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Le Pays de Gex
Auteur : Lucien CHOUDIN - Niveau de lecture : Public |
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3-De 1601 à nos jours.Devenu province française et à dater de 1620, apanage de la famille de Condé, contraint d'accepter cette réalité notamment en matière fiscale, le Pays de Gex tenta de conserver ses privilèges. Il ne fallut pas moins de deux siècles et plusieurs traités pour fixer les frontières, puis les mentalités. La pression de Genève, ville riche qui monopolisait les échanges, joua un rôle déterminant dans le développement économique du pays. Les liens historiques avec la Savoie avaient disparu. Une bonne partie du XVIIe siècle fut nécessaire à la reconquête catholique menée par François de Sales évêque d'Annecy-Genève et ses successeurs. L'application en 1611 de l'Edit de Nantes permit aux catholiques d'infilter le Pays et, en 1662 la suppression du même édit contraignit à l'abjuration la plupart des protestants. En 1685, le révocation générale signa la fin de la Réforme et permit aux catholiques de récupérer les biens ecclésiastiques saisis. Abjurer, résister ou fuir, ces trois solutions s'imposèrent à la communauté protestante. Le XVIIIe siècle permit l'affirmation du particularisme gessien. Les routes royales furent aménagées et en particulier celle de la Faucille (1742-1752). La seconde moitié du siècle connut le séjour de Voltaire à Ferney et l'éclosion d'une ville nouvelle. L'exemple du Patriarche, tour à tour agriculteur, maçon, architecte, urbaniste, mais aussi avocat, politique, véhicule d'idées prérévolutionnaires, eut une importante influence sur le développement du pays. Son action permit l'institution en 1775 de la première zone franche qui permit au Pays de Gex de commercer librement avec Genève, la Savoie et la Suisse. Les bouleversements révolutionnaires n'épargnèrent pas le Pays de Gex; le marché du blé, le rattachement du pays au diocèse de Belley, la création du département de l'Ain furent les prétextes de quelques désordres. La proximité de Genève favorisant les passages d'émigrés et la fuite des capitaux entraîna des mesures sévères. Pourtant les deux plus farouches représentants du peuple Gouly et Albitte reconnaissaient que "l'air des montagnes est favorable à la sans-culotterie... le séjour de Voltaire conserve encore quelques sels électriques de l'esprit de ce grand homme". Le traité du 15 mai 1796 cédant la Savoie à la France isola Genève où les troupes françaises pénétrèrent en avril 1798. Le Pays de Gex fut rattaché à l'arrondissement de Genève-ouest du nouveau département du Léman. Bonaparte le 18 brumaire, ensuite Napoléon fut très bien accueilli. Le Pays de Gex bien administré bénéficia de la période de l'Empire. En décembre 1813, les Autrichiens occupèrent le Pays de Gex et Genève. L'occupation se poursuivit jusqu'en mars 1814. Après l'abdication définitive de Napoléon, les armées autrichiennes réoccupèrent le Pays en juin 1815 et le pillèrent systématiquement en juillet. Au retour de la monarchie en août 1815, les armées suisses occupèrent le Pays. Elles se retirèrent le 20 novembre dans les communes gessiennes cédées à la République de Genève par le second traité de Paris : Versoix, Collex-Bossy, Genthod, Grand-Saconnex, Meyrin et Vernier. Cette annexion, fruit de difficiles tractations assurait la sécurité politique de Genève. La République adhéra à la Confédération helvétique et devint canton. Le statut des zones franches, devint exécutoire le 20 novembre 1815 et assura la sécurité "économique" de la ville. Cette réglementation s'appliqua tout au long du XIX° siècle et jusqu'à nos jours. La Restauration de la monarchie (1815-1830) fut totale et la répression politique forte. Le personnel politique d'avant la Révolution retrouva les commandes. Le Pays de Gex, rattaché au département de l'Ain, s'enrichit de façon significative. Jusqu'à l'annexion en 1860 de la Savoie à la France, Gex et sa sous-préfecture jouèrent un rôle déterminant dans la surveillance du flux des personnes et des idées agitant l'Europe. Un véritable réseau d'espionnage s'étendit alors sur Genève et sa région à partir de Gex. Les zones franches, les diverses règlementations douanières eurent pour effet d'étrangler industrie et artisanat dans le Pays de Gex. Sa vocation devint esssentiellement agricole et destinée à nourrir Genève. Graduellement, au cours du XIX° siècle, l'administration, de l'église à l'état devint laïque. Le Pays de Gex se fondit dans le creuset français, se tournant vers Bourg (département) et Belley (diocèse). Le développement du réseau routier favorisa cette évolution, mais à la veille de la guerre de 1914 une économie agricole tournée vers Genève dominait encore. Porté par cette riche agriculture, un artisanat basé sur l'exploitation des matières premières s'était développé (scieries, tanneries, tuileris, poteries, carrières de pierre). LA GRANDE GUERRELa Grande Guerre désorganisa l'économie agricole. La nouvelle répartition des tâches entre hommes et femmes induite par la guerre