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3 - L’HABITAT, LIEU DE VIE, FONDEMENT CULTUREL

Dessin 4 : La montagne favorise souvent
le rapprochement des hommes et des animaux.
Cohabitation à St-Colomban des Villard)
Un habitat représentatif de ses habitants :
L’habitat n’est pas qu’un simple jeu de construction. Dans les maisons
et les villages, les hommes, les femmes et les enfants mènent leurs
vies, remplies de joies et de peines. L’habitat en est le protecteur et
le révélateur. C’est peut-être ce qui explique la
proximité linguistique qui existe en français comme dans
d’autres langues européennes entre les mot habitat , habit et habitude
De même que les habits protègent et identifient les personnes
qui les portent, l’habitat protège l’intimité de ses occupants
et révèle leur personnalité et leurs habitudes de
vie.
L’aspect
extérieur des maisons est souvent significatif de la fonction de
leur propriétaire. On distinguera aisément la maison d’un
maréchal ferrant, de celle d’un agriculteur ou de celle d’un notable.
D’autres
signes extérieurs transparaissent souvent sur la façade
principale, un peu plus décorée et mieux finie. On observera,
ici ou là, la fantaisie d’un garde-corps ouvragé de balcon,
la finesse d’un décor peint soulignant portes et fenêtres,
la simplicité d’un cadran solaire, l’originalité des verrous
ouvragés, l’achèvement des abouts sculptés de poutres.
Il est probable qu’il y ait toujours eu à l’extérieur de
chaque maison un signe représentatif de la personne qui l’habitait.
Ces marques peuvent être difficiles à déchiffrer aujourd’hui
compte tenu de la succession des multiples générations d’habitants
et des aléas et des outrages de l’Histoire.
L’attachement des familles à leur maison :
En Savoie, l’exploitation est en faire-valoir direct, ce qui explique
le lien affectif profond entre l’habitant et la maison qu’il occupe, lieu
familial par excellence, où se sont succédées les
naissances et les morts des générations précédentes.
Les habitations doivent être considérées comme des
biens de famille, héritage précieux à conserver,
à valoriser et à transmettre à ses enfants. Les initiales
et les inscriptions gravées sur les poutres de la maison acquièrent
au fil du temps une valeur affective. Les risques invisibles sont parfois
conjurés par la mise en place sur la façade de crucifix,
de statues de la Vierge ou de fers à cheval.
Les ethnologues évoquent les rites de prise de possession d’une
maison nouvellement construite concernant le franchissement initial du
seuil. L’identification de la date de construction est souvent gravée
sur le linteau d’une des portes (habitation ou grange), ou sur une poutre
maîtresse. Dans la vallée d’Abondance, ces chiffres sont
découpés dans les planches du ‹‹mantelage››.
L’organisation interne des maisons :
La
maison et ses abords a dans les Alpes un rôle déterminant
en tant qu’instrument de production permettant la survie de la famille,
plus fortement même que les terres qui étaient le plus souvent
des pâturages à usage collectif.
C’est dans la maison ou dans le chalet que l’on produisait le beurre et
le fromage. C’est aussi là que l’on tuait le cochon entre No‘l
et jour de l’an permettant de fabriquer les jambons, saucisses et autres
diots, indispensables à la subsistance. La production de céréales,
de farines, de légumes et de miel complétait cette alimentation
et pouvait être échangée contre des biens ou des services.
L’intérieur
des maisons se répartissait en plusieurs espaces comprenant la
grange, l’écurie-étable (érablo), l’oûtô
(ou oûtâ), cuisine-salle à manger où l’on recevait
les hôtes, et le pêle, pièce chaude où seule
la famille se tenait et dormait. Ces espaces étaient parfois
complétés de pièces annexes qui pouvaient servir
de chambres pour d’autres membres de la famille, ou de logement d’été.
Dans certains villages, l’habitation était dissociée du
logement des animaux. l’écurie-étable formait alors avec
la grange un bâtiment séparé.
Les chalets d’alpage faisaient partie du domaine familial. Ils étaient
construits au plus près des prairies des différents étages
montagnards pour permettre leur exploitation au rythme de la fonte des
neiges. Ils constituaient des abris saisonniers destinés à
protéger le troupeau qui occupait le plus grand volume du bâtiment,
et la famille des exploitants dont la vie s’organisait dans et autour
de la cuisine où l’on fabriquait le beurre et le fromage.
Un habitat adapté aux rigueurs de l’hiver :
Les conditions climatiques extrêmes expliquent certaines dispositions
de l’habitat de montagne.
Le logement des hommes est le plus souvent situé en partie inférieure,
sous l’épais matelas du foin destiné à l’alimentation
des bêtes pendant l’hiver.
