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Le patrimoine architectural de Savoie au XIXe siècle
Auteur : Annick BOGEY - Niveau de lecture : Public |
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II. Urbanisme et patrimoine civil en pays de Savoie1. Le siècle de l’urbanismeLa Révolution finit de libérer les deux capitales, Annecy et Chambéry, des entraves qui bloquaient leur développement urbain en démantelant les remparts et en annexant les clos monastiques ou nobiliaires qui entouraient les cités.
Chambéry est traversée par la rue de Boigne, voie monumentale bordée de portiques sur le modèle turinois, ouvrant une belle perspective sur le château. Financés par le richissime général de Boigne, les travaux furent dirigés par son beau-frère, l’architecte Bernard Trivelli. Les façades des immeubles qui bordent l’avenue sont plaquées sur le bâti ancien. A Saint-Jean-de-Maurienne, à l’occasion de l’aménagement de la route de Turin perçant le centre ville achevé en 1832, l’ingénieur François Justin crée également des portiques à arcades. Les incendies, fréquents au XIXe siècle, donnèrent l’occasion de mettre en œuvre de grands travaux d’urbanisme. En 1840 et 1844 les villes de Sallanches et de Cluses furent presque totalement anéanties. Leur reconstruction fut confiée à François Justin qui conçut un plan rationnel en contraste avec l’enchevêtrement des anciennes villes. Des rues rectilignes et perpendiculaires délimitent des îlots d’habitation. Les bâtiments publics sont installés au bord de places ou de larges avenues. Toutes les industries et activités économiques susceptibles de nuire à la salubrité sont reléguées à la périphérie. 2. Des bâtiments pour installer les administrations.La généralisation des bâtiments publics : mairies, écoles, musées, tribunaux … caractérise le XIXe siècle. Ce sont souvent des bâtiments rationnels et stéréotypés. Quelques réalisations sortent du lot.
Avec le Rattachement, il faut loger les services du préfet.
A Chambéry ils s’installent dans l’aile du château reconstruite
après les incendies de 1743 et 1798. Les travaux se sont échelonnés
du 1er Empire à la fin du Second. La préfecture
d’Annecy, grande bâtisse dans le style composite des bâtiments
de l’administration française, a été élevée
en 1864 près du lac par l’architecte Charvet. A la même époque Bernard Pellegrini dote Chambéry d’un nouvel hôtel de ville et reconstruit le théâtre après son incendie. On voit là deux bons spécimens de l’architecture éclectique de la seconde moitié du XIXe siècle. 3. Des statues pour commémorer
a. Les colonnesLa colonne symbolise la puissance, le triomphe. Son usage est ainsi réservé à des hommes considérés comme exceptionnels. En 1826, la commune de Bonneville érige une colonne en l’honneur du roi Charles-Félix placée au bord de l’Arve pour le remercier d’avoir fait réaliser l’endiguement de cette rivière. Le concepteur est l’ingénieur de la province : Noël Bard et la statue colossale du souverain de 3 m. de haut est des frères Cacciatori. Le tout est réalisé en pierre de Seyssel.
b. Les statues à la gloire de grands hommesLes cités choisissent souvent un sculpteur de
renom pour honorer un enfant du pays en lui érigeant une statue.
C’est d’abord Annecy qui célèbre en 1844 le chimiste Berthollet
(Talloires 1748- Arcueil 1822). La statue en bronze est confiée
au sculpteur piémontais de renommée européenne Carlo
Marochetti (Turin 1805-Passy 1867) qui a déjà travaillé
à Turin, Paris et, après 1848, en Angleterre. En 1846, c’est
la ville de Saint-Jean-de-Maurienne qui engage le sculpteur parisien Louis
Rochet (1813-1878) pour rendre hommage au fondateur de la médecine
légale Fodéré (Saint-Jean-de-Maurienne 1764- Strasbourg
1835). En 1865, les Chambériens font ériger pour la place
du palais justice un monument à Antoine Favre, éminent jurisconsulte,
père du grammairien Vaugelas. La commande est passée à
A la suite d’un quiproquo Germain Sommeiller, l’ingénieur à qui l’on doit le percement du tunnel du Fréjus, se voit honorer de deux statues, la première en 1881, à Saint-Jeoire-en-Faucigny, son village natal, œuvre du lyonnais Joseph Fabisch et la seconde à Annecy en 1884 par le sculpteur parisien Just Becquet. Le comité de Saint-Jeoire avait demandé un subside au gouvernement et, comptant recevoir de l’argent, avait sans attendre passé commande sans savoir que le ministère des Beaux Arts avait pour habitude de commander lui-même la statue. On se retrouva donc avec deux statues ! Celle du gouvernement fut finalement attribuée à la ville d’Annecy. A la fin du siècle sous l’impulsion de François Descote et du baron Costa, chefs de file de la droite, Chambéry rend hommage à deux de ses illustres citoyens : Joseph et Xavier de Maistre. Le groupe est réalisé par le sculpteur parisien Ernest Dubois recommandé au comité par Ernest Daudet. Cette célébration est peu appréciée par la gauche qui n’oublie pas que Joseph de Maistre a été le grand théoricien de la contre-révolution. Le parti progressiste prendra sa revanche en 1910 en faisant ériger à son tour une statue à Jean-Jacques Rousseau, inspirateur de la Révolution. C’est la guerre des statues ! c. Les statues commémorant des événements
Dès 1899 et jusqu’en 1910 de nombreux monuments seront élevés aux Savoyards morts pour la patrie pendant la guerre de 1870 faisant valoir les sacrifices consentis pour défendre leur nouvelle patrie : Albertville (1899), Taninges (1901), Annecy (1910), Chambéry (1912). Ces commémorations illustrent la montée de l’esprit patriotique et revanchard qui conduira à la Première Guerre mondiale. Ce cataclysme fournira à la statuaire du XXe siècle un triste sujet à illustrer.
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