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L'habitat de montagne
Auteur : Hervé DUBOIS - Niveau de lecture : Scientifique
SOMMAIRE

EXPERTS
  • 1-Première approche
  • 2-Construire l'habitat de montagne
  • 3-L'habitat, lieu de vie, fondement culturel
  • 4-Conclusion : les mutations de l'habitat de montagne

  • ANNEXES
  • Sites à visiter
  • Bibliographie
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    3 - L’HABITAT, LIEU DE VIE, FONDEMENT CULTUREL

    Dessin 4 : La montagne favorise souvent le rapprochement des hommes et des animaux. Cohabitation à St-Colomban des Villard)
    Dessin 4 : La montagne favorise souvent
    le rapprochement des hommes et des animaux.
    Cohabitation à St-Colomban des Villard)

     

    Un habitat représentatif de ses habitants :

    L’habitat n’est pas qu’un simple jeu de construction. Dans les maisons et les villages, les hommes, les femmes et les enfants mènent leurs vies, remplies de joies et de peines. L’habitat en est le protecteur et le révélateur. C’est peut-être ce qui explique la proximité linguistique qui existe en français comme dans d’autres langues européennes entre les mot habitat , habit et habitude

    De même que les habits protègent et identifient les personnes qui les portent, l’habitat protège l’intimité de ses occupants et révèle leur personnalité et leurs habitudes de vie.

    Photo 21 : Détail de l'angle d'une maison de village montrant la succession des couches d'enduit et le décor final en ... faux-moellonage masquant les vraies pierres de taille.L’aspect extérieur des maisons est souvent significatif de la fonction de leur propriétaire. On distinguera aisément la maison d’un maréchal ferrant, de celle d’un agriculteur ou de celle d’un notable.

    Photo 22 : Détail de verrou ouvragé de grange (Villarodin)D’autres signes extérieurs transparaissent souvent sur la façade principale, un peu plus décorée et mieux finie. On observera, ici ou là, la fantaisie d’un garde-corps ouvragé de balcon, la finesse d’un décor peint soulignant portes et fenêtres, la simplicité d’un cadran solaire, l’originalité des verrous ouvragés, l’achèvement des abouts sculptés de poutres. Il est probable qu’il y ait toujours eu à l’extérieur de chaque maison un signe représentatif de la personne qui l’habitait. Ces marques peuvent être difficiles à déchiffrer aujourd’hui compte tenu de la succession des multiples générations d’habitants et des aléas et des outrages de l’Histoire.

     

    L’attachement des familles à leur maison :

    En Savoie, l’exploitation est en faire-valoir direct, ce qui explique le lien affectif profond entre l’habitant et la maison qu’il occupe, lieu familial par excellence, où se sont succédées les naissances et les morts des générations précédentes. Les habitations doivent être considérées comme des biens de famille, héritage précieux à conserver, à valoriser et à transmettre à ses enfants. Les initiales et les inscriptions gravées sur les poutres de la maison acquièrent au fil du temps une valeur affective. Les risques invisibles sont parfois conjurés par la mise en place sur la façade de crucifix, de statues de la Vierge ou de fers à cheval.

    Les ethnologues évoquent les rites de prise de possession d’une maison nouvellement construite concernant le franchissement initial du seuil. L’identification de la date de construction est souvent gravée sur le linteau d’une des portes (habitation ou grange), ou sur une poutre maîtresse. Dans la vallée d’Abondance, ces chiffres sont découpés dans les planches du ‹‹mantelage››.

     

    L’organisation interne des maisons :

    Photo 25 : Intérieur d'une étable voûtée. Le logement des animaux est un élément fondamental de l'habitat montagnard.La maison et ses abords a dans les Alpes un rôle déterminant en tant qu’instrument de production permettant la survie de la famille, plus fortement même que les terres qui étaient le plus souvent des pâturages à usage Photo 26 : Intérieur d'une pièce d'habitation dans un chalet en bois (Suisse).collectif. C’est dans la maison ou dans le chalet que l’on produisait le beurre et le fromage. C’est aussi là que l’on tuait le cochon entre No‘l et jour de l’an permettant de fabriquer les jambons, saucisses et autres diots, indispensables à la subsistance. La production de céréales, de farines, de légumes et de miel complétait cette alimentation et pouvait être échangée contre des biens ou des services.

