| < |
| Toutes les cartes |
| Cartes Historiques |
| Relief |
| Précipitations |
| Géologie |
| Administration |
| Végétation |
| Energie |
| Transport |
| Agriculture |
| Religion |
| Tourisme |
| Industrie |
|
Archives
Haute Savoie |
| Archives
communales et intercommunales |
|
Publications |
| |
- |
| . |
LA LITTERATURE SAVOYARDE Auteur : Louis TERREAUX - Niveau de lecture : Scientifique |
|
|
|
L'illustration des lettres savoisiennesF - François de Sales :De François de Sales (1567-1622), personne n’ignore au moins l’Introduction à la vie dévote, c’est-à-dire dévouée à Dieu, publiée en 1609 avec un succès retentissant ; ni probablement le Traité de l’Amour de Dieu, ouvrage de psychologie et de théologie par lequel l’auteur s’élève d’un élan mystique vers le pur amour de Dieu par un total renoncement à soi-même. Mais l’œuvre va bien au-delà de ces traités célèbres. Les vingt-sept volumes grand in-8° de l’édition critique dite de la Visitation d’Annecy donne une idée de son ampleur. La correspondance seule a des dimensions imposantes ; et on oublie parfois qu’une partie non négligeable en a été écrite en latin et en italien. Car on la lit dans la traduction de la Visitation. Mais, c’est ignorer que la culture de base de François de Sales est toute latine et qu’il maîtrisait parfaitement l’italien. On ne saurait rendre compte ici de la personnalité si riche de Saint-François : idéaliste et mystique, il fut le plus réaliste des guides spirituels ; traditionaliste de pensée, il fut un novateur par ses méthodes. Sa foi et sa dévotion loin d’exclure la culture humaniste conduisent à l’assimiler. Et que dire de sa sainteté ? L’œuvre présente aussi des aspects multiples. Elle traduit tour à tour les préoccupations du missionnaire, de l’évêque, du théologien et du pasteur, du prédicateur inlassable, d’un fondateur d’ordre, d’un directeur de conscience, d’un controversiste et d’un publiciste donné par Pie IX comme patron des journalistes, enfin d’un promoteur de la culture pour les plus modestes comme pour les candidats au sacerdoce. D’autre part, la vie de François de Sales est connue. Elle a été maintes fois écrite depuis le lendemain de sa mort où après diverses oraisons funèbres en français et en italien, Philibert de la Bonneville, de P. Louys de la Rivière, de Longueterre, Dom Jean de Saint François Foulu, publiaient chacun leur biographie à Lyon ou à Paris en 1624. Celle de Charles-Auguste de Sales en latin et en français est un peu postérieure : 1634. Mais elle est la plus répandue. Dans ces conditions, nous nous bornerons plutôt à quelques réflexions sur l’aspect savoyard du personnage et de son œuvre, le cas de François de Sales semblant assez typique. Qu’il se sente Savoyard, nous le savons. Il a insisté sur cette identité à plusieurs reprises. En des temps où le pays se confondait avec le souverain, il a souligné bien souvent sur son inviolable fidélité au souverain. Il écrit, par exemple, le 11 juin 1611, à Charles-Emmanuel : "Ni moy, Monseigneur, ni pas un des mes proches n’avons, ni en effect, ni en praetention, aucune chose hors l’obéissance de Vostre Altesse". Il répète le 15 novembre 1615 au Marquis de Lans : "Je suis essentiellement Savoysien, et moy et tous les miens, et je ne sçaurois jamais estre autre chose" [7]. Et à la fin de février 1604, il avait écrit à Clément VIII à propos des difficultés qu’il avait avec les Français pour le pays de Gex qui demeurait dans son diocèse tout en étant passé à la France. "Non ho poca difficoltà, massime dalla banda di Francia (surtout du côté de la France), essendo che loro sanno (étant donné qu’ils savent) eh’io sonno Savoyardo et che della Savoya sonno feudatario (je feudataire)". L’œuvre a des marques savoyardes évidentes. Les Controverses sont en prise directe sur la mission du Chablais. Dans