début de l'aventure hydroélectrique des vallées savoyardes.

         Cependant, si l'on aménage d'abord beaucoup de hautes chutes à faible débit,  dont certaines fort impressionnantes, telle la Calypso en Maurienne (613 m de chute nette en 1898), les barrages eux-mêmes  restent assez modestes : quelques dizaines de mètres en longueur au plus (celui de Bassily sur le Fier en 1904 est un "grand" avec son demi-hectomètre), quelques mètres en hauteur ( 6 en 1908 pour le barrage-poids du Fayet). Les puissances installées sont en conséquence, elles demeurent assez faibles, souvent moins de 20 000 kw, tout au moins jusque à la Grande Guerre. Et si dans les années vingt l'usine de Viclaire, grâce à son barrage mobile de 7 mètres de long sur 19 mètres de haut, a une productibilité approchant les 200 millions de kilowat/heures, on est en retard sur les Pyrénées et le Massif Central qui connaissent alors des réalisations plus rationnelles et plus importantes.

           L'année 1935 marque un premier tournant avec la mise en eau du barrage de La  Bissorte, à peu près en même temps que ceux du Chambon et du Sautet dans l'Isère. Mais, malgré l'ouverture des chantiers de la Girotte et de Plan d'Aval à Aussois au moment où débute la seconde guerre mondiale, il semble évident que les importants projets désormais en vue dépassent les possibilités des nombreuses sociétés privées promotrices. De plus, comment rationaliser les aménagements dans et entre les vallées alors que 7 sociétés se partagent la propriété de 32 usines hydroélectriques ?

         Le grand élan de la Libération, en nationalisant par la loi d'avril 1946 la production, le transport et la distribution de l'électricité au profit d'Electricité de France, va permettre de mener à bien un programme complet et rationnel de répartition des barrages dans les Alpes et en particulier en Savoie. La puissance de cette société nationale sera, à dix ans près, jusqu'à la fin du XXe siècle, une formidable chance. Dans un premier temps, on ne va pas soupirer sur la dégradation, voire la disparition de certains sites. "L'ardente obligation" de produire, de réussir, qui anime la jeune E.D.F est alors à l'unisson de l'esprit des Savoyards, en particulier l'esprit altier, vainqueur, voulu par la Résistance afin de bâtir un pays moderne. Le barrage de la Girotte et ses ouvriers résistants n'en sont-ils pas le symbole ? Avec l'engouement, généreux dans sa philosophie, pour les nationalisations, on ne perd pas son temps non plus à imaginer qu'un jour les industries qui ont fait la richesse des vallées, ne possédant plus sur place leur propre source d'énergie et ne 'l payant pas plus cher ailleurs, s'en iront là où arrivent les matières premières, où elles livrent leur production.

        Un processus paradoxal s'engage : nos départements vont produire de plus en plus d'électricité, servir de mieux en mieux de plaque tournante pour des interconnexions internationales d'énergie et, proportionnellement à la consommation nationale, utiliser de moins en moins d'électricité.

     

        L'œuvre d'E.D.F s'est accomplie suivant trois objectifs : d'abord corriger ou compléter l'équipement existant, puis construire de grands barrages d'altitude et enfin, après 1974, coordonner et rentabiliser centrales nucléaires et certains barrages en les rendant complémentaires à l'aide des stations de transfert d'énergie par pompage (STEP.).

        Si les rénovations ne peuvent concerner que des bassins où il n'y a pas mieux à faire, tel celui de la Dranse d'Abondance,  de l'Arve, de l'Arly, du Doron de Bozel, qui voient néanmoins doubler sinon tripler leurs productions d'électricité, tout autrement spectaculaire est la construction de grands barrages d'altitude qui s'effectue de façon concomitante et donne, à la Savoie du sud surtout,  ces grands lacs qui apparaissent aujourd'hui, à l'égal des glaciers, comme une parure de la montagne.

     

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