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LA LITTERATURE SAVOYARDE Auteur : Louis TERREAUX - Niveau de lecture : Scientifique |
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L'illustration des lettres savoisiennesA - Un humaniste politique et un prélat : Claude de SeysselPlus jeune que Fichet, Claude de Seyssel est contemporain de l’époque où l’humanisme commence à s’épanouir de ce côté-ci des Alpes. Il était né vers 1450-1455. C’était un bâtard de Claude de Seyssel, maréchal de Savoie, de l’illustre famille des Seyssel d’Aix. Il fit des études de grammaire probablement à Chambéry. Il n’apprit pas la rhétorique, si ce n’est plus tard en autodidacte. De formation juridique, il étudia le Droit à Turin et à Pavie. Docteur de Turin en 1486, il l’enseigna dans l’Université de la ville. Il est possible qu’il ait été appelé en France par Charles VIII en 1492 ou 1493. Cependant on le trouve à Novare avec Louis d’Orléans en 1495 au moment où Charles VIII abandonne l’Italie malgré la victoire de la furia francese à Fornue. Il est en 1498 à la Cour de France à l’avènement du duc d’Orléans. Mais l’année suivante, Louis XII le nomme à Milan conseiller du Sénat. Il y restera dix ans au service de la diplomatie royale. On conçoit qu’une partie de l’œuvre de Seyssel soit inspirée par les circonstances. Ainsi l’Oratio prononcée devant Henri VII d’Angleterre pour lui faire accepter la révision du traité de Blois (1504) entre la France et Maximilien, ou encore les louanges du roi Louis XII de ce nom qui visent, comme l’Oration, à glorifier le roi et la puissance du royaume pour intimider les princes étrangers. Ecrits d’abord en latin, ces textes furent ensuite traduits par Seyssel. Excellent exercice d’assouplissement du français. Ouvrage de circonstance aussi que la Victoire du Roi contre les Vénitiens (1510), après la prise d’Agnadel. Claude allait puiser son intérêt pour les historiens grecs, dans la Renaissance italienne, à Milan. Il y rencontre les Byzantins Janus Lascaris et Calchondyle ; celui-ci donnait un enseignement régulier de grec. Ainsi le Savoyard fut un médiateur entre la culture humaniste italienne et la culture française : le cas n’est pas si fréquent pour ne pas le souligner. Seyssel commence son activité de traducteur avec l’Anabase de Xénophon dont il offre en 1504 à Louis XII, la traduction du texte latin de Lascaris, car il ne connaissait pas le grec. Il ne traduira que des ouvrages d’histoire, car ils sont utiles dans le maniement des affaires. En 1510, il donnera encore à Louis XII l’Histoire de Justin, trois livres de Diodore de Sicile et la Vie de Démétrius de Plutarque. Vers la même époque, il présentait au roi l’Histoire d’Appien, puis à la reine Anne de Bretagne, l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe, et donnera à Louis XII, en 1514, la difficile traduction de Thucydide. Cette œuvre de traduction est importante. C’est une façon "d’enrichir et magnifier la langue française". Les préfaces sont instructives. Par exemple, l’exorde de Justin est un plaidoyer important en faveur du français pour appuyer la puissance du royaume. L’auteur note, d’autre part, que les conquêtes ont largement diffusé l’emploi du français en Italie et, par conséquent, des manières de vivre à la française. Sans doute, la Cour vivait-elle à la française, ainsi que l’administration. La chancellerie utilisait le français . Mais le Piémont ne fut pas francisé, pas plus qu’il ne le sera plus tard sous l’occupation française après 1536. Seyssel précise que la présence des Orléans à Asti et des Savoie dans telles parties du Piémont a favorisé la culture française. Sans doute, mais pas au point d’imposer l’usage du français. Giorgio Alione qui a écrit en français est mal connu. Son compatriote d’Asti, Antonio Astesato, francisant, a largement vécu en France. On a beaucoup écrit sur Giovanni Nevizzano, un civiliste, professeur de Droit à Turin, né lui aussi dans le comté d’Asti. Il lit le français, cite beaucoup d’auteurs comme Alain Chartier, Villon, Symphorien Champier, Budé. Il cite des proverbes français. Or, il n’écrit pas en français, mais en latin. C’était l’usage des juristes. Si la langue de la Cour et de l’administration fut à base de français jusqu’au XVIe siècle, le français ne pénétra pas dans la masse ni ne fut un outil de création littéraire. Le cas antérieur de Thomas de Saluces, auteur du fameux Chevalier errant est particulier. Thomas