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III. Une Savoie désenclavée qui s’ouvre au tourisme
1.
Les ouvrages d’art
Le contrôle des passages des Alpes entre la France
et l’Italie a permis la fortune de la Maison de Savoie et lui a valu le
qualificatif de " portier des Alpes ". De tout temps
cette dynastie a porté une attention particulière au développement
des routes rendues difficiles par les nombreux obstacles naturels, convaincue
que c’était un investissement rentable.
Après
la Restauration, de 1815 à 1860, la monarchie sarde engagea de
grands travaux d’infrastructure. Ce fut d’abord l’endiguement des grandes
rivières de vallées, Arc, Arve, Isère. Ces digues
ont modifié l’aspect des fonds de vallée en permettant la
construction de routes larges et rectilignes, en accroissant les surfaces
cultivables.
De nombreux ponts, parfois encore en usage ou visibles
aujourd’hui, furent édifiés : pont d’Alby-sur-Chéran
(1828), Cognin sur l’Hyères (1837) … et surtout, de loin le plus
spectaculaire, le pont de la Caille franchissant le torrent des Usses
sur la route d’Annecy à Genève. Compte tenu de l’importance
de l’obstacle, on utilisa la technique du pont suspendu qui commençait
à se répandre en retenant le projet de l’ingénieur
Emile Bertin de Paris. Deux tours de 20 m. de haut, à l’aspect
de tours médiévales, soutiennent deux groupes de douze câble
chacun. Lors de son inauguration par le roi Charles-Albert, en 1839, ce
pont impressionna beaucoup à juste titre ses contemporains par
sa hardiesse : 191 m. de long, 6 de large et une hauteur au dessus
du vide de 147 m.
 Le
réseau routier fut profondément développé
et aménagé. On peut citer la route du col du Chat, au dessus
du lac du Bourget, construite par Ernesto Melano en 1825 dont on peut
encore admirer les murs de soutènement des virages en encorbellement
ainsi que la route de la Chautagne à Aix-les-Bains, construite
en 1844 en taillant dans les rochers qui plongent dans ce même lac.
Le chemin de fer arrive dans les années 1850.
Il entraîne les mêmes ouvrages d’art que partout ailleurs
mais nous retiendrons pour leur originalité les tours néo-féodales
placées à l’entrée des tunnels sur la voie qui longe
le lac du Bourget qui servaient de logement aux préposés
à la surveillance des voies.
L’architecture en fer peu répandue en Savoie au
XIXe siècle laisse une réalisation intéressante construite
de 1906 à 1910 : la rotonde du dépôt de Chambéry
qui permet d’héberger 72 locomotives ce qui en faisait l’une des
plus grande de France avec ses 108 m. de diamètre intérieur,
55 m de diamètre à la coupole et 34 m. de hauteur. Elle
est la seule de ce type qui existe encore en France.
2. Architectures du tourisme thermal
Le
chemin de fer a fortement contribué au développement du
thermalisme. Si les sources étaient connues depuis l’Antiquité,
l’industrie thermale ne se développe vraiment en Savoie qu’à
partir du XIXe siècle. De nouvelles sources sont découvertes
et les stations se multiplient : Aix-les-Bains, Evian, Thonon, Saint-Gervais,
Challes, Brides, Salins … sans compter celles qui ne sont plus exploitées
comme Coise, La Caille, La Bauche …La ville d’eau n’attire pas que les
curistes, elle constitue un voyage d’agrément. Cela est surtout
vrai pour les grandes stations, Aix-les-Bains et Evian qui hébergent
une clientèle aristocratique et mondaine. Il ne faut pas seulement
construire des thermes mais aussi des hôtels luxueux, des villas
spacieuses pour les loger mais aussi des casinos, des théâtres,
des jardins pour la distraction.
a.
Aix-les-Bains
De 1854 à 1860 de nouveaux thermes conçus
par Bernard Pellegrini dans un pur style néo-classique remplacent
ceux édifiés à la fin du XVIIIe siècle. En
façade arcs et colonnes doriques sont utilisés avec une
symétrie rigoureuse. L’intérieur s’organise autour d’un
escalier monumental d’où partent des couloirs galeries distribuant
des espaces plus réduits aux éclairages zénithaux,
autre référence à l’Antiquité. Ce bâtiment
initial a été agrandi à deux reprises au cours du
XIXe siècle. C’est également Bernard Pellegrini qui réalisa
les thermes de Marlioz dont subsiste le portail intégré
dans le nouveau bâtiment édifié en 1981.
Le casino du grand cercle, conçu par le même
architecte encore a été achevé en 1849. Ce bâtiment
a été remanié et complété au cours
du siècle. En 1878 Samuel Revel construit deux pavillons à
l’est du bâtiment et un parisien Eustache y ajoute un théâtre
à l’italienne en 1897. La décoration intérieure est
somptueuse. Coupoles et voûtes sont recouvertes de mosaïque.
La voûte du hall du grand cercle est décorée en 1883
par Antonio Salviati (1816-1890), promoteur de la renaissance de la mosaïque
monumentale vénitienne. D’autres salles sont décorées
par Cavaillé-Coll en 1906 dans un riche style Art Nouveau alors
en vogue.
Dans
la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreux hôtels
(aujourd’hui souvent transformés en appartements) sont construits
à Aix. Leurs dimensions, la richesse des aménagements et
des décors témoignent de l’engoue ment
mondain pour la ville d’eau : le Grand Hôtel (Bernard Pellegrini,
1853), le Beau Site (1883), l’Albion (1896), le Spendid (1884), etc …
Architecturalement ils traduisent l’éclectisme du siècle.
L’immense hôtel Bernascon, de l’architecte Jules Pin, ouvert en
1900, est un pastiche du style Louis XIII. Un autre bâtiment insolite
illustre la richesse de la Belle Epoque à Aix-les-Bains :
le château de la Roche du Roi, construit en 1900 et également
dû à Jules Pin, architecte de la ville La Roche du Roi, bâti
à flanc de colline, s’appuyant sur une terrasse supportée
par d’énormes soubassements voûtés en plein cintre,
c’est un mélange de palais oriental et de château renaissance.
Cette exubérance s’oppose à la rigueur des lignes du Bernascon)
b. Evian-les-Bains
 Le
premier établissement thermal, fondé en 1827, orné
de fresques à l’italienne fut remplacé par le bâtiment
actuel (photo) en 1901, date à laquelle on construisit également
une buvette couverte d’une vaste coupole. Le casino est construit en 1912.
La plupart des édifices que l’on peut admirer aujourd’hui à
Evian datent plutôt du premier XXe siècle comme l’hôtel
Royal construit en 1909 (qui a accueilli en juin 2003 les hôtes
du G8). Les hôtels plus anciens ont fait l’objet de restaurations
fréquentes comme l’Hôtel du Parc (1883, 1889 …), le Spendid
qui domine la ville et qui, dit-on, inspira à Marcel Proust le
grand hôtel de Balbec.
 Les
villa et châteaux qui abritèrent les riches curistes du XIXe
siècle sont aujourd’hui occupés par des institutions :
le château du Martelet (vers 1890) avec ses 4 tours d’angle devenu
lycée climatique, l’hôtel de ville d’Evian est installé
dans une ancienne villa de 1896 qui avait appartenu à l’industriel
Antoine Lumière.

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