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L'habitat de montagne
Auteur : Hervé DUBOIS - Niveau de lecture : Scientifique
SOMMAIRE

EXPERTS
  • 1-Première approche
  • 2-Construire l'habitat de montagne
  • 3-L'habitat, lieu de vie, fondement culturel
  • 4-Conclusion : les mutations de l'habitat de montagne

  • ANNEXES
  • Sites à visiter
  • Bibliographie
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    1 - PREMIERE APPROCHE DE L’HABITAT DE MONTAGNE

    Dessin 1 : Granges, étables et habitations en Tarentaise (Les Avanchers)
    Dessin 1 : Granges, étables et habitations
    en Tarentaise (Les Avanchers)

    Introduction

    Dans toute approche d’un peuple et d’une région, les chercheurs accordent toujours une place importante à l’étude de l’habitat. Celui-ci constitue en effet le signe le plus représentatif des modes de vie des habitants en relation avec le milieu environnant.

    La Savoie, dans son acception historique recouvrant plusieurs régions des Alpes du Nord, représente un territoire particulièrement vaste et contrasté, constitué de montagnes. Celles-ci s’échelonnent, depuis les reliefs légers des collines de l’avant-pays, en passant par les plateaux caractéristiques des différents massifs des Préalpes, jusqu’aux sommets particulièrement élevés des Grandes Alpes. L’habitat en pays de Savoie s’identifie donc essentiellement à un habitat de montagne.

    Son approche et son analyse peuvent être engagés de multiples manières. Nous proposons de l’aborder selon le plan suivant : d’abord un rappel de ce qui caractérise l’habitat, sa raison d’être, et sa spécificité en montagne, puis une analyse architecturale plus approfondie montrant que cet habitat est le fruit de multiples inventions, ensuite une approche ethnologique montrant la relation entre cet habitat et la vie des habitants et les nécessités communautaires. Nous terminerons par un rappel des mutations contemporaines qui ont bouleversé l’habitat de montagne.

     

    Qu’est-ce que l’habitat ?

    Depuis les temps les plus anciens, les hommes, êtres vivants plutôt fragiles, ont utilisé leur intelligence pour inventer des moyens de survie dans la nature. L’habitat fait partie de ces inventions au même titre que la création des vêtements, la maîtrise du feu, ou la mise au point d’armes et d’outils de plus en plus perfectionnés.

    L’habitat, c’est d’abord et avant tout un lieu de survie, protégé contre les prédateurs et contre les rudesses du climat. Si les premiers hommes ont utilisé des abris naturels, telles que les grottes, ils ont appris dès le néolithique à construire des abris sommaires, huttes ou cabanes, puis à édifier des architectures de plus en plus complexes en construisant des murs, des toits, des planchers, des portes et des fenêtres...

    Mais l’habitat n’est pas qu’un abri. C’est aussi un lieu de vie, où s’épanouissent les aspirations les plus profondes des hommes en lien avec la communauté et le monde qui les entoure. C’est le lieu où s’établit la notion de foyer, berceau de la famille. C’est le ‹‹chez-soi›› hérité de ses ancêtres que l’on désire transmettre à ses enfants. C’est un lieu de pérennité des liens familiaux , rempli de sentiments et de souvenirs.

     

    Quelle est l’influence de la montagne ?

    La montagne a longtemps exercé chez l’homme un double sentiment de fascination et de crainte. Elle était considérée comme un lieu sacré, d’abord siège des divinités païennes, puis lieu de dévotion empreint de christianisme dont on retrouve la trace dans la multiplicité des chapelles, croix et oratoires qui la recouvrent. Pour survivre en montagne, les hommes ont appris à la respecter. Il aura fallu attendre une période très récente pour que les hommes se mettent à en conquérir les sommets pour leur plaisir.

    Au delà de ces considérations mythologiques, la montagne est un milieu géographique extrême, au relief complexe et tourmenté, au climat rude, à la végétation rare. Pour survivre dans ce milieu particulièrement hostile, les hommes ont développé des trésors d’imagination pour apprendre à produire leur nourriture et se protéger des prédateurs et des intempéries. L’architecture et l’habitat participent pleinement à cette survie.