appartient à la haute société francisée. Seyssel précise que la présence des Orléans à Asti aurait favorisé le Français, comme dans le Val d’Aoste et, en Piémont, les "princes de Savoie qui vivaient et vivent à la française" (Exorde de Justin). Mais ces propos sont contestables. Le Val d’Aoste était francisant dès le départ. Il appartenait au francoprovençal. En revanche, le Piémont ne fut jamais francisé : que la Cour et la chancellerie aient utilisé le français est une chose, que ce français ait réellement mordu sur la langue locale ou l’italien en est une autre [5]. Son travail de traducteur n’empêche pas Seyssel de continuer son activité politique. Il se tiendra, il est vrai, à l’écart du conflit qui oppose Jules II et Louis XII et aboutira au Concile gallican de Pise et à la Sainte Ligue. Mais il reparaît sur la scène diplomatique en 1512, pour renouer les relations avec le nouveau pape Léon X qui le reçoit à Rome. C’est le sommet de sa carrière diplomatique et le succès des accords de 1513 aboutira au concordat de 1515. Il rejoindra Paris au début de décembre 1514. Louis XII meurt le 1er janvier 1515. A l’avènement de François 1er, Claude se retire de la politique active. Mais il a rédigé en deux mois avec une hâte perceptible à la composition du livre, la Monarchie de France (1515), son ouvrage le plus connu. Il y montre que le pouvoir idéal est un pouvoir tempéré, c’est-à-dire la monarchie, parce qu’elle est plus efficace que la démocratie, mais modérée par les officiers du royaume, Parlement et Chambre des Comptes, qui font respecter la loi. L’aristocratie en tant que telle est écartée. La décision suprême revient au monarque, mais celui-ci ne saurait être absolu. Il a d’ailleurs pour le freiner et l’inspirer trois éléments : la religion, la justice, la loi. Le Roi se doit de les faire respecter en donnant d’abord l’exemple. Ainsi se traduit la pensée politique de Claude de Seyssel, originale dans le dessein profond qui vise les Institutions, proche par certains côtés d’Aristote et de Saint Thomas d’Aquin dans l’enseignement pratique. La Monarchie de France constitue le testament politique de Seyssel. Elle est le résultat de ses méditations confrontées à l’action. Celle-ci s’est exercée largement au service de la France. Cette situation n’avait rien d’exceptionnel. Elle était d’ailleurs facilitée par les bons rapports entre la Savoie et la France, explicités en 1499 par le traité de Château-Renault. Au surplus, Seyssel n’a jamais abandonné le service des ducs dont il était le conseiller. Encore en 1515, quand il prend possession de l’évêché de Marseille, il reçoit la visite de François 1er, puis de Charles III, venus le consulter. De cette époque date un mémoire où il conseille au Duc de Savoie de s’approprier le duché de Milan avec le consentement de l’Empereur et du Roi de France pour trancher l’affaire du Milanais. La deuxième partie de la vie de Claude de Seyssel est consacrée à son engagement religieux ; il avait été, en effet, ordonné prêtre en 1503. A Rome, il avait élaboré un commentaire de Saint-Luc paru en 1514, continué à Marseille et édité à Turin en 1518. C’est qu’il avait échangé avec le Cardinal Cibo son siège de Marseille contre celui de Turin (1517). Il déploiera dans son nouveau diocèse une intense activité charitable. Il tourne son attention du côté des Vaudois et rédige un opuscule où il fait preuve de modération et de largeur de vue. Il avait publié un traité important (1520) de De Divina Providentia en 1518, écrit à une date inconnue, et consacré aux problèmes fondamentaux du dogme catholique. Après avoir passé une bonne partie de sa vie en Italie, il s’éteignit à Turin, le 30 mai 1520, regretté par son diocèse. Frère Thaddée de Lyon, qui était son collaborateur et son ami, dit de lui dans son oraison funèbre en latin : "Il n’est pas facile de juger si c’est la culture qui l’emportait chez le prélat sur la sainteté ; l’éloquence sur la culture ; la probité sur l’éloquence ; l’habilité de l’esprit sur la probité". Juriste, humaniste, théologien, Claude de Seyssel avait été un diplomate de premier rang, à une époque où les princes n’ayant pas de "ministre des affaires étrangères" confiaient volontiers des "missions" aux lettrés qui, entre autres, pouvaient parler latin. Il fut aussi un prélat marquant. Il est digne de figurer parmi les plus illustres Savoyards.
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