l’avant-propos, François de Sales écrit en s’adressant aux Messieurs de Thonon : " Prenes…à gré je vous prie…cest escrit…car son ai est du tout Savoysien, et l’une des plus prouffitables receptes et derniers remedes c’est le retour à l’air naturel". En somme, un livre sans prétention, sans érudition obscure, sans subtilité, un livre d’évidence entre gens du pays. La Défense de l’Etendard de la Sainte-Croix est une réponse directe aux attaques de Genève, après la distribution des feuilles au peuple tendant les Quarante heures d’Annemasse. D’une manière générale, la mystique de François de Sales demeure celle d’un homme d’action. C’est évident pour l’Introduction à la vie dévote, qui s’adresse à tous ceux qui, vivant dans le monde, veulent vivre autrement que le monde. Cet aspect fondamental a ses racines dans l’activité missionnaire du Chablais. L’évêque de Genève vit dans un cadre qui n’est pas du tout parisien, on s’en doute. Si la langue est un élément essentiel dans la formation, le français local tient une place importante dans celle de François de Sales. C’est une question assez peu connue. La bibliographie le concernant est immense, mais fort réduite en ce qui concerne son écriture. Il avait fait ses humanités chez les Jésuites du Collège de Clermont à Paris. Mais il était resté en Savoie jusqu’à onze ans et il n’avait pas oublié de parler de Thorens, où il est né. Jean-François de Blonay, au cours du premier procès rémissorial, rappelait que, pour être mieux compris, le pasteur s’exprimait en "langage vulgaire". Rien n’est resté, bien sûr, de ses sermons en patois. Mais son français porte des marques locales. Naturellement celles qui étaient liées aux institutions : alberger, le juge-mage, le syndic, le mandement sont connus. La monnaie, les mesures ne sont pas celles de France. François de Sales emploie constamment la préposition rière, ainsi que huitante, nonante, condamnés par Vaugelas. Le vocabulaire d’Eglise est représenté aussi : le parloir est le tournoir. Le sonneur est le maniglier (écrit à l'’talienne). La gestion épiscopale amène François de Sales à utiliser des termes variés le mélange d’orge, de vesces et d’avoine s’appelle bataille ; les vesces, les pesettes, la prise c’est la récolte. Les ouvailles de guerre sont les désastres. On disait à Bessans la mort d’ovaille ou mort subite. Les sœurs de la Visitation, qui ne savaient peut-être pas toutes le patois, ont transcrit par onnaille, qui n’existe pas (XXIV, 67). Certes, on trouve rarement ces mots dans les ouvrages destinés au grand public. Mais il y en a : on disait autrefois les bigats pour les vers à soie ; les cimes étaient des jougs. Ce terme subsiste dans les noms propres. Les bigats et les jougs sont dans le Traité de l’Amour de Dieu, comme la prise la "récolte". Le chicheron, le "bout du sein" est formé sur chicher "sucer" en savoyard. La poupette, avec le même sens, est peut-être aussi local (cf. italien poppa, mamelle, tétine). Quant à un mot comme arriance , arreance, "disposition", "organisation", il est possible qu’il ait une coloration locale. Aria en Suisse et en Savoie s’est spécialisé au sens de "traire". Evidemment, le sens chez François de Sales est celui de "disposition". Mais au XVIe siècle, le mot ne semble pas attesté en dehors de notre auteur. Notons encore que les graines de raisin, la maladière, "hôpital" se trouvent dans les Sermons. Les exemples montrent que la langue de l’écrivain n’est pas encore tout à fait dans la ligne de la langue "classique" française. Curieusement, il change son style après les publications qui sont liées à la conversion du Chablais. On a dit de ce second style qu’il était fleuri. La question mérite qu’on y regarde de près. François a été étudiant à la faculté de Droit de Padoue. Il écrit couramment l’italien, ce qu’on oublie parfois. Il