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L'habitat de montagne
Auteur : Hervé DUBOIS - Niveau de lecture : Scientifique
SOMMAIRE

EXPERTS
  • 1-Première approche
  • 2-Construire l'habitat de montagne
  • 3-L'habitat, lieu de vie, fondement culturel
  • 4-Conclusion : les mutations de l'habitat de montagne

  • ANNEXES
  • Sites à visiter
  • Bibliographie
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    2 - CONSTRUIRE L’HABITAT EN MONTAGNE : UNE SUCCESSION D’INVENTIONS

    Dessin 2 : Chalet d’alpages en Maurienne <span class="legende">(Entre-Deux-Eaux, Termignon)
    Dessin 2 : Chalet d’alpages en Maurienne
    (Entre-Deux-Eaux, Termignon)

    De la grotte à la maison

    L’habitat de montagne est réalisé avec peu de moyens. Les techniques employées résultent d’expérimentations nombreuses qui, au cours des siècles ont fini par donner des constructions remarquables.

    Les premiers habitants avaient trouvé refuge dans les grottes. La montagne en fournissait beaucoup tant dans les massifs calcaires de l’avant-pays que dans les massifs centraux. Les archéologues estiment que l’occupation des grottes correspond au paléolithique, et que dès le néolithique, les hommes ont commencé à se construire des abris. Ce bouleversement correspond à la sédentarisation des tribus avec l’apparition de l’élevage et de l’agriculture, et à la maîtrise de nouveaux outils en pierre, en bronze puis en fer, permettant la construction.

    Dans quelques secteurs des Alpes, l’occupation des grottes a pu se prolonger plus longtemps. L’exemple de la grotte des Balmes, découverte à Sollières, en Maurienne, atteste une occupation humaine dès le 4ème millénaire avant J.-C., et qui s’est poursuivie jusqu’à l’âge du fer (soit aux environs de 850 avant J.-C.). Les fouilles archéologiques prouvent que cette grotte, au delà de son rôle d’habitation, a également servi de bergerie et de lieu funéraire.

    Photo 3 : Dans le monde, il existe encore des grottes servant d'habitat permanent : Vallée de la Zelve en Anatolie.Le cas de cette grotte n’est pas unique, et il existe même, de part le monde, plusieurs sites troglodytiques qui ont été habités jusqu’à nos jours, tel celui de la vallée de la Zelve en Capadoce (actuelle Turquie).

    La construction de maisons s’est développée dans nos régions dès l’âge du bronze (de la fin du IIIe millénaire à 800 avant J.-C.). Les archéologues ont mis à jour de nombreux sites datant de cette période, le plus souvent localisés en bordure de lacs ou de rivières. C’est le cas par exemple des habitations palafittes des rives du lac du Bourget, qui auraient été construites en bois recouvert de terre.

    L’évolution de l’habitat, de la grotte à la maison, aura nécessité l’invention de nombreuses techniques.

     

    Une succession d’inventions :

    Photo 4 : L'invention du toit, élément fondamental de l'habitat. Les techniques ancestrales (charpente sommaire et paille) sont encore utilisées de nos jours.Pour survivre en montagne, les hommes ont dû se construire des abris solides en utilisant les ressources de leur environnement. Ils n’ont ensuite jamais cessé de les perfectionner.

    Dessin 3 : Système constructif élémentaire dans les pays de pierre (alpages de Vanoise)Dans la plupart des régions du monde, la première invention aura été celle de la hutte, ouvrage modeste, fait de branchages et de feuillages parfois recouvert de peaux de bêtes. Il est fort probable que cette technique ait été utilisée dans nos régions. Les huttes avaient cependant l’inconvénient d’être de dimensions modestes, limitant les possibilités d’abriter les troupeaux ou les récoltes.

    La présence de pierres et d’arbres conduira l’homme à inventer des techniques plus élaborées, notamment celle du mur et celle du toit, véritable ouvrage charpenté permettant de se protéger des intempéries.

    Photo 5 : L'invention du linteau puis de l'arc permettra de percer des portes et des fenêtres et de développer des architectures de plus en plus complexes.Le mur, fait d’un assemblage plus ou moins complexe de pierres, de bois ou de terre, se révèle une barrière efficace contre les prédateurs. Cette qualité complique cependant l’entrée ou la sortie dans la maison. D’autres inventions seront donc mises au point, permettant de créer des passages sans que les murs ne s’effondrent. C’est ainsi que sera créé le linteau, poutre de bois ou pierre horizontale surmontant chaque percement, ou l’arc, assemblage de pierres pour dégager des ouvertures plus larges.