     

    Les spécificités de l’habitat de montagne

    La première spécificité de l’habitat de montagne est d’être adapté aux activités agro-pastorales.

    Photo 1 : Pour survivre en montagne, l'homme apprend à en exploiter chaque parcelle même à très haute altitude (alpages en Vanoise).Après avoir vécu de cueillette et de chasse, les hommes ont appris à cultiver quelques parcelles et à élever des troupeaux de chèvres, de moutons ou de vaches, fournissant viande, lait, beurre et fromage. Le froid, l’altitude, la pente et la mauvaise exposition au soleil de certains versants rendent l’agriculture particulièrement difficile. Les terres arables de fond de vallée ne suffisant pas, les hommes ont appris à conquérir les alpages, utilisant chaque parcelle libérée par la fonte des neiges. C’est ainsi que s’est mise en place une économie agro-pastorale basée sur le principe des ‹‹remues››, où les hommes et leur troupeaux se déplacent à chaque saison d’une altitude à une autre.

    L’architecture est adaptée à ce cycle des ‹‹remues››, qui nécessite la construction de plusieurs bâtiments, à des altitudes diverses, plus ou moins utilisés pendant l’année. Nous parlerons d’habitation principale, ou d’habitation permanente pour désigner la maison du bas, et nous parlerons de chalets d’alpage pour désigner les bâtiments du haut, utilisés de façon saisonnière.

    L’architecture de montagne prendra des allures différentes selon l’altitude et la durée de son utilisation. Elle variera aussi selon les modes de regroupements adoptées pour protéger les hommes, les animaux et les récoltes. Les spécialistes parlent de maisons concentrées, lorsqu’il y a regroupement sous le même toit du logement des hommes et de celui des bêtes et du fourrage. Ils parlent au contraire de maisons dissociées, lorsque ces trois fonctions se trouvent séparées dans des bâtiments indépendants. Ces différents types se rencontrent en Pays de Savoie. La partie habitation est toujours plus petite que la partie agricole. La grange représente toujours le volume le plus grand, destiné au stockage de tout le fourrage nécessaire à la nourriture du troupeau pendant l’hiver.

    La deuxième spécificité de l’architecture en montagne réside dans son adaptation à une nature particulièrement hostile. L’habitat se doit d’être particulièrement protégé des risques naturels et des intempéries. Nous retrouvons ici la notion de refuge, bien connue des randonneurs en montagne.

    Les risques naturels sont nombreux en altitude. Il ne se passe pas d’année sans glissement de terrain, inondation ou avalanche. Par une observation attentive, les hommes ont appris à reconnaître les terrains les plus stables et les plus abrités. Ces sites sont propices à l’établissement des cultures et à l’édification des maisons souvent regroupées en hameaux.

    Photo 2 : Rue de Novalese (Val de Suse). Ce village illustre plusieurs facteurs de l'implantation et du regroupement des villages : nécessités de la vie communautaire, proximité des cultures, proximité d'une abbaye, rue fréquentée (voie d'accès au col du Mont-Cenis).L’habitat est conçu pour résister aux intempéries. Cette fonction importante donne aux maisons et aux chalets des formes typiques : bâtiments calés dans le relief existant, petites fenêtres, immenses volumes de stockage de foin sous toiture formant matelas isolant contre le froid. La protection contre le vent et la neige est toujours assurée de façon efficace par les murs et la toiture, mais prend des formes très différentes selon les matériaux disponibles et les habitudes locales.

    Outre la prise en compte des risques naturels, le choix d’un site de construction dépendra de la proximité des chemins d’accès, de la disponibilité en ressources naturelles (bois, pierres, eau), et de la position du terrain par rapport aux parcelles à exploiter. L’histoire politique ou économique permet aussi d’expliquer certains établissements humains : proximité de grandes voies de communication, gués, dépendances d’un château ou d’une abbaye, ...

     

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