 La
plupart des maisons de montagne comprennent une ou plusieurs aires extérieures
protégées par de larges avancées du toit. Celles-ci
sont ainsi abritées des intempéries, notamment de la neige,
et permettent, outre quelques activités manuelles extérieures,
la desserte des différentes pièces de la maison. Ces espaces
extérieurs appelés ‹‹cortna›› en Chablais et Faucigny prennent
des formes différentes selon le type de la maison. En Tarentaise
et dans le Val d’Aoste, l’importante avancée de toiture repose
sur de magnifiques colonnes en pierre.
Ces aires extérieures sont souvent complétées par
des vestibules intérieurs formant sas thermique, permettant l’accès
aux différentes pièces. Ces couloirs prennent le nom de
‹‹pouerche›› ou ‹‹puerche›› en Haute-Savoie. En Haute-Maurienne, le ‹‹po‘r››
désigne un vestibule voûté avec un système
élaboré de rampes de desserte des différents étages
de la maison, notamment l’étable en partie inférieure, l’habitation
au rez-de-chaussée, et la grange en partie haute. Dans les Hautes-Alpes,
ce couloir d’accès formant sas prend parfois le nom de ‹‹court››.
La différenciation des logements d’hiver et d’été
est une autre caractéristique de l’habitat montagnard. Le logement
d’hiver est toujours réalisé dans la partie basse des maisons,
parfois à demi-enterré, pour profiter de l’inertie thermique
du sol qui reste à une température plus douce que l’air.
Pour gagner encore plus de chaleur, ce logement regroupe dans la même
pièce, le temps de la mauvaise saison, toutes les personnes de
la famille, et toutes les fonctions de l’habitation que sont la préparation
des repas, la salle de vie commune et le couchage. Les lits sont réalisés
en bois, fermés par des panneaux coulissants ou des rideaux.
La cohabitation avec les bêtes :
Dans certains villages de montagne il y a cohabitation dans la même
pièce des hommes et des bêtes pendant l’hiver. Tout le monde
vit alors dans l’étable, appelée ‹‹érablo››. Cette
particularité permet de profiter de la chaleur dégagée
par les animaux. Cette vie commune resserre le lien entre la famille et
le troupeau. On la rencontre dans les habitations permanentes des hautes
vallées, en général dans les régions dépourvues
de bois de chauffage par exemple en Haute-Maurienne, en Haute-Tarentaise,
en Briançonnais, en Haut-Faucigny.
Le manque de bois pousse aussi les habitants à utiliser d’autres
modes de chauffage, comme les excréments de mouton façonnés
et séchés, et utilisés comme combustible pendant
l’hiver. Ces blocs, appelées ‹‹grebons›› en Haute-Maurienne sont
séchés et stockés sur les galeries extérieures
et participent aujourd’hui à l’identité et au pittoresque
de ces maisons.
Les greniers :
Les greniers sont des petites constructions annexes plus ou moins éloignées
de l’habitation qui servaient à stocker divers moyens de subsistance
à l’abri des risques d’incendie que pouvait encourir chaque maison
d’un village. Ils contenaient du grain (blé, orge ou seigle), de
la viande fumée, des costumes, des vêtements, des papiers
importants. Ils étaient parfois construits sur une cave pouvant
abriter des fruits, des légumes, du vin, parfois du cidre. La richesse
de leur contenu explique qu’en Maurienne, ils étaient appelés
‹‹trésors››.
Les
greniers existent dans toutes les régions de montagne où
le bois a été un matériau prédominant de construction.
Dans les Alpes du Nord on les observe donc essentiellement en Haute-Savoie,
en Beaufortain, en Chartreuse, en Basse-Tarentaise, dans l’Arvan-Villard
et dans les vallées adjacentes de la Basse-Maurienne. On ne rencontre
pas de grenier quand l’architecture est en pierre sauf dans les régions
où ils témoignent d’un ancien mode de construction en bois.
Les greniers peuvent prendre de multiples formes, ‹‹raccards›› Valaisans
isolés du sol par des pierres plates pour les protéger des
rongeurs, ou greniers simples à une seule pièce (Maurienne,
Basse Tarentaise Chartreuse), ou greniers à étage (Chablais,
Faucigny), ou parfois greniers doubles côte à côte
(Beaufortain).
La prééminence de la vie communautaire :
La vie communautaire, sociale et religieuse s'exprimait à de multiples
occasions, dans les champs, à la fontaine, au four ou à
l'église. La solidarité permettait la survie du groupe.
L’entr’aide permettait de surmonter les difficultés de la vie.