    Ce passage ouvert sera ensuite contrôlé par l’invention du vantail, panneau de bois amovible, le plus souvent fixé sur des gonds pour faciliter sa manœuvre. Ainsi sera créée la porte que l’on fermera à volonté avec des cales puis avec des serrures de plus en plus sophistiquées...

    Pour la ventilation, et l’éclairage seront créées les fenêtres protégées par de la toile huilée puis par de petits carreaux de verre, et renforcées par des barreaux ou des volets. Les fenêtres de l’habitat montagnard sont rares et petites, pour des raisons fiscales (perception d’un impôt sur les fenêtres), techniques (limitées par la portée des linteaux) et climatiques (il fallait limiter les sources d’entrée d’air froid).

    La maison, ainsi pourvue de murs, d’un toit, de portes et de fenêtres devra encore faire l’objet de multiples inventions. Celle du cloisonnement, permettra de différencier les espaces intérieurs en séparant par exemple le logement des animaux de celui des hommes. Celle du plancher soutenu par des poutres reposant sur des murs de refend, ou de la voûte, permettra de superposer plusieurs espaces sous le même toit, desservis par des échelles ou des escaliers. L’invention de la cheminée, permettra de chauffer l’habitation et de cuire les aliments sans enfumer complètement les habitants...

     

    Les principaux modes de construction :

    La montagne, pays de forêts et de rochers, fournit deux matériaux principaux de construction, le bois et la pierre.

    Le bois est abondamment utilisé dans les Alpes du Nord, comme dans tous les pays d’Europe Centrale et du Nord autrefois recouverts de forêts. De cette abondance et d’habitudes culturelles, va découler la construction typique des architectures de bois, très implantées dans le nord de l’arc alpin, en Autriche, en Suisse, et dans le nord des pays de Savoie, ce qui correspond aujourd’hui à la Haute-Savoie et au Beaufortain.

    La pierre est l’autre matériau fondamental de construction. La montagne en regorge. La complexité géologique engendre une extraordinaire diversité des pierres, roches sédimentaires (telles le calcaire), roches magmatiques (telles le granite), ou roches métamorphiques (telles les schistes). Toutes ces pierres ont été utilisées pour la construction et se classent en fonction de leur capacité à être taillées (pierres calcaires), débitées (lauzes ou ardoises) transformées (cuisson du gypse et du calcaire pour produire le plâtre, la chaux et le ciment) ou simplement empilées (moellons irréguliers).

    A ces matériaux de base il faut ajouter la terre employée sous forme d’argile crue ou cuite, permettant de fabriquer des murs de pisé ou des tuiles de couverture, et le chaume, résidu de la culture du seigle, abondamment utilisé autrefois comme matériau de couverture.

    * Les structures en bois :

    Photo 6 : Exemple de chalet en bois construit par empilement de troncs d'arbres sommairement équarris (Hauteluce, maquette du musée Savoisien).Les maisons les plus simples sont construites par empilage de troncs sommairement équarris, et assemblés à mi-bois aux angles de la construction. Ces assemblages sont renforcées par des poteaux verticaux pour rigidifier la structure. Cette technique très consommatrice de bois est caractéristique de l’architecture des régions très boisées. On la retrouve en Haute-Savoie et dans le Beaufortain.

    Photo 7 : Scierie au fil de l'eau en Combe de Savoie (Verrens-Arvey). Le débitage du bois en planches a permis de réaliser des façades de grange légères (mantelages), des planchers et des meubles.Une technique plus élaborée consiste à réaliser une charpente assemblée composée de poutres et de poteaux contreventés (consolidés pour résister aux poussées du vent), entre ou contre lesquels sont insérées des planches. Cette technique nécessite le débitage de planches, travail fastidieux qui était réalisé autrefois à la main par les ‹‹scieurs de long››. Elle est employée pour la fermeture non jointive des espaces de granges. Ce système, appelé mantelage en Haute-Savoie, permet d’assurer une bonne ventilation du foin, pour compléter son séchage et éviter sa fermentation. En Chablais et en Faucigny, ces mantelages sont décorés de trous d’aération représentant des motifs variés, croix, fleurs, rosaces, cœurs, ou date de construction de la maison.

