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Le patrimoine architectural de Savoie au XIXe siècle
Auteur : Annick BOGEY - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

TOUS PUBLICS
  • Introduction
  • I. Le patrimoine religieux du XIXe siècle en Savoie
  • II. Urbanisme et patrimoine civil en pays de Savoie
  • III. Une Savoie désenclavée qui s’ouvre au tourisme

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    III. Une Savoie désenclavée qui s’ouvre au tourisme

    Le Pont de la Caille.  ADS, série Fi1. Les ouvrages d’art

    Le contrôle des passages des Alpes entre la France et l’Italie a permis la fortune de la Maison de Savoie et lui a valu le qualificatif de " portier des Alpes ". De tout temps cette dynastie a porté une attention particulière au développement des routes rendues difficiles par les nombreux obstacles naturels, convaincue que c’était un investissement rentable.

    Le pont d'Alby.  ADS, Album des principales vues de la Savoie.Après la Restauration, de 1815 à 1860, la monarchie sarde engagea de grands travaux d’infrastructure. Ce fut d’abord l’endiguement des grandes rivières de vallées, Arc, Arve, Isère. Ces digues ont modifié l’aspect des fonds de vallée en permettant la construction de routes larges et rectilignes, en accroissant les surfaces cultivables.

    De nombreux ponts, parfois encore en usage ou visibles aujourd’hui, furent édifiés : pont d’Alby-sur-Chéran (1828), Cognin sur l’Hyères (1837) … et surtout, de loin le plus spectaculaire, le pont de la Caille franchissant le torrent des Usses sur la route d’Annecy à Genève. Compte tenu de l’importance de l’obstacle, on utilisa la technique du pont suspendu qui commençait à se répandre en retenant le projet de l’ingénieur Emile Bertin de Paris. Deux tours de 20 m. de haut, à l’aspect de tours médiévales, soutiennent deux groupes de douze câble chacun. Lors de son inauguration par le roi Charles-Albert, en 1839, ce pont impressionna beaucoup à juste titre ses contemporains par sa hardiesse : 191 m. de long, 6 de large et une hauteur au dessus du vide de 147 m.

    Tour ferroviaire de Brison. ADS, série FiTour ferroviaire de Brison. Photographie. ADS, 2Fi 2980Le réseau routier fut profondément développé et aménagé. On peut citer la route du col du Chat, au dessus du lac du Bourget, construite par Ernesto Melano en 1825 dont on peut encore admirer les murs de soutènement des virages en encorbellement ainsi que la route de la Chautagne à Aix-les-Bains, construite en 1844 en taillant dans les rochers qui plongent dans ce même lac.

    Le chemin de fer arrive dans les années 1850. Il entraîne les mêmes ouvrages d’art que partout ailleurs mais nous retiendrons pour leur originalité les tours néo-féodales placées à l’entrée des tunnels sur la voie qui longe le lac du Bourget qui servaient de logement aux préposés à la surveillance des voies.

     

    L’architecture en fer peu répandue en Savoie au XIXe siècle laisse une réalisation intéressante construite de 1906 à 1910 : la rotonde du dépôt de Chambéry qui permet d’héberger 72 locomotives ce qui en faisait l’une des plus grande de France avec ses 108 m. de diamètre intérieur, 55 m de diamètre à la coupole et 34 m. de hauteur. Elle est la seule de ce type qui existe encore en France.

    2. Architectures du tourisme thermal

    Les bains de Saint-Gervais. ADS, Nice et Savoie, 1864Le chemin de fer a fortement contribué au développement du thermalisme. Si les sources étaient connues depuis l’Antiquité, l’industrie thermale ne se développe vraiment en Savoie qu’à partir du XIXe siècle. De nouvelles sources sont découvertes et les stations se multiplient : Aix-les-Bains, Evian, Thonon, Saint-Gervais, Challes, Brides, Salins … sans compter celles qui ne sont plus exploitées comme Coise, La Caille, La Bauche …La ville d’eau n’attire pas que les curistes, elle constitue un voyage d’agrément. Cela est surtout vrai pour les grandes stations, Aix-les-Bains et Evian qui hébergent une clientèle aristocratique et mondaine. Il ne faut pas seulement construire des thermes mais aussi des hôtels luxueux, des villas spacieuses pour les loger mais aussi des casinos, des théâtres, des jardins pour la distraction.