L'hiver, les habitants se regroupaient le temps des veillées. C’était
le temps des fêtes, de la transmission orale des contes et des légendes.
C’était aussi l’occasion de réaliser certains travaux manuels
(broderie, dentelle,...).
L’eau
:
Le bassin, appelé localement ‹‹bachal››, était un élément
fondamental de la vie dans les villages. C’était le principal lieu
d'approvisionnement en eau (l'eau courante n'existe dans les habitations
que depuis cinquante ans). Tronc d'arbre évidé, ou belle
fontaine en pierre, ce bassin permettait d'abreuver hommes et bêtes
et servait de réserve en eau contre l'incendie. La lessive était
faite dans les lavoirs, situés à l'aval du réseau
d’eau et pourvus de plans inclinés pour faciliter le brossage et
l'essorage du linge.
Le four à pain :
Le
four à pain était un bâtiment d’usage essentiellement
communautaire. Les fours privés étaient rares car trop consommateurs
de bois en regard du nombre de pains à cuire. Il valait mieux rentabiliser
l’énergie et le temps de mise en chauffe pour cuire les pains de
plusieurs familles. Les fours étaient donc gérés
collectivement, à tour de rôle. La dénomination " four
banal " vient des " banalités ",
redevances autrefois versées par les habitants aux seigneurs pour
obtenir le droit d'utiliser le four.
Les foyers des fours de nos montagnes sont construits en brique (terre
cuite) ou en pierre (molasse). De petits bâtiments les abritent,
ouverts sur l'extérieur lorsque le climat le permet, mais le plus
souvent fermés et protégés des intempéries.
Les églises et les chapelles :
Une présentation de l'habitat montagnard serait très incomplète
si l'on n’évoquait pas la présence dans les villages, des
églises, des chapelles, des croix et des oratoires. Tous ces édifices
témoignent de la ferveur religieuse des habitants. Chaque paroisse
a son église et son clocher, et chaque hameau, son Saint protecteur
et sa chapelle.
Ces
édifices répondent à une double fonction, la prière,
et la protection des habitants contre les risques de toute nature du fait
du caractère sacré du lieu.
Les
églises et leurs clochers sont les édifices les plus imposants
des villages. Peu d’entre-eux nous sont parvenus intacts depuis le
Moyen Âge. Dans les hautes vallées, la plupart ont été
transformés ou reconstruits à la période
baroque, aux XVIIe et XVIIIe siècle selon les recommandations
de la contre réforme catholique. Dans les plaines, les églises
ont été le plus souvent reconstruites à la fin du
XIXe siècle.
Les chapelles sont dispersées dans la montagne, pour marquer des
lieux où la protection divine était particulièrement
recherchée, par exemple en bordure des couloirs d’avalanches (chapelles
Notre Dame des Neiges) ou à proximité des précipices.
L’influence de l’émigration :
Le caractère et la richesse des villages doivent beaucoup au phénomène
de l’émigration, qui a touché de nombreuses familles, où
les hommes partaient l’hiver pour exercer divers métiers dans d’autres
régions d’Europe. Ils revenaient au printemps
pour reprendre les travaux des champs. Les métiers les plus célèbres
étaient ceux de ramoneur et de colporteur. Les émigrants
partaient loin, jusqu’en Lorraine, en Flandre, en Franche-Comté,
en Alsace, en Suisse, en Allemagne du Sud, en Autriche, ...
Certains ont fait fortune et, par leur donation, ont marqué les
villages en permettant la fondation d’écoles ou d’hospices et l’acquisition
d’objets magnifiques destinés à la paroisse, ce qui explique
la richesse intérieure de nombreuses églises de montagne.
En Faucigny, à Nancy-sur-Cluse, le chiffre ‹‹4›› gravé sur
les linteaux des portes est le symbole international des marchands-colporteurs.
Les émigrants savoyards pouvaient se montrer d’excellents constructeurs.
Les maçons et tailleurs de pierre de la vallée du Giffre
ont exporté leur savoir-faire jusqu’en Bretagne. Ils ont construit
de grands édifices. On peut aussi admirer leur travail dans de
nombreuses maisons d’habitation.
Une grande diversité d’architectures :
 Dans
cette approche culturelle de l’habitat, il est intéressant de souligner
la grande diversité des architectures selon les régions
de montagne.
Celle-ci résulte autant des contraintes géographiques (climat,
ressources végétales et minérales), que de résultantes
historiques (souches de population, courants migratoires). Nous ne détaillerons
pas ici des différents ‹‹styles›› d’architectures rurales dans
les Alpes du Nord qui seront traités dans le chapitre 6 ‹‹Le patrimoine
›› du site internet Sabaudia

 
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