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La Haute Maurienne
Auteur : François FORRAY - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

TOUS PUBLICS
  • Données physiques
  • Données historiques
  • Démographie
  • Agriculture et élevage
  • Industrie
  • Tourisme
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    De l'effondrement de l'agriculture traditionnelle au renouveau de l'élevage

     

    Le vieux système agro-pastoral

     

    A côté des activités liées au passage vers l'Italie avec les fameux "marrons" guides et porteurs du Mont Cenis, la population vivait de l'agriculture et de l'élevage. Chaque village regroupait des petits propriétaires entourés de quelques artisans et de quelques journaliers car ici les ''notables" restent rarissimes et les affaires communales sont gérées par les familles paysannes directement ce qui ne supprime pas les conflits d'intérêts.

    La grande affaire étant précisément la gestion des biens communaux car ici la propriété communale l'emporte très largement sur la propriété privée. Les exploitations agricoles avaient une surface très réduite (entre 5 et 10 ha) et elles étaient morcelées en des dizaines de parcelles dispersées sur tout le territoire.

    C16 : Le hameau de l'EcotLes céréales se cultivaient sur les versants ensoleillés après avoir modelé les versants en terrasses et épierré les champs hérissés de pyramides de cailloux ou bordés de murettes. Les pratiques communautaires réglaient les cultures comme la culture du seigle qui se pratique en jachère sur une partie des terres (la "sole") car ici la céréale demande 12 à 13 mois pour mûrir. Pour améliorer les rendements des cultures on n'hésitait pas à irriguer les champs par tout un système très complexe de canaux. Sur la sole en jachère s'exerçait la vaine pâture et l'exploitation des alpages communaux générait des règlements très précis car pour nourrir du bétail abondant contraint à vivre à l'étable durant le long hiver, il fallait absolument maîtriser l'alimentation en fourrage. Des prairies de fauche à proximité des villages aux alpages les plus élevés, tout le versant de la montagne est exploité ce qui entraîne une vie pastorale intense. Chaque famille se déplace abandonnant la maison de village en juin pour gagner les chalets des "montagnettes" en juin puis les chalets d'alpage de juillet à septembre. On fauche les meilleures prairies et le foin ramassé et transporté à dos d'homme dans des "trousses" pour être stocké dans des granges. Le lait est travaillé sur place pour être transformé en fromages vendus sur les marchés du Piémont tout proche. Les éleveurs des communes les plus proches du Mont Cenis parvenaient à éviter de nourrir le bétail en hiver en le louant d'octobre à juin à des petits paysans de la basse vallée de Suse qui se contentaient d'exploiter le lait, le veau et le fumier des vaches mauriennaises. On sait combien les ethnologues furent frappés par la cohabitation des hommes et des animaux dans l'habitat de la haute Maurienne durant l'hiver. Ce système ancestral en crise permanente a subsisté pratiquement jusqu'aux années 1960/1970.

     

    Le renouveau contemporainD7 : Les alpages laitiers du Montcenis

    Le développement du tourisme d'hiver et d'été dans les stations villages de la haute Maurienne, la création du parc de la Vanoise ont permis à l'agriculture résiduelle de retrouver un certain renouveau économique. La lecture du dernier recensement de l'agriculture en 2000 donne des raisons d'espérer.

    Certes il est bien loin le temps où la haute Maurienne élevait 3 886 bovins et 7 600 ovins c'était en 1862 au lendemain de l'annexion française. Désormais en l'an 2000, on compte dans le canton de Lanslebourg 1 704 bovins et 7 754 ovins et dans le canton de Modane 123 bovins, 1 451 ovins essentiellement sur les communes d'Aussois et du Bourget. Par rapport au recensement de 1988, les bovins progressent (+ 513 bêtes), les ovins également (+ 805 bêtes) dans le canton de Lanslebourg, alors que dans le canton de Modane les bovins régressent (- 6) et les ovins poursuivent leur progression (+ 170).

    Les exploitations agricoles sont moins nombreuses : elles résistent mieux dans la partie haute de la vallée tombant entre 1988 et 2000 de 160 à 104 alors que dans le secteur de Modane où la déprise se poursuit (65 en 1988 et 32 en 2000) mais les exploitations ont une plus grande surface et partout les superficies agricoles utilisées augmentent. Les exploitants sont assez jeunes : la majorité d'entre eux ont entre 30 et 49 ans, fait assez rare en Savoie pour le souligner.

    Les cultures disparaissent au profit des produits de l'élevage. Les alpages du versant méridional de la Vanoise accueillent surtout des ovins et des bovins transhumants venus de Provence ou des basses vallées alpines. Les versants du Mont Cenis conservent d'importants troupeaux de vaches laitières (1 200 à l'été 2003).

    • Les coopératives laitières désormais aux normes européennes se sont concentrées sur Lanslebourg mais Bessans et Bonneval conservent des "fruitières" plus traditionnelles. La grande réussite vient de la fabrication minutieuse du Beaufort, un fromage en A.O.C., qui profite grandement de la proximité des touristes dans les stations villages. Quelques productions familiales subsistent et tirent leur épingle du jeu en élaborant quelques tommes, des chevrotins et du bleu de Bonneval et de Termignon. Cette orientation vers un élevage de qualité a pour l'instant sauvé l'agriculture de montagne qui bénéficie aussi de l'agrotourisme.
    • La coopérative laitière de Lanslebourg se place largement en tête de toutes les laiteries de Maurienne : elle regroupe une quarantaine de producteurs, collecte 3 200 000 kg de lait et elle emploie une quinzaine de personnes en permanence.
    • Une importante rénovation rurale a permis de restructurer les prairies de fauche, d'équiper les alpages, de mécaniser les exploitations, de sélectionner les races (Tarine et Montbéliarde) et de moderniser la fabrication des fromages. Lanslebourg vient même de fertiliser l'alpage de Grand Croix (80 ha) au pied du barrage du Mont Cenis tant est grande la demande en fourrage. Une consommation de fourrage d'autant plus importante que l'hivernage des vaches laitières vers la basse vallée de Suse disparaît peu à peu conséquence du vieillissement et du marasme de l'agriculture dans la vallée piémontaise.

     

     

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