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L'industrie en Savoie
Auteur : Louis CHABERT - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE


TOUS PUBLICS
  • Introduction
  • Vallée de l'Arve et Genevois sous l'influence de Genève
  • Le Genevois savoyard
  • Tarentaise, Maurienne, Val d'Arly: les vallées de la houille blanche
  • Annecy, Chambéry, Thonon: l'industrie en milieu urbain


    NOTES
  • Un modèle d'entreprise innovante: Salomon
  • C'a roule pour la SNR
  • Une politique volontariste: l'exemple du département de la Savoie.
  • Les industries de la houille blanche: quelques définitions.
  • L'internationnalisation des entreprises de Haute-Savoie

  • ANNEXES
  • Bibliographie

    VOIR SUR SABAUDIA.ORG
  • Carte "Iindustrie en Savoie"
  • Carte "Energie en Savoie"
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    LE GENEVOIS SAVOYARD

     On compte en l’an 2000 environ 8 000 emplois industriels dans l’étroite frange frontalière  de la  Haute-Savoie  qui borde le canton de Genève. C’est beaucoup dans un espace aussi restreint d’autant que la quasi totalité est concentrée dans l’agglomération d’Annemasse. Ce territoire présente en outre l’originalité d’un essor  industriel tardif  à partir des Trente Glorieuses. On ne comprendrait rien au  rythme de développement de cet espace frontalier sans faire référence au contexte géopolitique particulier   qui est celui de ses relations avec la ville de Genève. La palette sectorielle des activités en  porte également la marque.

    Un contexte géopolitique longtemps défavorable

    La ville d’Annemasse est à six kilomètres du centre de Genève. Sans la coupure artificielle de la frontière, ses chances d’industrialisation auraient pu être celles de la proche banlieue d’une métropole  jouissant d’une excellente   position de carrefour et sachant tirer partie de toutes les opportunités pour s’industrialiser. Genève a acquis très tôt, en effet, grâce à l’horlogerie, une tradition manufacturière. Elle n’a pas  manqué les chances qui se sont présentées à elle avec l’arrivée précoce (1859) du chemin de fer suivie, à la fin du 19e siècle, par la révolution de la houille blanche. En témoigne le développement précoce des industries mécaniques (Ateliers des Charmilles, Ateliers de Sécheron, Cuénod),  chimiques (Monnet), électrotechniques (Picard-Pictet, ancêtre de Neyrpic !), électoménager (Terraillon, Sauter).

        Ce contexte plaidait en faveur d’une industrialisation précoce, d’autant plus que Genève est à l’étroit dans un site exigu.  C’est  la géopolitique qui a joué en défaveur d’Annemasse jusqu’en 1923. De 1815 à 1860, la politique protectionniste du royaume de Piémont-Sardaigne  a tout juste permis le maintien à flot  de l’horlogerie clusienne, née au 18e siècle dans la dépendance de Genève. Quand cette ville entame son grand développement industriel, les effets de l’annexion de la Savoie par la France sont  corrigés par le système dit de la Grande Zone par lequel le Faucigny et le Chablais sont quasiment  incorporés au canton de Genève sur le plan économique et coupé de l’intérieur : les industriels qui s’y installeraient seraient dans l’impossibilité d’exporter vers la France. Seule l’agriculture a tiré profit de cette situation grâce au débouché privilégié du marché genevois. En 1901,  Annemasse est un bourg chétif de 2 000 habitants  dans un environnement profondément  rural.

    La suppression définitive de la zone franche en 1923 n’opère pas immédiatement de miracle. Le développement industriel est amorcé par quelques investissements suisses ( la firme Rhode Stucky reconvertie aujourd’hui à l’électronique) mais aussi lyonnais (Maître dans le décolletage) et autres français (meubles de style Allain, 1930). Cependant en 1938, avec moins d’un quart d’actifs dans l’industrie, Annemasse fait figure avant tout de gros  bourg commerçant.

     Paradoxalement, c'est à partir de 1940 que les capitaux suisses commencent à s'intéresser au Genevois savoyard. Il s'agit de replier en " Zone libre " (par rapport à la " Zone occupée " de la moitié nord de la France) des ateliers primitivement installés en Franche-Comté. L'horlogerie, avec Nicklès, Huma Swatch, est la première bénéficiaire de cette stratégie.

    Mais les investissements industriels vont se multiplier pendant les Trente Glorieuses. Beaucoup d'entrepreneurs sont français, principalement dans les secteurs traditionnels. La famille Maître, originaire d'Evian, avait déjà implanté le décolletage à Annemasse avant guerre. Le fils Paul persévère dans cette branche et y joue même un rôle de premier plan en s'impliquant dans les destinées du SN Dec, dans la formation professionnelle, dans la politique d'exportation. Annemasse assoit aussi sa notoriété sur la fabrication de meubles de style (Alain, Moulin). Dans l'horlogerie, à côté des Suisses, la plus grosse affaire LORSA (L'horlogerie savoyarde) est française. Tout se passe comme si le Genevois entendait prendre la relève de la cluse de l'Arve afin de satisfaire la demande en pleine expansion du marché métropolitain et colonial. Annemasse peut à juste titre, se présenter comme La Cité horlogère par excellence. Cependant, pendant cette même période, les Suisses concentrent sur l'agglomération d'Annemasse les trois quarts des sommes investies dans le département et la palette sectorielle actuelle leur doit beaucoup.