    Dans l’Arvan-Villard (au Sud de Saint Jean de Maurienne), la rareté du bois a conduit les habitants à utiliser des branches de verne tressées pour fermer les espaces des granges tout en permettant leur ventilation.

    * Les maisons en pierre :

    Dans le sud de la Savoie, la technique de construction la plus utilisée est celle qui consiste à assembler des pierres, le plus souvent irrégulières, ramassées sur place. Les murs les plus sommaires se tiennent par leur propre poids, sans mortier de liaison. C’est le cas des murs de soutènement, des murets formant limites de parcelles, et des murs de certaines dépendances agricoles.

    Les murs des parties habitées sont renforcés par l’utilisation d’un mortier composé d’une charge et d’un liant. Cette technique permet de les consolider et de les rendre plus étanche au froid, à l’air, à l’humidité et aux insectes. La terre argileuse est le liant le moins coûteux. La recherche de matériaux modelables, souples et durcissables a conduit à l’utilisation dans nos régions du plâtre et de la chaux.

    Le plâtre est obtenu par cuisson du gypse à basse température (120 degrés) ce qui ne nécessite pas la construction de fours fermés. Cette technique, facile à mettre en œuvre, est répandue dans toutes les zones de gypse, à savoir dans les régions situées selon un axe Nord-Sud, du Beaufortain au Briançonnais en passant par la moyenne Tarentaise, la Vallée des Belleville, et la moyenne Maurienne. Dans ces régions, les maisons sont recouvertes d’un enduit au plâtre très résistant, appelé ‹‹Grilla››, dont la très belle teinte rose est due à la présence d’oxyde de fer.

    Le liant le plus utilisé est la chaux, obtenue par cuisson de roches calcaires dans des fours appelés localement ‹‹ raffours››, à une température d’environ 900 degrés. La chaux est un liant souple, perméable à la vapeur d’eau, ce qui permet une bonne ventilation et un meilleur assèchement des murs. D’abord chaux vive puis chaux éteinte , elle est utilisée aussi pour la désinfection des étables. Selon la pureté du calcaire utilisé, cette chaux peut être aérienne (elle ne durcit qu’au contact de l’air par carbonatation), soit hydraulique (elle durcit en présence d’eau). La chaux est le matériau le plus adapté pour la construction de murs en pierres. Elle est aussi abondamment utilisée pour la réalisation des enduits, et pour l’exécution de décors peints.

    Si l’architecture rurale a surtout été construite avec ces pierres irrégulières, non façonnées et assemblées au mortier de chaux, elle a aussi profité du travail des tailleurs de pierres, notamment pour la réalisation des linteaux et piédroits des différentes baies et pour le renforcement des angles de la construction. Cette pratique est utilisée dans les régions où la nature des pierres les rend propices à la taille, à savoir les pays de grès (le plus souvent grès molassique), et de calcaire, ce qui, dans les Alpes, correspond surtout aux Préalpes.

    Depuis 100 ans est apparu un nouveau matériau de construction, le ciment, dont l’emploi dans les maçonneries anciennes occasionne de nombreux désordres dus à sa trop grande dureté incompatible avec les déformations naturelles des assemblages en pierre, et à sa trop grande étanchéité qui emprisonne l’eau dans les murs.

    * L’association du bois et de la pierre :

    Il est exceptionnel qu’une construction ne soit composée que d’un seul matériau1. Tous les édifices de montagne tirent profit de l’emploi à la fois de la pierre pour les fondations et les niveaux inférieurs et du bois pour la grange et la charpente.

    Quand la pierre est rare ou de mauvaise qualité, le bois domine (exemples de Haute-Savoie). Lorsque les forêts sont inexistantes, notamment en haute altitude, la pierre est plus utilisée (exemples de Haute-Maurienne). Lorsque les deux matériaux sont disponibles, les choix techniques s’adaptent à de multiples exigences fonctionnelles ou culturelles.

    Les mélanges de matériaux de construction peuvent prendre des allures originales. Nous citerons deux particularités en Savoie, celui des chaînages en bois, et celui de la construction sur poteaux en bois dissociés de la maçonnerie.

