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Le patrimoine architectural de Savoie au XIXe siècle
Auteur : Annick BOGEY - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

TOUS PUBLICS
  • Introduction
  • I. Le patrimoine religieux du XIXe siècle en Savoie
  • II. Urbanisme et patrimoine civil en pays de Savoie
  • III. Une Savoie désenclavée qui s’ouvre au tourisme

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    II. Urbanisme et patrimoine civil en pays de Savoie

    1. Le siècle de l’urbanisme

    La Révolution finit de libérer les deux capitales, Annecy et Chambéry, des entraves qui bloquaient leur développement urbain en démantelant les remparts et en annexant les clos monastiques ou nobiliaires qui entouraient les cités.

    Les portiques de la rue de Boigne à Chambéry. Carte postale. ADS, 2Fi 2488Cela permit les aménagements des bords du lac d’Annecy et la création des quais vers 1838. On s’attaqua aussi au percement de nouvelles voies urbaines. La rue de Boigne. Carte postale. ADS, 2Fi  2489

    Chambéry est traversée par la rue de Boigne, voie monumentale bordée de portiques sur le modèle turinois, ouvrant une belle perspective sur le château. Financés par le richissime général de Boigne, les travaux furent dirigés par son beau-frère, l’architecte Bernard Trivelli. Les façades des immeubles qui bordent l’avenue sont plaquées sur le bâti ancien.

    A Saint-Jean-de-Maurienne, à l’occasion de l’aménagement de la route de Turin perçant le centre ville achevé en 1832, l’ingénieur François Justin crée également des portiques à arcades.

    Les incendies, fréquents au XIXe siècle, donnèrent l’occasion de mettre en œuvre de grands travaux d’urbanisme. En 1840 et 1844 les villes de Sallanches et de Cluses furent presque totalement anéanties. Leur reconstruction fut confiée à François Justin qui conçut un plan rationnel en contraste avec l’enchevêtrement des anciennes villes. Des rues rectilignes et perpendiculaires délimitent des îlots d’habitation. Les bâtiments publics sont installés au bord de places ou de larges avenues. Toutes les industries et activités économiques susceptibles de nuire à la salubrité sont reléguées à la périphérie.

    2. Des bâtiments pour installer les administrations.

    La généralisation des bâtiments publics : mairies, écoles, musées, tribunaux … caractérise le XIXe siècle. Ce sont souvent des bâtiments rationnels et stéréotypés. Quelques réalisations sortent du lot.

    Hôtel de ville d'Annecy.Sous l’administration sarde ils sont de style néo-classique. Annecy est doté, en 1848, d’un hôtel de ville conçu par Justin. Ce bâtiment, très harmonieux est une belle réussite de l’architecture néo-classique en Savoie. Carré presque parfait, sur trois niveaux, il a un triple portail en plein cintre surmonté d’un fronton sur colonnes engagées d’ordre ionique. En 1859, il fut entouré d’un vaste jardin promenade aménagé par l’architecte Pereaux. A la même époque et dans le même style on construit les hôtels de Ville de Bonneville, Cluses et Thonon., La-Roche-sur-Foron …

    Palais de justice de Chambéry. Carte postale. ADS, 2Fi 2640Le Sénat de Savoie édifié à partir de 1850 à Chambéry, aujourd’hui palais de justice, est achevé juste avant l’Annexion. Les travaux ont été dirigés par l’architecte piémontais Pietro Spurgazzi qui aurait repris les plans du chambérien Pierre-Louis Besson : un avant corps de sept travées à colonnes engagées d’ordre ionique surmonté d’un fronton qui n’a pas reçu sa décoration. L’entresol est en pierres appareillées. La cour intérieure est bordée de portiques

    La caserne Curial à Chambéry. ADS, série Fi.Ville de garnison, Chambéry compte de nombreuses constructions militaires dont le gigantesque carré de la caserne Curial de 100 m. de côté, édifié sous le 1er Empire, inspiré de l’Hôtel des Invalides. Des nombreuses constructions militaires, il subsiste également le Manège édifié en 1845 par Bernard Trivelli à la façade résolument néo-classique aujourd’hui dissimulée dernière des palmiers plantés dans la verrière qui lui a été accolée lors de la récente transformation du bâtiment en salles de conférence.Préfecture de la Savoie. Carte postale. ADS, 2Fi 2553Préfecture de la Savoie. Carte postale. ADS, 2Fi 2549

    Avec le Rattachement, il faut loger les services du préfet. A Chambéry ils s’installent dans l’aile du château reconstruite après les incendies de 1743 et 1798. Les travaux se sont échelonnés du 1er Empire à la fin du Second. La préfecture d’Annecy, grande bâtisse dans le style composite des bâtiments de l’administration française, a été élevée en 1864 près du lac par l’architecte Charvet. Théatre de Chambéry. Carte postale. ADS, 2Fi 2629

    A la même époque Bernard Pellegrini dote Chambéry d’un nouvel hôtel de ville et reconstruit le théâtre après son incendie. On voit là deux bons spécimens de l’architecture éclectique de la seconde moitié du XIXe siècle.

     

     

    3. Des statues pour commémorer

     

    La colonne de Bonneville. ADS, Nice et Savoie, 1864 La colonne de Bonneville. ADS, Série FiSi l’art public est toujours politique la statuaire l’est éminemment. Le choix d’une effigie n’est jamais fortuit et témoigne des sentiments, des idées des commanditaires. Au XIXe siècle la Savoie s’est enrichie de nombreuses statues qui racontent son histoire.

    a. Les colonnes

    La colonne symbolise la puissance, le triomphe. Son usage est ainsi réservé à des hommes considérés comme exceptionnels. En 1826, la commune de Bonneville érige une colonne en l’honneur du roi Charles-Félix placée au bord de l’Arve pour le remercier d’avoir fait réaliser l’endiguement de cette rivière. Le concepteur est l’ingénieur de la province : Noël Bard et la statue colossale du souverain de 3 m. de haut est des frères Cacciatori. Le tout est réalisé en pierre de Seyssel.

