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LA MOYENNE MAURIENNE
Auteur : Pierre DOMPNIER - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE


JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • QU’EST-CE QUE LA MOYENNE MAURIENNE
  • LA PRÉHISTOIRE
  • MÉDULLES ET ROMAINS
  • FONDATION DE L’ÉVÊCHÉ
  • L’ÉMERGENCE D’UNE DYNASTIE
  • LA JACQUERIE DES ARVES
  • LES DIFFICULTÉS DES TEMPS MODERNES
  • UN BOUT DE CHEMIN AVEC LA FRANCE
  • L’ÉPOQUE CONTEMPORAINE
  • D’UNE GUERRE A L’AUTRE
  • L’AGRICULTURE
  • DES PETITS MÉTIERS A LA GRANDE INDUSTRIE
  • PERSONNAGES CÉLÈBRES (ou dignes d’intérêt)
  • LE DOCTEUR FODÉRÉ
  • PIERRE BALMAIN
  • CHARLES BUET
  • EXPLORATEURS ET AVENTURIERS JACQUES-ANTOINE BRUN-ROLLET
  • AMBROISE ET JULES PONCET


  • EXPERTS


    DOCUMENTS

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    DES PETITS MÉTIERS A LA GRANDE INDUSTRIE

    L’agriculture ne pouvait suffire à faire vivre le pays, même si une importante émigration saisonnière limitait le nombre de bouches à nourrir en hiver, tout en apportant un complément de ressources. Artisanat et industrie était également représentés. Beaucoup d’activités étaient liées directement à l’agriculture. Charpentier, forgeron, maréchal-ferrant fournit le matériel indispensable. Les productions nécessitant des industries alimentaires : huile de noix, de chènevis, farines, pâtes alimentaires. Dès 1564, dans un Mystère joué à Saint-Martin-la-Porte, on cite les crozets ; au XIXe siècle, on passe à l’échelle industrielle, avec les pâtes Maglia, à Saint Michel. Cuirs et peaux alimentaient un nombre étonnant de tanneries. Le chanvre donnait des cordes et une toile presque inusable. La laine alimentait de nombreux métiers à Jarrier, à Fontcouverte (une centaine en 1821 dans cette commune). Le drap du Freney avait la réputation d’être pratiquement imperméable. Les tourneurs sur bois, à Albiez par exemple, façonnaient des bouteilles à l’étanchéité parfaite. Les richesses du sous-sol n’étaient pas négligées. Les noms de Fournache ou Rafour évoquent la cuisson du gypse et de la pierre à chaux. La greïa, ce plâtre très solide à la belle couleur beige rosé, couvre encore de nombreux murs. Le gypse est aussi un matériau de sculpture, abondamment utilisé dans les bâtiment religieux de Saint-Jeande-Maurienne dés l’époque carolingienne ; au mois de juillet, un Festival du gypse rassemble de nombreux sculpteurs et perpétue la tradition.


    La passerelle Bertholin donnait accès aux ardoisières de St-Julien -de-Maurienne.

    L’ocre de Saint-Julien servit en 1794 à peindre la guillotine, mais cette commune est heureusement plus connue pour ses carrières d’ardoises. En 1430, c’est d’ardoises de Saint-Julien que l’on couvrit le château d’Annecy. Le chemin de fer, puis l’Annexion poussèrent la production de un million d’ardoises en 1860 à plus de onze millions en 1895. En déclin après 1900, l’exploitation fut relancée à la fin des deux guerres mondiales, mais s’arrêta en 1980. Elle avait eu un impact durable, y compris sur le tissus social : en 1901, Saint-Julien comptait 217 Italiens venus travailler dans les carrières, et la plupart ont fait souche.
    A Saint Michel et Valmenier en revanche, où le chemin de fer avait fait naître l’espoir d’exploiter de façon industrielle l’anthracite que l’on utilisait depuis longtemps pour le chauffage, le projet dut être abandonné. De même, à Pontamafrey, le sel qui sourd dans la gouilla sala fut l’objet de tentatives d’exploitation aux XVIe et XVIIe siècles, mais sans grand succès.
    Le minerai de fer de Plan Raphin et du Grand Filon {à près de 3000 m. d’altitude) était descendu par "couloyage’ : des sac de peau de mouton, laine à l’extérieur, contenant chacun 115 kg de minerai, reliés par quatre ou cinq au moyen d’une chaîne, étaient glissés sur la neige durant l’hiver. La fonte se faisait à la belle saison, aux Fourneaux ou au lieu dit Les Fabriques (commune de la Praz). En 1672 un voyageur, Jouvin de Rochefort décrivant les mécaniques actionnées par l’eau de Bissorte, comparait l’atelier des Fabriques à "la boutique de Vulcain qui fait agir ses cyclopes, de manière qu’on ne se peut faire entendre que par signes et par figures". L’origine de ces fonderies est sans doute fort ancienne. En 1647, Gaspard Granery installe de nouveaux ateliers qui seront, un siècle plus tard, achetés par un certain Mathieu Casse, d’Orelle, associé à une personne célèbre pour d’autres raisons que ses talents de femme d’affaire : Madame de Warens.


    Martinet, dans le musée de l’Opinel.

    On ne saurait quitter le travail des métaux sans évoquer, vers 1890, la mise au point définitive, par Joseph Opinel, du célèbre couteau qui, depuis le modeste atelier de Gevoudaz (commune d’Albiez-le-Vieux), allait conquérir une réputation mondiale. La fin du XIXe siècle amène un véritable bouleversement économique, avec le développement de la grande industrie. En 1885, Matussières et Forest créent une papeterie à Fourneaux. En 1886, Paul Héroult dépose son brevet de fabrication de l’aluminium. En 1890 les frères Bernard installent une usine d’électrolyse de l’aluminium à Calypso, au pied des gorges de la Valloirette ; en 1894 Paul Héroult crée celle de la Praz ; pour l’alimenter, il réalise en 1898 une première mondiale : une conduite forcée auto portante pour franchir l’Arc. En 1904 s’ouvre l’usine de la Saussaz, à Saint Michel-de-Maurienne, et en 1907, celle de Saint-Jean. L’électrolyse du sel est pratiquée à Prémont dès 1893.


    Usine et conduite forcée de La Praz

    L’électricité, qui est la cause de l’implantation de ces usines en Maurienne à une époque où l’on ne savait pas l’utiliser loin de son lieu de production, était d’abord produite par des centrales de dimensions modestes, utilisant de simples captages. En 1935, la firme Alais, Froges et Camargue entreprend la construction de l’impressionnante retenue de Bissorte, à 1148 m. au-dessus de la Praz. Depuis les années 70, l’équipement a été considérablement modernisé, avec de grandes centrales souterraines, comme celle d’Hermillon, ou la réalisation de Super Bissorte : l’eau qui a actionné les deux usines souterraines, retenue par le barrage du Pont-des-Chèvres, est remontée par pompage durant les heures creuses, pour être utilisée de nouveau aux heures de pointe. Le XXe siècle a été celui de la grande industrie mais, même si en 1986 Péchiney-Aluminium a renouvelé son usine de Saint-Jean, de nombreuses unité ont fermé et cette, page semble tournée.

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