    Photo 8 : Chalet d'alpage en Vanoise (Polset, Modane) où les murs en pierre sont renforcés de poutres en bois.Les chaînages en bois sont employés dans certaines vallées de la Vanoise, surtout en Haute-Maurienne. Dans ces régions, le climat particulièrement sec autorise l’incorporation de poutres horizontales dans les murs pour les renforcer, sans risque de pourrissement. Cette technique permet de consolider les murs lorsque la pierre est de mauvaise qualité, ou lorsqu’il n’est pas possible de rajouter un mortier de liaison, faute de chaux ou de terre. C’est le cas par exemple de plusieurs chalets d’alpage du vallon de Polset à Modane et de la Norma, où ces poutres en bois forment une véritable ceinture située à l’extérieur et à l’intérieur des murs, tous les 80 centimètres de hauteur. Ces poutres sont assemblées à mi-bois aux angles de la construction.

    Photo 9 : Abri en bois, ouvrage de bûcheron, posé sur le sol, sans fondations (type particulier de " grangette " à Doucy-en-Bauges)

    Une deuxième particularité peut être évoquée, mélangeant le bois et la pierre, celle utilisée près de Saint-Jean-de-Maurienne à Jarrier et à Montaimont, où le sol constitué de dépôts glaciaires instables glisse chaque année aux grosses pluies. Pour diminuer les risques de déformation des maisons, les toits reposent directement sur le sol par l’intermédiaire de grands poteaux verticaux en bois calés sur des pierres plates. Les murs de l’habitation sont construits en retrait de ces poteaux, le plus souvent en tuf et sur un seul niveau pour alléger la construction. Quand le terrain bouge, il est relativement facile de colmater les fissures dans les murs, ceux-ci n’étant pas chargés, et de recaler les poteaux à l’aide de crics ingénieux.

    * Les maisons en terre :

    Photo 11 : Détail de mur composite avec pans de bois et remplissage en torchis.La terre est aussi un matériau de construction utilisé en montagne. La technique la plus ancienne et la moins coûteuse est celle du torchis, mélange d’argile et de paille incorporé dans un réseau de branches tressées. Ce procédé a permis de construire de nombreuses habitations au Moyen Âge. Il s’est ensuite perfectionné dans les villes, par la réalisation de structures charpentées, à pans de bois ou à colombages, où le torchis, puis la brique constituaient les éléments de remplissages.

    Photo 10 : Détail de mur en piséLa technique du ‹‹pisé››, où les murs sont constitués d’un épais mélange de terre et de paille compacté dans des coffrages en bois appelés banches a été utilisé dans les plaines de la Bresse et du Bugey, et en Savoie (Val-Guiers, Albanais). Ces murs en terre crue doivent être protégés de l’humidité. Ils reposent sur un soubassement de pierres et sont abrités par de grandes dépassées du toit. Les façades des habitations sont le plus souvent couvertes d’un enduit à la chaux. Les maisons en terre, originales en Pays de Savoie, témoignent d’un mode de construction très répandu à travers le monde.

     

    Une grande diversité de toitures :

    Une grande diversité de ressources naturelles, un climat contrasté, et des influences culturelles multiples ont conduit la Savoie, à être l’une des rares régions d’Europe où l’on rencontre non seulement des toits de chaume, de bois ou de lauzes, mais aussi des toits couverts d’ardoise et de tuile.

    * Les toitures en chaume :

    L’archéologie nous permet d’entrevoir que les premières maisons ont été couvertes d’un matelas de branchages et de feuilles. Ce type de couverture s’est ensuite perfectionné, en utilisant notamment de la paille de roseau, puis de la paille de céréale (seigle ou blé). Le chaume, du latin calamus, la paille, devient alors le matériau le plus employé pour la couverture, d’autant plus que, résidu de l’activité agricole, il ne coûte rien.

    Photo 12 : Une des dernières chaumières (à l'état de ruine déjà avancée) sur les pentes du col de la Croix de Fer.En 1832, l’Inspecteur des Mines Despines recense dans son Essai sur le système de toiture le plus convenable aux constructions de la Savoie que près de la moitié des toits étaient alors recouverts de chaume. Il reconnaît tous les avantages de ce matériau, résidu de la récolte du seigle, aux excellentes propriétés isolantes, qui ne coûte rien, et qui est recyclable en litière. C’est, de plus, un matériau de couverture que les habitants peuvent fabriquer, poser et entretenir eux-mêmes.