    Photo 23 : Chalet double à Abondance (Richebourg). Ce type de chalet abrite deux familles et leurs troupeaux respectifs sous un seul et même toit.L’intérieur des maisons se répartissait en plusieurs espaces comprenant la grange, l’écurie-étable (érablo), l’oûtô (ou oûtâ), cuisine-salle à manger où l’on recevait les hôtes, et le pêle, pièce chaude où seule la famille se tenait et dormait. Ces espaces étaient Photo 24 : Ensemble d'étables et de granges en Bauges (La Compôte). Dans ce village, les bêtes et les hommes ne sont pas logés sous le même toit.parfois complétés de pièces annexes qui pouvaient servir de chambres pour d’autres membres de la famille, ou de logement d’été. Dans certains villages, l’habitation était dissociée du logement des animaux. l’écurie-étable formait alors avec la grange un bâtiment séparé.

    Les chalets d’alpage faisaient partie du domaine familial. Ils étaient construits au plus près des prairies des différents étages montagnards pour permettre leur exploitation au rythme de la fonte des neiges. Ils constituaient des abris saisonniers destinés à protéger le troupeau qui occupait le plus grand volume du bâtiment, et la famille des exploitants dont la vie s’organisait dans et autour de la cuisine où l’on fabriquait le beurre et le fromage.

     

    Un habitat adapté aux rigueurs de l’hiver :

    Les conditions climatiques extrêmes expliquent certaines dispositions de l’habitat de montagne.

    Le logement des hommes est le plus souvent situé en partie inférieure, sous l’épais matelas du foin destiné à l’alimentation des bêtes pendant l’hiver.

    Photo 27 : Maison caractéristique de Sainte-Foy Tarentaise (maquette du Musée Savoisien). où les colonnes dégagent de vastes espaces couverts extérieursPhoto 28 : Détail d'une colonne (Landry)La plupart des maisons de montagne comprennent une ou plusieurs aires extérieures protégées par de larges avancées du toit. Celles-ci sont ainsi abritées des intempéries, notamment de la neige, et permettent, outre quelques activités manuelles extérieures, la desserte des différentes pièces de la maison. Ces espaces extérieurs appelés ‹‹cortna›› en Chablais et Faucigny prennent des formes différentes selon le type de la maison. En Tarentaise et dans le Val d’Aoste, l’importante avancée de toiture repose sur de magnifiques colonnes en pierre.

    Ces aires extérieures sont souvent complétées par des vestibules intérieurs formant sas thermique, permettant l’accès aux différentes pièces. Ces couloirs prennent le nom de ‹‹pouerche›› ou ‹‹puerche›› en Haute-Savoie. En Haute-Maurienne, le ‹‹po‘r›› désigne un vestibule voûté avec un système élaboré de rampes de desserte des différents étages de la maison, notamment l’étable en partie inférieure, l’habitation au rez-de-chaussée, et la grange en partie haute. Dans les Hautes-Alpes, ce couloir d’accès formant sas prend parfois le nom de ‹‹court››.

    La différenciation des logements d’hiver et d’été est une autre caractéristique de l’habitat montagnard. Le logement d’hiver est toujours réalisé dans la partie basse des maisons, parfois à demi-enterré, pour profiter de l’inertie thermique du sol qui reste à une température plus douce que l’air. Pour gagner encore plus de chaleur, ce logement regroupe dans la même pièce, le temps de la mauvaise saison, toutes les personnes de la famille, et toutes les fonctions de l’habitation que sont la préparation des repas, la salle de vie commune et le couchage. Les lits sont réalisés en bois, fermés par des panneaux coulissants ou des rideaux.