se pérennisa avec la réduction de 10% de la population active masculine. Cette dépopulation entraîna un fort mouvement d'immigration suisse et italienne. L'innovation agricole majeure de l'entre deux guerres fut la rationalisation des procédés d'élevage : sélection d'une race bovine gessienne, études scientifiques des terrains, fromages et lait. Les nécessaires restrictions de circulation pendant la guerre permirent à la France de rétablir tous les contrôles à la frontière, supprimant de fait les zones franches. Une première convention en 1921, appliquée par la France en 1923, installa la douane à la frontière politique. Une longue bataille juridique s'ensuivit et la France fut condamnée en 1932 à La Haye. Le 1er janvier 1934, elle dut reculer sa ligne de douane mais put percevoir des droits fiscaux à la frontière politique. Les entraves douanières et l'affaiblissement du franc français entraînèrent un vif essor économique : petites industries et tourisme. L'équipement électrique du pays et le réseau d'adduction d'eau datent des années 1920-30. Les transports en commun, en raison de l'accroissement de la circulation automobile, amorcèrent leur déclin à cette époque. Le Pays de Gex prospéra dans le sillage de Genève dont le rayonnement international s'amplifia. Les ministres français et allemand des affaires étrangères se rencontrèrent à Thoiry le 17 septembre 1926 pour saluer l'entrée de l'Allemagne dans la Société Des Nations. En juin 1940, "la drôle de guerre" se termina par l'occupation totale du Pays de Gex. L'arrondissement de Gex fut rattaché au département du Doubs. Le 21 mai 1942, Klaus Barbie fut nommé chef du commando extérieur de Gex en raison du lieu exceptionnel que représentait cette ville proche de Genève. Comme partout en France, la période de la Libération ne favorise pas la recherche historique : sources contradictoires. témoignages difficiles à obtenir... A la sortie de la guerre, l'économie rurale traditionnelle désorganisée dut laisser la place à d'autres débouchés. Les années 50 furent à cet égard déterminantes : accueil du Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN en 1955, CERN II en 1971, LEP en 1989); ouverture au tourisme, nouveau casino à Divonne, domaine skiable du Jura gessien. Dans les années 60, l'arrivée des Laiteries réunies de Genève offrant un bon prix pour le lait gessien, les fruitières du Pays de Gex devinrent de simples "pèse-lait" destinés à la collecte par citernes. Ce fut à cette époque que le phénomène frontalier prit son essor : offres d'emploi séduisantes dans les entreprises genevoises et les organisations internationales. La population augmentant de façon importante, le besoin se fit sentir de constructions nouvelles, surtout dans le triangle proche de la frontière : Divonne-Freney-Saint Genis. La brève implantation à Ferney d'Investors Overseas Services (IOS) relança la création d'un lycée international. Entre 1945 et 1975, la population gessienne doubla et ses actifs travaillaient de plus en plus à Genève. L'effritement continu du franc français provoqua l'augmentation des revenus des gessiens frontaliers et dès 1964 un important équipement commercial. Entre 1975 et 1982, le secteur tertiaire créa plus de 2000 emplois. La spéculation foncière s'ensuivit inévitablement. Conscient des avantages que lui procure la main d'oeuvre frontalière et des difficultés rencontrées par les communes françaises", le canton de Genève signa en 1973 un accord de rétrocession de fonds genevois; une partie de l'impôt perçu à la source à genève est reversé au département qui l'affecte en partie aux investissements collectifs et le reverse aux communes. Période contemporaineEn quarante ans, le Pays de Gex a quadruplé sa population : 60000 en 1999 soit 46°70 de plus qu'en 1982. On constate que, liées par une histoire commune, les zones frontalières connaissent de façon progressive un phénomène de métropolisation autour de l'agglomération genevoise. L'étalement de l'urbanisation au profit de l'habitat pavillonnaire a renforcé la pression foncière au détriment des espaces naturels et entraîne une banalisation de l'habitat. L'intégration économique, la multiplicité des problèmes transfrontaliers, l'exiguité du territoire genevois ont posé depuis une quarantaine d'années déjà le problème d'une région genevoise (Pays de Gex, Genève, Pays de Vaud, Haute-Savoie) - Regio genevensis - qui permettrait, entre autres, au Pays de Gex de renouer ses liens historiques avec la Savoie. L'idée fait son chemin et les accords bilatéraux qui viennent d'être signés, auront, passées les premières réticences et si l'on en croit nos élus, pour effet de gommer la notion de frontière en provoquant notamment l'installation de nouvelles structures à Genève. Resteront à résoudre deux problèmes majeurs : la maîtrise de la pression immobilière source de déséquilibres sociaux et la préservation de l'identité gessienne qu'il faudra plutôt rechercher dans un mode de vie visant à sauvegarder et valoriser l'agriculture du Pays de Gex.
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