    Mais le chaume représente un risque d’incendie particulièrement redouté dans les villages où les granges regorgent de foin pendant l’hiver. Ce danger lié à la disparition de la culture du seigle explique la disparition de ce matériau en moins de cent ans.

    Photo 13 : Architecture précaire comprenant grange et étable près du col de Tamié. La partie supérieure tient en équilibre sur un corps central en maçonnerie. La forme du toit avec croupe et forte pente est typique des architectures autrefois couvertes de chaume.On n’en reconnaît pas moins la physionomie caractéristique des toitures autrefois couvertes de chaume. Elles étaient très inclinées pour éviter la pénétration de l’eau sous la poussée du vent, et se présentaient le plus souvent avec des croupes ou des demies-croupes (appelées parfois ‹‹fausses croupes›› ou ‹‹pans coupés›› ou ‹‹allemandes››), formes enveloppantes continues et sans arêtes vives, que le chaume pouvait épouser à loisir de par sa souplesse, renforçant ainsi l’étanchéité du toit en évitant toute prise au vent. Cet aspect technique nous permet d’affirmer que la croupe ou demie-croupe, même couverte de tuiles écailles, telle qu’il en existe en Pays de Savoie, en Suisse, en Allemagne ou en Europe centrale est une forme rémanente issue des anciens toits de chaume. La toponymie nous renseigne aussi : les ‹‹Chavannes›› ou ‹‹Chavonnes›› désignaient des granges ou cabanes couvertes de chaume.

    Dans les secteurs très ventés, les toitures en chaume sont protégées par des pignons à ‹‹redents›› (appelés parfois ‹‹sauts de moineaux››). Ceux-ci permettaient aussi de diminuer les risques de propagation d’incendie d’un toit à un autre en cas de mitoyenneté.

     

    * Les toitures en bois :

    Très utilisé autrefois dans le Nord de la Savoie, mais moins que le chaume, le bois est un matériau original de couverture.

    Les tuiles de bois étaient fendues pendant l’hiver à partir de morceaux d’épicéa ou de mélèze, à l’aide d’un outil métallique appelé ‹‹départoir››, pour conserver le fil du bois et son imperméabilité. On obtient ainsi des planchettes de 15 à 20 centimètres de large dont la longueur, le nom et le mode de pose varient d’une région à une autre : Elles se nomment ‹‹tavaillons›› (de ‹‹tabulum›› tablette) dans les Bornes et les Aravis, ‹‹ancelles›› en Beaufortain, ‹‹Efenle›› en Chablais et Faucigny, ‹‹››Écrâves›› dans la région d’Abondance, et ‹‹Essendoles›› en Chartreuse et dans les Hautes-Alpes.

    Photo 15 : Toiture couverte en bois (grenier aux Saisies)Les petites tuiles de bois (tavaillons) étaient clouées et pouvaient couvrir ainsi des toits assez inclinés, voire même servir de bardage. Les grandes tuiles (‹‹ancelles››, ‹‹efenle››) étaient posées en de multiples couches qui se tenaient les unes les autres par frottement, sur des toits faiblement inclinés.

    Le bois est aussi utilisé en ville. En 1608, le voyageur anglais Coryate note sur Chambéry : ‹‹J’observais dans cette ville une chose que je n’avais encore jamais vue : une grande partie des tuiles servant à couvrir les maisons et les églises sont en bois››.

    * Les toitures en lauze :

    La Savoie est aujourd’hui connue comme étant un pays de lauze. Pourtant ce type de couverture, bien que très emblématique, n’était présent que sur un cinquième du territoire, généralement en haute altitude, dans les régions où la présence de lauzières et l’absence de culture de seigle conduisait naturellement à employer ce matériau.

    Photo 14 : Couverture en lauze et murs en pierre en Tarentaise (Peisey-Nancroix)Les lauzes, grandes dalles irrégulières schisteuses ou cristallines proviennent des lauzières, carrières exploitées ou pierriers naturels situés en haute montagne. Elles étaient autrefois descendues sur des luges jusqu’aux habitations, et élevées sur les toits à la force des bras. Leur pose nécessitait de les retailler légèrement pour mieux les caler. Elles n’étaient que très exceptionnellement clouées. Les plus grandes et les plus lourdes étaient disposées sur les bords pour stabiliser l’ensemble.

