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L'industrie
en Savoie
Auteur : Louis CHABERT - Niveau de lecture : Public |
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LE GENEVOIS SAVOYARD On compte en l’an 2000 environ 8 000 emplois industriels dans l’étroite frange frontalière de la Haute-Savoie qui borde le canton de Genève. C’est beaucoup dans un espace aussi restreint d’autant que la quasi totalité est concentrée dans l’agglomération d’Annemasse. Ce territoire présente en outre l’originalité d’un essor industriel tardif à partir des Trente Glorieuses. On ne comprendrait rien au rythme de développement de cet espace frontalier sans faire référence au contexte géopolitique particulier qui est celui de ses relations avec la ville de Genève. La palette sectorielle des activités en porte également la marque. Un
contexte géopolitique longtemps défavorable La ville d’Annemasse est à six kilomètres du centre de Genève. Sans la coupure artificielle de la frontière, ses chances d’industrialisation auraient pu être celles de la proche banlieue d’une métropole jouissant d’une excellente position de carrefour et sachant tirer partie de toutes les opportunités pour s’industrialiser. Genève a acquis très tôt, en effet, grâce à l’horlogerie, une tradition manufacturière. Elle n’a pas manqué les chances qui se sont présentées à elle avec l’arrivée précoce (1859) du chemin de fer suivie, à la fin du 19e siècle, par la révolution de la houille blanche. En témoigne le développement précoce des industries mécaniques (Ateliers des Charmilles, Ateliers de Sécheron, Cuénod), chimiques (Monnet), électrotechniques (Picard-Pictet, ancêtre de Neyrpic !), électoménager (Terraillon, Sauter). La suppression définitive de la zone franche en 1923 n’opère pas immédiatement de miracle. Le développement industriel est amorcé par quelques investissements suisses ( la firme Rhode Stucky reconvertie aujourd’hui à l’électronique) mais aussi lyonnais (Maître dans le décolletage) et autres français (meubles de style Allain, 1930). Cependant en 1938, avec moins d’un quart d’actifs dans l’industrie, Annemasse fait figure avant tout de gros bourg commerçant. Paradoxalement, c'est à partir de 1940 que les capitaux suisses commencent à s'intéresser au Genevois savoyard. Il s'agit de replier en " Zone libre " (par rapport à la " Zone occupée " de la moitié nord de la France) des ateliers primitivement installés en Franche-Comté. L'horlogerie, avec Nicklès, Huma Swatch, est la première bénéficiaire de cette stratégie. Mais les investissements industriels vont se multiplier pendant les Trente Glorieuses. Beaucoup d'entrepreneurs sont français, principalement dans les secteurs traditionnels. La famille Maître, originaire d'Evian, avait déjà implanté le décolletage à Annemasse avant guerre. Le fils Paul persévère dans cette branche et y joue même un rôle de premier plan en s'impliquant dans les destinées du SN Dec, dans la formation professionnelle, dans la politique d'exportation. Annemasse assoit aussi sa notoriété sur la fabrication de meubles de style (Alain, Moulin). Dans l'horlogerie, à côté des Suisses, la plus grosse affaire LORSA (L'horlogerie savoyarde) est française. Tout se passe comme si le Genevois entendait prendre la relève de la cluse de l'Arve afin de satisfaire la demande en pleine expansion du marché métropolitain et colonial. Annemasse peut à juste titre, se présenter comme La Cité horlogère par excellence. Cependant, pendant cette même période, les Suisses concentrent sur l'agglomération d'Annemasse les trois quarts des sommes investies dans le département et la palette sectorielle actuelle leur doit beaucoup. La crise ouverte par le choc pétrolier de 1973 précède de peu la révolution technologique des microprocesseurs. Les modules à quartz présentent de grandes garanties de qualité et de précision et le know how est facilement accessible à la main-d’œuvre sans grande tradition du Japon et des Dragons de l’Asie du sud-est (Taïwan, Hong-Kong). Si la Suisse s’efforce de tirer son épingle du jeu (Swatch), rien n’enraie le déclin d’Annemasse, déjà amorcé avec la fermeture des marchés coloniaux, en tant que pôle horloger, d’autant que le système de sous-traitance ne laisse aux filiales aucune marge d’initiative, en particulier dans le domaine technologique. Dans les années 1990, la Suisse reste présente dans l'agglomération d'Annemasse, mais plus en vertu de la vitesse acquise que par de nouvelles implantations industrielles. Le rôle des capitaux helvétiques est diminué à cause de l'intérêt porté à cette zone par les capitaux d'autres pays étrangers. Par ailleurs, la proximité et le savoir faire de la main-d'oeuvre ne compensent plus l’augmentation des coûts d’installation en ce qui concerne le foncier et l’immobilier. Les salaires ont tendance également à augmenter car les frontaliers, au nombre de 25 000 pour le département, peuvent espérer de meilleures rémunérations à Genève ! Les entreprises helvétiques recherchent plutôt à investir dans les grands centres industriels traditionnels de Rhône-Alpes, à Lyon ou dans le Sillon alpin. Dans la zone frontalière, elles estiment plus rentables les activités de service et l’implantation de la grande chaîne commerciale Migros a, sur ce point, valeur de symbole.
Le double rôle stratégique assigné à ce centre (« apporter au potentiel industriel de la Haute-Savoie la maîtrise de la micro-électronique et conquérir des positions sur le créneau des technologies de l’information ») est cohérent avec la tradition industrielle de la vallée de l’Arve « qui maîtrise les technologies les plus sophistiquées du décolletage, de la micro-mécanique », et n’est pas en retard en matière de connectique. Ces objectifs répondent à l’attente des PMI dans les domaines du marketing et du traitement de l’information car elles sont conscientes que c’est du côté de l’informatique qu’il faut conforter le tissu industriel du département. Dix ans après, les réalisations tiennent-elles déjà les promesses des initiateurs d’Archamps ? Les entreprises installées sur le parc d’activités comptent encore peu si l’on se réfère aux quelques centaines d’emplois créés. Mis à part Baïko qui relève des IAA, elles ont un lien étroit avec les domaines de l’informatique et de la communication : Siltronix (composants électroniques), Lanetco (matériels audio-visuels), Sensorex, déplacée d’Annemasse (micro-informatique pour signaux d’alarme en particulier). Le parc d’affaires, principalement dans les bâtiments Europa et ABC, concentre plus de cent sociétés de services, d’ingénierie, de conseil, principalement dans les secteurs de la santé et de l’informatique. Au sud de l’autoroute, autour de la vieille demeure sarde du Chosal accueillante aux séminaires, le Centre Universitaire de Formation et de Recherche est particulièrement actif dans tout ce qui fait le lien entre l’industrie et la physique des particules. L’ESI. (European Scientific Institute) comporte des écoles de physique médicale, de physique des accélérateurs ainsi que des formations pour la maîtrise des techniques de pointe (scanners, caméras, positrons, …) Ajoutons deux écoles de marketing : l’américaine Thunderbild et l’I.E.M.A. (Institut Européen de Marketing Achats, déplacé de Bordeaux), la recherche pharmaceutique (Pharmaleptides), un Centre de Ressources Informatiques (CRI) et un Centre de Compétence en Conception de Circuits Intégrés (C4I) auquel ont déjà eu recours quelques unes parmi les plus grandes affaires du département comme la SNR, Téfal ou DAV. Le département de la Haute-Savoie entend ainsi ne pas rater le coche de la modernisation.
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