     

    La cohabitation avec les bêtes :

    Dans certains villages de montagne il y a cohabitation dans la même pièce des hommes et des bêtes pendant l’hiver. Tout le monde vit alors dans l’étable, appelée ‹‹érablo››. Cette particularité permet de profiter de la chaleur dégagée par les animaux. Cette vie commune resserre le lien entre la famille et le troupeau. On la rencontre dans les habitations permanentes des hautes vallées, en général dans les régions dépourvues de bois de chauffage par exemple en Haute-Maurienne, en Haute-Tarentaise, en Briançonnais, en Haut-Faucigny.

    Le manque de bois pousse aussi les habitants à utiliser d’autres modes de chauffage, comme les excréments de mouton façonnés et séchés, et utilisés comme combustible pendant l’hiver. Ces blocs, appelées ‹‹grebons›› en Haute-Maurienne sont séchés et stockés sur les galeries extérieures et participent aujourd’hui à l’identité et au pittoresque de ces maisons.

     

    Les greniers :

    Les greniers sont des petites constructions annexes plus ou moins éloignées de l’habitation qui servaient à stocker divers moyens de subsistance à l’abri des risques d’incendie que pouvait encourir chaque maison d’un village. Ils contenaient du grain (blé, orge ou seigle), de la viande fumée, des costumes, des vêtements, des papiers importants. Ils étaient parfois construits sur une cave pouvant abriter des fruits, des légumes, du vin, parfois du cidre. La richesse de leur contenu explique qu’en Maurienne, ils étaient appelés ‹‹trésors››.

    Photo 29 : Intérieur d'un grenier montrant les différents compartiments de stockage (Haut Doubs).Les greniers existent dans toutes les régions de montagne où le bois a été un matériau prédominant de construction. Dans les Alpes du Nord on les observe donc essentiellement en Haute-Savoie, en Beaufortain, en Chartreuse, en Basse-Tarentaise, dans l’Arvan-Villard et dans les vallées adjacentes de la Basse-Maurienne. On ne rencontre pas de grenier quand l’architecture est en pierre sauf dans les régions où ils témoignent d’un ancien mode de construction en bois.

    Les greniers peuvent prendre de multiples formes, ‹‹raccards›› Valaisans isolés du sol par des pierres plates pour les protéger des rongeurs, ou greniers simples à une seule pièce (Maurienne, Basse Tarentaise Chartreuse), ou greniers à étage (Chablais, Faucigny), ou parfois greniers doubles côte à côte (Beaufortain).

     

    La prééminence de la vie communautaire :

    La vie communautaire, sociale et religieuse s'exprimait à de multiples occasions, dans les champs, à la fontaine, au four ou à l'église. La solidarité permettait la survie du groupe. L’entr’aide permettait de surmonter les difficultés de la vie. L'hiver, les habitants se regroupaient le temps des veillées. C’était le temps des fêtes, de la transmission orale des contes et des légendes. C’était aussi l’occasion de réaliser certains travaux manuels (broderie, dentelle,...).

     

    Photo 31 : Fontaine caractéristique à Seythenex.L’eau :

    Le bassin, appelé localement ‹‹bachal››, était un élément fondamental de la vie dans les villages. C’était le principal lieu d'approvisionnement en eau (l'eau courante n'existe dans les habitations que depuis cinquante ans). Tronc d'arbre évidé, ou belle fontaine en pierre, ce bassin permettait d'abreuver hommes et bêtes et servait de réserve en eau contre l'incendie. La lessive était faite dans les lavoirs, situés à l'aval du réseau d’eau et pourvus de plans inclinés pour faciliter le brossage et l'essorage du linge.

     

    Le four à pain :

    Photo 30 : Exemple de four à pain caractéristique des villages des montagne de l'avant-pays Savoyard (Ontex)Le four à pain était un bâtiment d’usage essentiellement communautaire. Les fours privés étaient rares car trop consommateurs de bois en regard du nombre de pains à cuire. Il valait mieux rentabiliser l’énergie et le temps de mise en chauffe pour cuire les pains de plusieurs familles. Les fours étaient donc gérés collectivement, à tour de rôle. La dénomination " four banal " vient des " banalités ", redevances autrefois versées par les habitants aux seigneurs pour obtenir le droit d'utiliser le four.

