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L'habitat de montagne
Auteur : Hervé DUBOIS - Niveau de lecture : Scientifique |
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4 - CONCLUSION - LES MUTATIONS DE L’HABITAT DE MONTAGNE
Des mutations profondes dès le XIXe siècle :
Les progrès de la science liés au développement industriel et à la production d’énergie, vont bouleverser l’économie et les modes de vie dans le monde entier. En montagne ces évolutions vont se concrétiser sous diverses formes. Les travaux d’endiguement des rivières sont engagés dès la première moitié du XIXe siècle par les souverains du royaume de Piémont-Sardaigne, qui contrôlent une grande partie des Alpes occidentales. En 1824, le roi Charles Félix se déplace en personne sous le rocher de Conflans (futur Albertville) pour poser la ‹‹Pierre du Roy››, première pierre de l’endiguement de l’Arly et de l’Isère. Les voies de communication vont s’implanter sur les terres nouvellement libérées de l’emprise de l’eau, entraînant une descente de l’activité économique des versants vers les fonds des vallées. L’édification de ponts, et le percement de tunnels (Fréjus en 1871), vont accélérer ces transformations. Les vallées de montagne, desservies depuis peu par le train, alimentées naturellement en énergie par les chutes d’eau, deviennent des lieux privilégiés pour l’implantation d’industries dévoreuses d’électricité. C’est ainsi que s’établissent en cet endroit les usines électrochimiques et électrométallurgiques qui produisent de l’aluminium, de l’acier, du chlore, du sodium, du carbure de calcium, ..., et leurs dérivés. Cette industrialisation se traduit par une transformation profonde des modes de vie, où les habitants des villages, vivant autrefois de l’agriculture, deviennent des ouvriers paysans. Les villages subissent un abandon progressif des espaces agricoles et un exode rural, au profit des villes qui se développent dans les fonds de vallées.
Le XXe siècle, confort et civilisation des loisirs, de nouvelles façons de construire en montagne :Au XXe siècle, les mutations de l’habitat de montagne s’accélèrent. L’avènement de l’électricité bouleverse les paysages (lacs et barrages, conduites forcées, centrales, lignes électriques), ainsi que nos façons de vivre et d’habiter (lumière électrique, chauffage, appareils électroménagers, télévision, électronique, informatique).
La deuxième moitié du XXe siècle est placée sous l’influence de plusieurs courants. Le début de l’époque des ‹‹trente glorieuses›› est placé sous le signe de la construction de logements en grande quantité pour combler les destructions de la guerre et répondre à une expansion démographique sans précédent à l’échelle de l’histoire. C’est la période des tours et des barres. L’habitat en montagne, est lui-même touché par ces bouleversements. L’architecture est conçue de manière quasi industrielle (portes et fenêtres préfabriquées, logements sur plans types reproduits et superposés sur plusieurs étages). Le béton autorise cette préfabrication. L’avènement de la civilisation des loisirs marquera un deuxième courant portant un regard nouveau sur la montagne, espace naturel préservé, lieu de ressourcement et d’air pur. L’architecture du tourisme doit à la fois répondre à des contraintes économiques et satisfaire aux nouvelles valeurs investies par la société en ce lieu. C’est d’abord l’avènement de ‹‹l’or blanc››, puis celui d’une approche montagnarde plus diversifiée. Tout est à inventer et à construire, des lieux d’hébergement pour les touristes, comme des chalets, mais aussi des hôtels, des pensions, des commerces, des équipements sportifs, des remontées mécaniques, des infrastructures routières. De nouveaux espaces montagnards sont urbanisés à l’écart des villages, sur les versants envers où la neige dure longtemps, pour rapprocher les habitations des pistes de ski. Ainsi, l’expérience de Courchevel, menée au sortir de la guerre par Laurent Chappis et Denys Pradelle est la première station créée de toutes pièces en site vierge. Cela se traduit par des recherches architecturales innovantes, pour répondre à des besoins et à des modes de vie nouveaux. Ainsi sont conçus les célèbres chalets sur pilotis avec baies vitrées et toitures à un seul versant, dont la forme permettait notamment de capter au mieux la lumière du soleil . D’autres recherches ont conduit à mettre au point des toitures terrasses et des toitures à pentes inversées (‹‹toitures papillon››) permettant de retenir la neige sans risque de déversement dans les rues avoisinantes. Ces nouvelles formes ont fortement marqué l’architecture contemporaine en montagne de la fin du XXe siècle.
Le devenir de l’habitat en montagne:
L’habitat de montagne a toujours été très influencé par son environnement. Les premières habitations d’altitude se sont pliées aux contraintes très fortes du milieu naturel. Les architectures contemporaines prétendent s’en affranchir grâce aux moyens techniques tous puissants dont nous disposons aujourd’hui. En réalité, l’habitat même le plus récent n’a jamais cessé d’être confronté aux rigueurs climatiques, aux risques naturels, aux contraintes spécifiques de la pente, de la neige et du froid. Les avalanches catastrophiques, les glissements de terrain, les inondations, nous le rappellent chaque jour : la montagne reste plus puissante que l’homme. Il paraît légitime d’espérer un retour à la sagesse pour que l’habitat contemporain en montagne prenne mieux en compte les contraintes naturelles de ce milieu spécifique. Sur le plan culturel, il est primordial de bien distinguer les sites remarquables où l’harmonie ancestrale du paysage et de l’architecture se doit d’être préservée, ce qui nécessite une démarche d’intégration et de modestie de la part des concepteurs, et les sites qui ont déjà été bouleversés ces dernières années, qui peuvent devenir des terrains de recherche et d’expérimentation pour des architectures contemporaines innovantes et adaptées à la montagne. Ces deux approches sont aujourd’hui battues en brêche par une autre tendance : les hommes, pour se rassurer, cultivent les formes du passé, ce qui aboutit à une architecture néo-régionale souvent caricaturale. Le bâti ancien n’échappe pas à ces bouleversements. Le cas particulier des chalets d’alpage mérite d’être cité. Autrefois habitats saisonniers à vocation agricole, ils font aujourd’hui l’objet d’une attention particulière des pouvoirs publics qui craignent que leur transformation en habitat de loisir (voire dans certains cas en habitat permanent) ne soit source de risques inconsidérés pour la sécurité des biens et des personnes (sites avalancheux, accessibilité impossible en hiver). C’est une des raisons qui a généré une réglementation forte restreignant les possibilités de leur restauration à un usage agricole ou dans un but de préservation et mise en valeur du patrimoine montagnard après autorisation délivrée par le préfet de chaque département qui s’appuie sur l’avis de la Commission départementale des sites. Dans les villages, les maisons anciennes, si elles ne tombent pas en ruine, sont transformées le plus souvent de manière banalisante ou folklorisante. Cet habitat risque ainsi de disparaître de nos mémoires sauf à engager des mesures conservatoires. On pense aux sites classés, aux Z.P.P.A.U.P. (zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager), aux espaces protégés, qui permettent une évolution de l’architecture dans le respect de ses éléments les plus caractéristiques.
Ainsi l’habitat de montagne évolue, comme le reste du monde, partagé entre les désirs de préservation du passé, et les envies de conquête de nouveaux espaces.
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