a été en rapport fréquent avec la Cour de Turin où le nonce, Mgr Ricciardi, ne parle pas français. Mais, d’autre part, il a été l’élève des Jésuites à Paris. L’enseignement des Jésuites était fondé sur le latin. François de Sales est un latiniste achevé. Il écrivait en latin le canevas de ses sermons ou ses notes personnelles que l’édition de la Visitation donne dans ses derniers volumes. Donc une formation latine par les Jésuites. Or, les Jésuites sont dans la ligne de Saint-Charles Borromée. La clarté que François de Sales requiert si instamment du prédicateur lui a été enseignée par les rhétoriques borroméennes. D’où vient le style fleuri, orné, de l’Introduction à la vie dévote et du Traité de l’Amour de Dieu dont la rhétorique marque précisément une rupture avec les Controverses et la Défense de l’Etendard de la Croix ? Les rhétoriques borroméennes ne sont pas hostiles à une certaine délectation lorsque l’instruction l’exige. Il faut instruire et plaire : docere et delectare. Au surplus, François de Sales, dès sa jeunesse, a été plongé dans la littérature biblique si riche d’images. Il aura toujours le plus grand souci de la belle liturgie qui se nourrit de symboles. Et la Défense….. de la Croix elle-même est déjà la défense et illustration du symbole. Ce qu’il y a toutefois de remarquable dans le style des grands traités, c’est la continuité des images, sous forme de métaphores et de comparaisons ou de figures comme l’antithèse, ou les jeux sur les mots. L’écriture mystique a besoin d’un décor. L’extase ne s’épuise pas dans le silence, mais dans la profusion des ornements. Ainsi, avant la lettre, François de Sales ouvre les chemins à l’épanouissement du baroque savoyard. En tout cas, sa sensibilité est incontestablement baroque. Il écrit à l’abbesse du Puits d’Orbe qui a la jambe malade : "Prenez tous les jours une goutte ou deux du sang qui distille des playes de Notre Seigneur et le faites passer par la méditation, et avec imagination trempés révéremment votre doigt en cette liqueur et l’appliqués sur vostre mal" (1604, XII, 392). Il s’agit de frapper l’imagination par la violence de la représentation. Ce n’est pas un baroque vide, se complaisant en lui-même, comme celui de Marini. François de Sales veut aider l’abbesse à supporter son ulcère. Il n’empêche, le procédé est singulier. Il fait songer à certaines représentations du baroque italien ou espagnol. En tout cas, il est dans la ligne de la réforme tridentine. L’ACADEMIE FLORIMONTANE On ne peut évoquer François de Sales, et le Président Favre, sans rappeler la création de l’Académie Florimontane.. Elle avait été fondée à la fin de 1606 ou au début de 1607. Ses statuts avaient probablement été rédigés par Favre, sur le modèle des Académies italiennes. Elle se proposait d’instruire et d’éduquer. On y fit des leçons, et aussi des discours. Les membres devaient pratiquer l’"exercice de toutes les vertus". Son destin fut court. Elle semble avoir cessé son activité en 1610 quand Favre quitta Annecy pour Chambéry. C’est par Charles-Auguste de Sales, troisième successeur de Saint-François, que nous connaissons les statuts donnés d’abord en latin en 1634 dans la biographie du Saint, puis traduits avec celle-ci la même année. D’après Charles-Auguste, la devise de l’Académie était Flores fructusque perennes. Elle fut reprise par l’Académie de Savoie fondée en 1820, ainsi que l’emblème : un oranger avec ses fruits. La Florimontane fut refondée en 1851. On dit à tort qu’elle avait influencé les structures de l’Académie française. Rien, ni dans le but des deux fondations, ni dans les statuts ne permet d’appuyer cette opinion, d’autant moins que Vaugelas ne fréquenta guère la Florimontane et que, selon toute vraisemblance, il n’entra à l’Académie qu’une fois les statuts de celle-ci établis.
|
|
| - |
|