    Ces dispositions techniques expliquent la faible pente des versants de toiture sur lesquels la neige peut s’accumuler formant une masse imposante. Pour résister à ces charges, les charpentes comprenaient le plus souvent des troncs entiers d’épicéa ou de mélèze, parfois renforcés de nombreux étais et jambes de force. Toutes les lauzes n’ont pas les mêmes dimensions. Celles de Maurienne sont plus grandes, et plus irrégulières que celles de Tarentaise. Celles du Val-Gelon sont de petit format.

     

    * Les toitures en ardoise :

    Plusieurs ardoisières ont été exploitées depuis le Moyen Âge dans nos régions qui, de Morzine en Haute-Savoie aux sites de Maurienne et Tarentaise, appartiennent aux filons de schiste ardoisier des massifs centraux alpins.

    L’ardoise a surtout été utilisée pour des bâtiments de prestige (châteaux, maisons bourgeoises, églises) car sa pose nécessite l’emploi de clous ou de crochets métalliques, rares et coûteux. Les progrès industriels du XIXe siècle ont permis de l’utiliser aussi pour couvrir certaines habitations rurales, en remplacement du chaume.

    L’ardoise grise de Maurienne a été produite à Saint-Colomban des Villard et à Saint-Julien-Mont-Denis jusqu’à une époque très récente. Celle de Tarentaise, noire et brillante, était extraite à Cevins, au col de la Bâthie, à plus de 2000 m d’altitude jusqu’à la deuxième guerre mondiale. D’excellente qualité, elle a été utilisée pour couvrir des bâtiments de prestige en Savoie, Dauphiné, et France.

    * Les toitures en terre cuite :

    L’argile est surtout présente à l’ouest de la Savoie. Elle a été utilisée par les romains, sous forme de briques cuites pour l’édification de villas ou d’édifices plus importants (thermes). Cette pratique a disparu depuis, exception faite de son emploi pendant 25 ans à la fin du XIVe siècle pour l’édification de plusieurs monuments de Conflans.

    Certaines toitures de nos régions sont couvertes de tuiles : la tuile ronde, caractéristique des pays du Sud, couvre des édifices du bord de l’Isère en aval de Montmélian et des maisons de pécheur des rives du lac Léman ; la tuile écaille, de forme arrondie, couvre les fermes de l’Avant-Pays savoyard, de l’Albanais et du Genevois, elle est similaire à celle utilisée dans les pays germaniques ; la tuile plate rectangulaire se rencontre en Chautagne et est semblable à celle de Bourgogne ; enfin, la tuile mécanique (profilée pour être assemblée par emboîtement) a été produite depuis le XIXe siècle par toutes les tuileries de nos régions.

     

    * Les toitures aujourd’hui :

    Le chaume a complètement disparu de nos montagnes. Le bois et la lauze se sont raréfiés. Tous ces matériaux ont surtout été remplacés par la tôle (plate, ondulée, ou ‹‹bacs-acier››), produit industriel bon marché. Le chaume, le bois, la lauze, autrefois seuls matériaux disponibles et bon marché, sont devenus aujourd’hui des matériaux de luxe, qui ne sont plus produits localement.

     

    Les planchers et les voûtes

    Photo 16 : Voûtes superposées vues en écorché (intérieur du fort Charles Félix dans la barrière de l'Esseillon)Dans l’histoire de la construction, la voûte a surtout été utilisée pour l’édification de monuments civils ou religieux (basiliques romaines, églises, cathédrales), à partir de blocs de pierres soigneusement taillés selon des épures élaborées.

    Photo 17 : Intérieur d'une étable voûtée d'arêtes avec pilier central monolithique caractéristique de plusieurs sites de Vanoise (Saint-André de Maurienne)Il est prodigieux de constater que cette technique ait été maîtrisée par les habitants des villages de montagne, pour couvrir caves, étables, celliers ou habitations. Avec peu de moyens (la pierre étant en effet le plus souvent impossible à tailler), ils ont réussi à façonner non seulement des voûtes en plein cintre, mais aussi des voûtes d’arêtes complexes de plusieurs travées reposant sur d’élégantes colonnes. Dans les Hautes-Alpes, les habitants ont même superposé des voûtes sur plusieurs étages.