    La fontaine des éléphants à Chambéry. Carte postale.  ADS, 2Fi 2741-6La statue du général de Boigne au sommet de la fontaine des éléphants à Chambéry. Carte postale.  ADS, 2Fi 2741-8En 1838, les Chambériens inaugurent un monument insolite : la fontaine des éléphants en reconnaissance au général de Boigne, bienfaiteur de la ville. Placée à l’intersection des Boulevards et de la rue de Boigne, la colonne ferme la perspective ouverte vers le château. Ce monument veut rappeler les exploits militaires du général savoyard en Indes et sa générosité à l’égard de sa ville natale. La base est constituée par quatre éléphants réunis par la croupe qui jettent l’eau par la trompe dans un bassin octogonal. Ils sont armés de tour de combat, surmontées de trophées. Au dessus une colonne qui se veut de style hindou porte la statue en bronze du général.

    b. Les statues à la gloire de grands hommes

    Les cités choisissent souvent un sculpteur de renom pour honorer un enfant du pays en lui érigeant une statue. C’est d’abord Annecy qui célèbre en 1844 le chimiste Berthollet (Talloires 1748- Arcueil 1822). La statue en bronze est confiée au sculpteur piémontais de renommée européenne Carlo Marochetti (Turin 1805-Passy 1867) qui a déjà travaillé à Turin, Paris et, après 1848, en Angleterre. En 1846, c’est la ville de Saint-Jean-de-Maurienne qui engage le sculpteur parisien Louis Rochet (1813-1878) pour rendre hommage au fondateur de la médecine légale Fodéré (Saint-Jean-de-Maurienne 1764- Strasbourg 1835). En 1865, les Chambériens font ériger pour la place du palais justice un monument à Antoine Favre, éminent jurisconsulte, père du grammairien Vaugelas. La commande est passée à Statue d'Antoine Favre par Alphonse Guméry. Photographie. ADS, 2Fi 1705Alphonse Guméry qui compose un groupe représentant le juriste entouré des allégories de la science et de la jurisprudence.

    A la suite d’un quiproquo Germain Sommeiller, l’ingénieur à qui l’on doit le percement du tunnel du Fréjus, se voit honorer de deux statues, la première en 1881, à Saint-Jeoire-en-Faucigny, son village natal, œuvre du lyonnais Joseph Fabisch et la seconde à Annecy en 1884 par le sculpteur parisien Just Becquet. Le comité de Saint-Jeoire avait demandé un subside au gouvernement et, comptant recevoir de l’argent, avait sans attendre passé commande sans savoir que le ministère des Beaux Arts avait pour habitude de commander lui-même la statue. On se retrouva donc avec deux statues ! Celle du gouvernement fut finalement attribuée à la ville d’Annecy.

    A la fin du siècle sous l’impulsion de François Descote et du baron Costa, chefs de file de la droite, Chambéry rend hommage à deux de ses illustres citoyens : Joseph et Xavier de Maistre. Le groupe est réalisé par le sculpteur parisien Ernest Dubois recommandé au comité par Ernest Daudet. Cette célébration est peu appréciée par la gauche qui n’oublie pas que Joseph de Maistre a été le grand théoricien de la contre-révolution. Le parti progressiste prendra sa revanche en 1910 en faisant ériger à son tour une statue à Jean-Jacques Rousseau, inspirateur de la Révolution. C’est la guerre des statues !

    c. Les statues commémorant des événements

    Statue de Saussure et Balmat à Chamonix.Une statue peut aussi venir commémorer à la fois un homme et un exploit. Pour le centenaire de l’ascension du Mont-Blanc, une statue du naturaliste Horace de Saussure et de son guide Jacques Balmat est érigée à Chamonix. Les deux alpinistes sont représentés par le sculpteur Emile Sanson le regard tourné vers le sommet.

    Dessin du monument du centenaire (la Sasson) dans le premier numéro du journal  "E Capoé !", du 3 septembre 1892. ADS, 185Per 2Plusieurs communes choisissent de fêter le centenaire de la Révolution française en érigeant un monument. Saint-Pierre-d’Entremont, en 1890, commande un buste de Marianne. De même Sallanches installe un bassin surmonté d’une statue industrielle à la gloire de la Révolution. Chambéry choisit par contre de commémorer l’annexion de la Savoie à la France révolutionnaire en 1792. Le sculpteur, recommandé par l’administration des Beaux Arts, est l’artiste en vogue Alexandre Falguière (Toulouse 1831-Paris 1900). L’emplacement de la statue est choisi par l’artiste mais les chambériens imposent l’utilisation du bronze au lieu du marbre. L’œuvre surprend le public qui ne voit qu’une grosse femme, une " sasson " dans le patois local, dans la savoyarde enlaçant le drapeau qu’a conçu l’artiste. Les passions apaisées, il faut reconnaître la qualité de ce monument. La corpulence donne la monumentalité nécessaire et le pas juste ébauché transcrit bien l’élan portant le peuple.

    Dès 1899 et jusqu’en 1910 de nombreux monuments seront élevés aux Savoyards morts pour la patrie pendant la guerre de 1870 faisant valoir les sacrifices consentis pour défendre leur nouvelle patrie : Albertville (1899), Taninges (1901), Annecy (1910), Chambéry (1912). Ces commémorations illustrent la montée de l’esprit patriotique et revanchard qui conduira à la Première Guerre mondiale. Ce cataclysme fournira à la statuaire du XXe siècle un triste sujet à illustrer.

     

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