    La crise ouverte par le choc pétrolier de 1973 précède de peu la révolution technologique des microprocesseurs. Les modules à quartz présentent de grandes garanties de qualité et de  précision et le know how est facilement accessible à la  main-d’œuvre sans grande tradition du Japon et des Dragons de l’Asie du sud-est (Taïwan, Hong-Kong). Si la Suisse s’efforce de tirer son épingle du jeu (Swatch), rien n’enraie le déclin d’Annemasse, déjà amorcé avec la fermeture des marchés coloniaux, en tant que pôle horloger, d’autant que le système de sous-traitance ne laisse aux filiales aucune marge d’initiative, en particulier dans le domaine technologique.

    Dans les années 1990, la Suisse reste présente dans l'agglomération d'Annemasse, mais plus en vertu de la vitesse acquise que par de nouvelles implantations industrielles. Le rôle des capitaux helvétiques est diminué à cause de l'intérêt porté à cette zone par les capitaux d'autres pays étrangers. Par ailleurs, la proximité et le savoir faire de la main-d'oeuvre ne compensent plus l’augmentation des coûts d’installation en ce qui concerne le foncier et l’immobilier. Les salaires ont tendance également à augmenter car les frontaliers, au nombre de 25 000 pour le département,  peuvent espérer de meilleures rémunérations à Genève ! Les entreprises helvétiques recherchent plutôt à investir dans les grands centres industriels traditionnels de Rhône-Alpes, à Lyon ou dans le Sillon alpin. Dans la zone frontalière, elles estiment plus rentables les activités de service et l’implantation de la grande  chaîne commerciale Migros a, sur ce point,  valeur de symbole.


    17-Zone d’activité de Ville la Grand

        Parallèlement à la diversification des capitaux s’est élargie la gamme des fabrications.  Annemasse avait hérité d’une tradition ouvrière et des locaux étaient disponibles. Les avantages du  voisinage de Genève, comme la facilité des liaisons aériennes, ont  fait le reste. L’horlogerie a été rapidement relayée par d’autres activités. Cette facile transition est représentée idéalement par la maison Baud dont le fondateur tenait depuis 1950 un atelier de décolletage au service de l’horlogerie. Cette affaire, sous le nom de Microtechnica, a franchi aujourd’hui le pas vers la connectique essentiellement au service de l’automobile.

        Le travail des métaux et la construction mécanique sont les secteurs les plus importants.. La fonderie est représentée par Lachenal et deux sociétés font des films pour emballage en aluminium (Cebal reprise par le groupe Valfond et la Société Alsacienne d’Aluminium). Prosys est spécialisée dans l’automatisation des bobinages. Cuénod (230 empois) équipe en brûleurs  les chaudières de fioul, gaz ou autres combustibles L’entreprise Fort Maurice, à Annemasse et à Fillinges, témoigne encore, en position avancée, du rayonnement du décolletage clusien.  La construction mécanique  ne s’éloigne parfois  guère du décolletage. Ainsi chez l’américain  Parker Hanninfin. Cette affaire, après rachat en 1970 à un industriel suisse, détenteur d’un brevet de raccords, devenue   gros employeur (350 salariés) a évolué vers la fabrication de composants, souvent obtenus par décolletage, pour machines hydrauliques ou pneumatiques (raccords flexibles, vérins, filtres, joints, coupleurs). Autre exemple : Mécasonic (125 emplois),  fondé par un ingénieur annemassien spécialiste des ultrasons, puis absorbé par un groupe anglais, utilise une technique qui met en vibration deux pièces jusqu’à ce qu’elles se soudent (ou se détachent).La clientèle est d’une extrême variété, des skis Salomon à l’électroménager en passant par l’automobile, le matériel médical et l’alimentation. La bijouterie Gay (150 emplois) livre à l’industrie des produits hautement valorisés par des métaux précieux.

        Autres secteurs en développement : l’électricité et l’électronique. La plus grosse affaire D.A.V. (500 emplois) implantée ici vers 1960 et passée en 1991 sous contrôle allemand (groupe Labinal) fabrique pour l’automobile principalement des systèmes de commandes pour réglage électrique des vitres, des sièges, pour pédales de stop, pour freins…La SEFEA (125  emplois) garde  ses attaches avec la finance  helvétique ce qui explique sa clientèle suisse dans l’horlogerie (Oméga, Tissot, Longines, Swatch) mais la fabrication des éléments relève maintenant de la microélectronique ! 