    Nous ne connaissons aucune étude à ce jour qui ait été entreprise sur l’histoire de ces voûtes. Les châteaux du Moyen Âge en possédaient. Dans les villages de nos montagnes, les maisons rurales voûtées sont anciennes. Certaines datent du XVIIe siècle. Il est probable qu’à partir de cette période l’emploi de la voûte ait permis de construire de grandes bâtisses pour répondre à l’accroissement de la population dans les villages, tout en limitant les risques d’incendie. En 1727, l’intendant Fontanieu inquiet de la raréfaction des forêts, propose qu’en Basse-Maurienne et Basse-Tarentaise ‹‹on interdise l’usage du bois pour la construction et qu’il soit prescrit d’y voûter caves et étables››.

    De nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer l’utilisation des voûtes (nécessité d’abriter de grands troupeaux, protection de l’habitation contre l’humidité et les odeurs de l’étable, résistance aux mouvements de terrain et aux avalanches, protection contre l’incendie, protection contre le froid). Aucune ne correspond complètement aux réalités observées. Une explication domine : les voûtes sont réalisées dans les régions où le mode privilégié de construction est la pierre, à savoir dans le Sud des Alpes. En pays de Savoie, cela correspond aux vallées de Maurienne et de Tarentaise. Plus au Nord (Beaufortain, Haute-Savoie), les étables ne sont pas voûtées.

     

    L’adaptation à la pente et aux avalanches :

    En montagne, l’implantation des maisons, des villages et des parcelles attenantes ne doit rien au hasard. Elle est toujours conditionnée par l’inclinaison et l’orientation des versants. De celles-ci découlent l’ensoleillement, les précipitations, l’hydrographie, la végétation, et donc les conditions de survie dans le milieu montagnard.

    Chaque jour, les habitants doivent s’adapter à la déclivité du terrain, monter, descendre inlassablement pour cultiver, faucher, entretenir les chemins, accompagner les bêtes, traire,... Ils construisent et entretiennent de nombreux murets de soutènement permettant de dégager quelques parcelles de culture en terrasse.

    Ils fauchent des prairies de haute montagne, exploitent des forêts ou des carrières élevées, ce qui leur permet de descendre leur production, foin, bois, pierres, lauzes, sur des luges utilisant ainsi la déclivité à leur avantage.

    Les maisons sont elles-mêmes intégrées dans la pente pour permettre une accessibilité directe aux différents étages. L’accès aux combles, pour stocker le foin, se fait ainsi depuis le terrain situé à l’amont. L’accès aux autres pièces (habitation, étable) se fait aussi de plain-pied, en partie inférieure, du côté aval.

    Photo 18 : Chalet d'alpage en site avalancheux. Ses proportions basses et sa tourne permettent de le protéger des coulées de neige (La civière - Termignon).La pente est aussi génératrice de risques naturels. Les chalets d’alpage, utilisés l’été, mais désertés l’hiver sont parfois construits en sites avalancheux. C’est la raison de l’adaptation de leur architecture. En Vanoise, ils sont blottis dans le terrain, avec peu de hauteur, et peu de largeur, offrant très peu de prise au passage de la neige. Ils sont en plus protégés de l’onde de choc par la construction d’amas en pierre en forme d’étraves appelées ‹‹tournes››. En Haute-Savoie, les chalets en bois sont chaque année consolidés par des étais et des haubans (cordes tendues ou filins d’acier).

     

    La particularité des balcons :Photo 19 : Balcon avec séchage de grebons en Haute-Maurienne.

    Photo 20 : Détail d'un garde-corps ouvragé d'une galerie en vallée d'Abondance.Les balcons savoyards ont essentiellement une fonction de séchage : bouses en Haute-Maurienne, bois de chauffage, oignons, plantes médicinales, fascines,... Équipés de perches ils permettaient de sécher le foin lorsqu’il était encore humide. Ces balcons peuvent être très sommaires et ne comprendre que quelques planches suspendues sur la façade principale. Ils prennent alors le nom de ‹‹loge››. Ils permettent parfois d’accéder à des pièces d’habitation et deviennent de véritables ‹‹galeries›› avec garde-corps simples ou ouvragés. L’exposition au soleil leur fait donner aussi le nom de ‹‹solaret››.

     

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