    Les foyers des fours de nos montagnes sont construits en brique (terre cuite) ou en pierre (molasse). De petits bâtiments les abritent, ouverts sur l'extérieur lorsque le climat le permet, mais le plus souvent fermés et protégés des intempéries.

     

    Les églises et les chapelles :

    Une présentation de l'habitat montagnard serait très incomplète si l'on n’évoquait pas la présence dans les villages, des églises, des chapelles, des croix et des oratoires. Tous ces édifices témoignent de la ferveur religieuse des habitants. Chaque paroisse a son église et son clocher, et chaque hameau, son Saint protecteur et sa chapelle.

    Photo 32 : Chapelle de Montruard avec son clocheton en pierre caractéristique (Saint-André de Maurienne).Ces édifices répondent à une double fonction, la prière, et la protection des habitants contre les risques de toute nature du fait du caractère sacré du lieu.

    Photo 33 : Clocher à bulbe à Abondance (caractéristique des régions d’architecture en bois).Les églises et leurs clochers sont les édifices les plus imposants des villages. Peu d’entre-eux nous sont parvenus intacts depuis le Moyen Âge. Dans les hautes vallées, la plupart ont été transformés ou reconstruits à la période baroque, aux XVIIe et XVIIIe siècle selon les recommandations de la contre réforme catholique. Dans les plaines, les églises ont été le plus souvent reconstruites à la fin du XIXe siècle.

    Les chapelles sont dispersées dans la montagne, pour marquer des lieux où la protection divine était particulièrement recherchée, par exemple en bordure des couloirs d’avalanches (chapelles Notre Dame des Neiges) ou à proximité des précipices.

     

    L’influence de l’émigration :

    Le caractère et la richesse des villages doivent beaucoup au phénomène de l’émigration, qui a touché de nombreuses familles, où les hommes partaient l’hiver pour exercer divers métiers dans d’autres régions d’Europe. Ils revenaient au Dessin 5 : Linteau gravé à Nancy-sur-Cluse, avec le chiffre 4, symbole international des marchands-colporteurs.printemps pour reprendre les travaux des champs. Les métiers les plus célèbres étaient ceux de ramoneur et de colporteur. Les émigrants partaient loin, jusqu’en Lorraine, en Flandre, en Franche-Comté, en Alsace, en Suisse, en Allemagne du Sud, en Autriche, ...

    Certains ont fait fortune et, par leur donation, ont marqué les villages en permettant la fondation d’écoles ou d’hospices et l’acquisition d’objets magnifiques destinés à la paroisse, ce qui explique la richesse intérieure de nombreuses églises de montagne. En Faucigny, à Nancy-sur-Cluse, le chiffre ‹‹4›› gravé sur les linteaux des portes est le symbole international des marchands-colporteurs.

    Les émigrants savoyards pouvaient se montrer d’excellents constructeurs. Les maçons et tailleurs de pierre de la vallée du Giffre ont exporté leur savoir-faire jusqu’en Bretagne. Ils ont construit de grands édifices. On peut aussi admirer leur travail dans de nombreuses maisons d’habitation.

     

    Une grande diversité d’architectures :

    Photo 34 : Quelques illustrations de la diversité des architectures : Haute-MauriennePhoto 35 : Quelques illustrations de la diversité des architectures : Arvan-Villard.Dans cette approche culturelle de l’habitat, il est intéressant de souligner la grande diversité des architectures selon les régions de montagne.

    Celle-ci résulte autant des contraintes géographiques (climat, ressources végétales et minérales), que de résultantes historiques (souches de population, courants migratoires). Nous ne détaillerons pas ici des différents ‹‹styles›› d’architectures rurales dans les Alpes du Nord qui seront traités dans le chapitre 6 ‹‹Le patrimoine ›› du site internet Sabaudia

    Photo 36 : Quelques illustrations de la diversité des architectures : Beaufortain. Photo 37 : Quelques illustrations de la diversité des architectures : Vallée d'Abonbance.

     

     

     

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