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LA BASSE MAURIENNE
Auteur : Jean PRIEUR - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

TOUS PUBLICS
  • Situation
  • Une porte bien défendue
  • Le patrimoine religieux
  • Un riche passé économique
  • Petite histoire des communes
  • Vers un nouvel équilibre

  • ANNEXES
  • Bibliographie
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    Un riche passé économique

     

    1. L' agriculture : le temps de la polyculture.

    La vallée de la Basse Maurienne est occupée par de vastes cônes de déjection ; au XIXe siècle, avec le diguement de l'Arc réalisé de 1820 à 1850, elle est l'objet d'un colmatage qui a permis l'aménagement de vastes étendues fertiles. Jusqu'à ces dernières années, l'agriculture a tenu une grande place dans l'économie de la région.

    Dans le bassin de La Chambre, le côté des Cuines est pauvre en ressources agricoles, où quelques petites propriétés assurent un simple appoint. La rive droite de l'Arc, mieux exposée, est plus riche : c'est un bon territoire à céréales et à vignes, où le tabac a été cultivé dans les années 1940. Les pâturages du col de la Madeleine sont toujours réputés.

    Dans les secteurs d'Epierre et d'Argentine, après le colmatage on a vu se succéder le long de la vallée les grands champs labourés qui ont remplacé les blachères. L'apparition de ces terres nouvelles ainsi que la construction des usines de houille blanche, ont amené vers le fond de la vallée des hommes qui vivaient dans les hameaux haut perchés. Au XXe siècle, l'abandon des alpages s'est précipité et les chalets ont été peu à peu abandonnés.

    Un peu partout, les terres cultivées étaient plus étendues que les prés de fauche. Les céréales, avec le blé en tête, représentaient le tiers des cultures ; le maïs était un produit typique de Basse Maurienne et la polenta une des nourritures de base de la population. La pomme de terre était assidûment cultivée et, vers l'aval, les châtaignes activement exploitées.

    Mais la plante noble est la vigne ; son étendue était considérable. On la trouvait, et on la trouve encore un peu, sous Bonvillaret et à Randens, sur les côtes d'Argentine, les basses pentes d'Epierre, La Chapelle, Les Chavannes, Saint-Léger... sans oublier les treillages des Hurtières. Les communes mal exposées se sont assuré des vignobles sur leurs voisins plus favorisés.

    Quant au tabac, il a lontemps été le roi des cultures le long de la basse vallée. Introduit peu après 1860, il a prospéré à partir de 1940, surtout à Argentine et aux Hurtières. Le tabac dit d'Aiguebelle, comme celui de Pont-de-Beauvoisin, était parmi les meilleurs de France et pouvait être employé à la confection des cigares "Voltigeurs".

    A noter enfin une ressource intéressante pour les communes : la forêt. Le bois occupe plus de 40% de la superficie totale des 12 communes du canton d'Aiguebelle : l'abattage et l'extraction faisaient l'affaire des hommes désoeuvrés l'hiver, ceux qui ne travaillaient pas à l'usine.

    La variété des activités agricoles était un bel exemple d'une vie rurale lente à disparaître. Raoul Blanchard écrit à ce propos : "vivant sur leurs céréales, leurs pommes de terre, leur vin, leurs animaux et produits laitiers, les gens de Basse Maurienne font de l'argent avec le tabac, quelques ventes de bêtes, de beurre et de tommes un petit trafic de fruits, de châtaignes, de légumes". On pourrait ajouter : aussi ont-ils quelque peu hésité à se ruer vers les usines.

     

    2. Une industrie diversifiée

    Située dans les massifs cristallins centraux, outre le bois et les eaux, la basse Maurienne possède de nombreux gîtes minéraux de fer, de cuivre et de plomb argentifère, ainsi que des gisements d'ardoise et de gypse. Aussi a-t-elle connu une grande activité industrielle depuis de longs siècles.

    A Saint-Georges d'Hurtières, les minerais sont exploités au moins dès le XVIIe siècle. Après un grillage préliminaire, le minerai de fer ou de cuivre alimente les fourneaux de Basse Maurienne, de Basse Tarentaise ou des Bauges. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Basse Maurienne est de loin le principal foyer métallurgique de la Savoie. A Saint-Rémy, un haut fourneau traite le cuivre pyriteux extrait à Saint-Léger. Epierre fabrique des clous et se consacre à la taillanderie, la quincaillerie, l'armurerie. On trouve un haut fourneau à Saint-Pierre-de-Belleville et un autre à Saint-Alban d'Hurtières ; un martinet travaille à La Corbière. Argentine coule le fer au XVe siècle, possède une grosse clouterie au XVIe siècle, fabrique des faulx et des épées au XVIIe siècle, possède un haut fourneau et des martinets au XVIIIe siècle. En 1776, un haut fourneau à cuivre est ouvert à Randens ; à Montgilbert une fonderie traite le plomb argentifère. Enfin, l'exploitation du charbon et l'arrivée du chemin de fer vont ruiner cette métallurgie au bois ; mais, au XXe siècle, la houille blanche engendrera une renaissance de la métallurgie.

    En dehors de la métallurgie, les activités industrielles sont nombreuses. Les carrières se retrouvent un peu partout. Le granite est exploité à Epierre ; à Argentine, au début du XXe siècle, une usine de talc utilise le gisement de la Balme. Le gypse est traité pour la fabrication du plâtre à Randens (les Durnières), puis, à partir de 1895, à Saint-Avre, où un moulin à plâtre est alimenté par les carrières de l'Echapour. Mais ce sont surtout les carrières d'ardoises qui ont employé le plus grand nombre d'ouvriers. Celles de La Chambre et de Notre-Dame-du-Cruet, qui occupent encore 50 ouvriers en 1875, sont abandonnées en 1878. En revanche, les carrières de la vallée des Villards, ouvertes en 1880, vont durer : en 1900, il y avait dix carrières d'ardoises disséminées entre Saint-Etienne-de-Cuines et Lachal, occupant 150 ouvriers.

    La petite industrie, dérivée du bois, est florissante. Dans les Cuines, la disparition des martinets fait place à une fabrique de pâte de bois, à laquelle succédera une grande usine de pâtes alimentaires. A Saint-Rémy, en 1873 l'usine Horteur fabrique de la pâte de bois et, en 1896, s'installe sur le même ruisseau une grosse scierie. Une fabrique d'acide gallique, utilisant les châtaigniers des pentes, fonctionne à Aiguebelle en 1838 avec 15 ouvriers ; deux annexes sont par la suite créées, l'une à Epierre, l'autre aux Millières. Enfin, une grande scierie débitant le noyer s'installe à Randens en 1869, l'une des plus importantes de la Savoie.

    Aujourd'hui, la Basse Maurienne n'est plus le dense foyer manufacturier du temps des mineurs et des carriers. L'activité industrielle s'est déplacée vers l'amont, dans les secteurs de La Chambre et de Saint-Jean.

     

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