        La chimie et la pharmacie sont également en constant progrès. La S.I.C.P.A,  affaire suisse déjà ancienne, est spécialisée dans les vernis et encres d’imprimerie. Elle emploie  360 emplois à Annemasse où Labcatal (120 emplois) fabrique des produits dermatologiques et psychiatriques. Histoire originale que celle  de la firme pharmaceutique  Nicholas. Son fondateur australien est l’inventeur de l’aspirine (ASPRO vient de NicholAS PROduct). Il a quitté  Chatou, en région parisienne, pour s’installer  à Gaillard en 1965 et a été  racheté en 1991 par le Bâlois La Roche (480 emplois ). Il produit aspirine, vitamine C, antiseptiques, multivitamines


    18-Archamps

         Il a fallu discipliner géographiquement une croissance née en ville aux abords de la gare et créer des zones d’activités le long de la  route de Bonneville. Du reste, cette croissance s’est reportée davantage sur les communes de la périphérie d’Annemasse , elle-même  restée davantage administrative et tertiaire,  comme Ville-la-Grand, Vétraz-Monthoux, Gaillard  Depuis 1982, a été montée la MED (Maison de l’Economie et du Développement) qui  s’occupe de l’ensemble de l’agglomération, gère les projets de ZAC, pépinières d’entreprises., centres de ressources humaines et techniques, études stratégiques de développement avec services de conseil et d’information technique et économique. Cette S.A. regroupe le SIVOM de l’agglomération  d’Annemasse, la CCI, l’Agence Economique départementale, la DDE et de nombreuses entreprises.

         C’est à travers l’aménagement du site d’Archamps, à sept kilomètres du centre de Genève, à partir de 1989, que l’on peut imaginer les perspectives de développement. Le choix de cette commune pour l’établissement d’un Centre d’affaires international collé à la frontière est en lui-même très révélateur. Il s’agit de faire de ce dernier « un véritable outil, un point d’appui pour les diversifications économiques liées à la croissance genevoise. » Une fois encore se vérifie le pouvoir d’attraction irrésistible de la métropole lémanique. L’évidence s’est imposée d’installer là cet International Business Center afin de profiter de facilités de communications exceptionnelles. Archamps est exactement au carrefour de l’Autoroute blanche qui conduit de Lyon à Milan par le tunnel du Mont-Blanc et de l’autoroute transhelvétique. Il ne manque par ailleurs que 18 kilomètres pour relier Annecy à Archamps depuis Allonzier-La Caille par une antenne de l’A41. Enfin, l’aéroport de Cointrin est une des plaques tournantes majeures du réseau mondial des transports aériens. Mais Genève, c’est aussi, à proximité immédiate : un important C.H.U. ; de nombreux organismes internationaux dont l’Union Internationale des Télécommunications et  l’O.M.S. ;  le  Centre Européen de Recherche Nucléaire, à cheval sur la frontière ;  le siège de 120 grandes sociétés. C’est enfin un environnement d’organismes financiers (150 banques, une bourse des valeurs) et de 250 sociétés de conseil.

       Le double rôle stratégique assigné à ce centre (« apporter au potentiel industriel de la Haute-Savoie la maîtrise de la micro-électronique  et conquérir des positions sur le créneau des technologies de l’information ») est cohérent avec la tradition industrielle de la vallée de l’Arve « qui maîtrise les technologies les plus sophistiquées du décolletage, de la micro-mécanique », et n’est pas en retard en matière de connectique. Ces objectifs répondent  à l’attente des PMI dans les domaines du marketing et du traitement de l’information car elles sont conscientes que c’est du côté de l’informatique qu’il faut conforter le tissu industriel  du département. 

       Dix ans après, les réalisations tiennent-elles déjà les promesses des initiateurs d’Archamps ?  Les entreprises installées sur le parc d’activités comptent encore peu si l’on se réfère aux quelques centaines d’emplois créés. Mis à part Baïko qui relève des IAA, elles ont un lien étroit avec les domaines de l’informatique et de la communication : Siltronix (composants électroniques), Lanetco (matériels audio-visuels), Sensorex, déplacée d’Annemasse (micro-informatique pour signaux d’alarme en particulier). Le parc d’affaires, principalement dans les bâtiments Europa et ABC, concentre plus de cent sociétés de services, d’ingénierie, de conseil, principalement dans les secteurs de la santé et de l’informatique. Au sud de l’autoroute, autour de la vieille demeure sarde du Chosal accueillante aux séminaires, le Centre Universitaire de Formation et de Recherche est particulièrement actif dans tout ce qui fait le lien entre l’industrie et la physique des particules. L’ESI. (European Scientific Institute) comporte des écoles de physique médicale, de physique des accélérateurs ainsi que des formations pour la maîtrise des techniques de pointe (scanners, caméras, positrons, …) Ajoutons deux écoles de marketing : l’américaine Thunderbild et l’I.E.M.A. (Institut Européen de Marketing Achats, déplacé de Bordeaux),  la recherche pharmaceutique (Pharmaleptides), un Centre de Ressources Informatiques (CRI) et un Centre de Compétence en Conception de Circuits Intégrés (C4I) auquel ont déjà eu recours quelques unes parmi les plus grandes affaires du département  comme la SNR, Téfal ou DAV. Le département de la Haute-Savoie entend ainsi ne  pas rater le coche de la modernisation.

     

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