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Le nord-Genevois
Auteur : Claude BARBIER - Niveau de lecture : Public |
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1965 – 2000 L’essor d’une régionLe prodigieux " boom " de Genève, lié au développement d’activités tertiaires (sièges européens d’entreprises mondiales), des organisations internationales (ONU, CERN, BIT, GATT, etc.), du BTP qui construit logements et locaux commerciaux et industriels entraîne l’apparition du travail frontalier, encore marginal au début des années soixante mais qui prend rapidement de l’ampleur. Ce sont les enfants de paysans qui trouvant un travail " en bas ", à Genève, forment le premier contingent de frontaliers. Mais de plus en plus et surtout après 1975, la région va accueillir des populations étrangères à la Savoie, jeunes et souvent hautement qualifiées. Cet afflux de population va entraîner dans le nord-Genevois un essor du secteur de la construction et l’apparition d’un secteur BTP fort dynamique, composé à l’origine d’ouvriers qui après avoir travaillé à Genève, ont décidé de se mettre à leur compte. Dans le même temps, les problèmes monétaires récurrents que connaît la France vont entraîner un affaiblissement du franc français qui favorise la consommation des ménages dans la région frontalière mais qui va aussi entraver tout développement économique durable dans le nord-Genevois : les entreprises forment une main d’œuvre qui, une fois diplômée, quitte la Haute-Savoie pour immédiatement trouver une place à Genève. Seules les petites entreprises liées aux BTP parviennent à perdurer dans cet environnement. Cette main d’œuvre frontalière n’est souvent que pour quelques années dans la région, mais de plus en plus elle s’implante définitivement, souhaitant bénéficier des nombreuses infrastructures voisines culturelles mais surtout sportives. L’agriculture, même si elle est concurrencée par le développement urbain ou rurbain, reste dynamique. Les productions se sont diversifiées : la polyculture a pratiquement disparu. L’élevage reste dominant. Toutefois l’arboriculture a fait son apparition dans le Vuache (Chevrier, Vulbens) et dans la région de Cruseilles (Copponex, Cercier, etc.). Quelques exploitants, bénéficiant des avantages liés à la zone franche se sont lancés dans les années quatre-vingt dans la production intensive de légumes et plantes diverses : pommes de terre, oignons, pois, tournesol, etc. La vigne reste présente sur ce territoire, notamment à Viry (les vignerons sont essentiellement Genevois), à Saint-Julien-en-Genevois, à Cruseilles et à Neydens. Que ne ferait-on pas pour l’amusement des citadins surtout des Genevois " qui paient bien " ? De nombreux manèges équins offrent une alternative à l’élevage bovin. Des parcours de golf voués a une clientèle encore plus aisée sont apparus sur la bordure frontalière (Esery, près de Reignier, Bossey) et un temps on a envisagé d’en créer un au pied du Salève (Présilly) mais surtout aux Avenières (Cruseilles). Dans ce contexte où la ville de Genève exerce une pression qui semble inexorable, l’agriculture se voit contestée par les descendants même des agriculteurs qui n’ont pas repris l’exploitation de leurs parents et qui souhaitent transformer les terrains agricoles en lotissements. Une véritable spéculation immobilière vient enchérir le coût des constructions. Le phénomène s’est renforcé depuis l’entrée en applications des " bilatérales ", les accords signés entre l’Union européenne et la Suisse dont la clause la plus immédiate permet aux ressortissants de la Confédération Helvétique de venir s’établir dans l’Union Européenne. De fait les communes se trouvent prises en tenailles entre les vœux concurrents des populations, entre les " malins " qui veulent que leurs terrains deviennent constructibles, ou les "prudents " au contraire qui exigent que le " développement " n’aille pas au-delà des portes de leur villa, et les " verts " qui militent pour que les terrains restent voués à l’agriculture. Quelques entreprises parviennent toutefois à s’implanter dans la région. En témoigne ainsi le développement du parc d’affaires d’Archamps, où des quelques zones industrielles et artisanales que les communes ont pu créer. A la différence de la vallée de l’Arve spécialisée dans le décolletage et la transformation des métaux, l’activité industrielle est ici à peu près absente, et seules les entreprises du BTP ainsi que des artisans y trouvent place. La tentative d’implanter des " hautes technologies " dans le " business park " d’Archamps a fait long feu (ne réédite pas la création de Carouge qui veut…) et du " tertiaire classique " (bureaux, banques, assurances, administration) s’est implanté sur ce site, placé sur un promontoire et dominant de manière fort arrogante le canton de Genève. De nombreuses enseignes commerciales se sont implantées sur la couronne frontalière, désireuses de profiter des salaires élevés des frontaliers, mais plus encore de la clientèle suisse, avide de prix soi-disant moins élevés ce côté-ci de la frontière. Le phénomène de pénurie de main d’œuvre qualifiée, déjà notable vers 1980 s’est renforcé, les entreprises implantées sur territoire français ne pouvant offrir les mêmes salaires que leurs homologues helvétiques d’une part, les salariés travaillant sur territoire français ne trouvant à se loger à des prix raisonnables d’autre part. Le phénomène tend à se renforcer et les disparités sociales dans la région vont encore s’accroître, en tout cas pour quelques années. Sur le plan culturel le nord-Genevois reste un quasi-désert : nul musée, ou lieu permanent d’expositions : l’absence de grande ville et la proximité de Genève suffit aux populations du nord-Genevois, qui trouvent dans la ville de Calvin et éventuellement à Annemasse de quoi satisfaire leur appétit, plutôt modeste au demeurant. Seules quelques initiatives locales, encadrées le plus souvent par les Maisons des Jeunes et de la Culture tentent de sortir cette région de sa torpeur, parfois avec succès comme à Vulbens et à Cruseilles. Un multiplexe (mais s’agit-il encore de culture ?) s’est implanté dans la zone d’activités d’Archamps, en lieu et place de ce qui devait être un World Trade Center. Il vise autant la population du nord-Genevois, du bas-Faucigny que de Genève. Une immense boîte de nuit et un casino, faciles d’accès, tout comme les grandes surfaces, recherchent une clientèle aisée et dépensière.
Cette région ne laisse guère de souvenirs aux touristes, hormis peut-être pour leur attente en direction de Cruseilles, dont les parages sont constamment embouteillés sur plusieurs kilomètres, soirs et fins de semaine. Signalons toutefois le pont de la Caille, visité par des milliers de personnes (non comptabilisées parce que son accès est gratuit) et le Salève (même remarque), pratiqué par de nombreux Genevois qui voient dans leur arrière-pays situé en territoire savoyard le moyen de pratiquer moult sports (parapente, vol à voile, randonnée pédestre, vélo, VTT, spéléologie, varappe, ski de fond) ou d’autres activités (pique-nique, promenades familiales, vol à la roulotte, etc.).Un centre de loisir, situé à Cruseilles, doté d’une piscine et d’un lac artificiel a été créé en 1970. |
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