    Décor du plafond du casino d'Aix-les-Bains. Carte postale. ADS, 2Fi 1686a. Aix-les-Bains

    De 1854 à 1860 de nouveaux thermes conçus par Bernard Pellegrini dans un pur style néo-classique remplacent ceux édifiés à la fin du XVIIIe siècle. En façade arcs et colonnes doriques sont utilisés avec une symétrie rigoureuse. L’intérieur s’organise autour d’un escalier monumental d’où partent des couloirs galeries distribuant des espaces plus réduits aux éclairages zénithaux, autre référence à l’Antiquité. Ce bâtiment initial a été agrandi à deux reprises au cours du XIXe siècle. C’est également Bernard Pellegrini qui réalisa les thermes de Marlioz dont subsiste le portail intégré dans le nouveau bâtiment édifié en 1981.

    Le casino du grand cercle, conçu par le même architecte encore a été achevé en 1849. Ce bâtiment a été remanié et complété au cours du siècle. En 1878 Samuel Revel construit deux pavillons à l’est du bâtiment et un parisien Eustache y ajoute un théâtre à l’italienne en 1897. La décoration intérieure est somptueuse. Coupoles et voûtes sont recouvertes de mosaïque. La voûte du hall du grand cercle est décorée en 1883 par Antonio Salviati (1816-1890), promoteur de la renaissance de la mosaïque monumentale vénitienne. D’autres salles sont décorées par Cavaillé-Coll en 1906 dans un riche style Art Nouveau alors en vogue.

    Aix-les-Bains : château de la Roche du Roi. Carte postale. ADS, 2Fi 1837Dans la seconde moitié du XIXe siècle, de nombreux hôtels (aujourd’hui souvent transformés en appartements) sont construits à Aix. Leurs dimensions, la richesse des aménagements et des décors témoignent de l’engoueAix-les-Bains : hôtel Bernascon. Carte postale. ADS, 2Fi 1487ment mondain pour la ville d’eau : le Grand Hôtel (Bernard Pellegrini, 1853), le Beau Site (1883), l’Albion (1896), le Spendid (1884), etc … Architecturalement ils traduisent l’éclectisme du siècle. L’immense hôtel Bernascon, de l’architecte Jules Pin, ouvert en 1900, est un pastiche du style Louis XIII. Un autre bâtiment insolite illustre la richesse de la Belle Epoque à Aix-les-Bains : le château de la Roche du Roi, construit en 1900 et également dû à Jules Pin, architecte de la ville La Roche du Roi, bâti à flanc de colline, s’appuyant sur une terrasse supportée par d’énormes soubassements voûtés en plein cintre, c’est un mélange de palais oriental et de château renaissance. Cette exubérance s’oppose à la rigueur des lignes du Bernascon)

    b. Evian-les-Bains

    L'établissement thermal d'Evian. Archives municipales d'Evian-les-Bains : carte postale 8Fi_évian_271Terrasse et promenoir de la buvette Cachat à Evian. Archives municipales d'Evian-les-Bains : carte postale 8Fi_évian_293Le premier établissement thermal, fondé en 1827, orné de fresques à l’italienne fut remplacé par le bâtiment actuel (photo) en 1901, date à laquelle on construisit également une buvette couverte d’une vaste coupole. Le casino est construit en 1912. La plupart des édifices que l’on peut admirer aujourd’hui à Evian datent plutôt du premier XXe siècle comme l’hôtel Royal construit en 1909 (qui a accueilli en juin 2003 les hôtes du G8). Les hôtels plus anciens ont fait l’objet de restaurations fréquentes comme l’Hôtel du Parc (1883, 1889 …), le Spendid qui domine la ville et qui, dit-on, inspira à Marcel Proust le grand hôtel de Balbec.

    Le théatre d'Evian vers 1900. Archives municipales d'Evian-les-Bains : carte postale 8Fi_évian_186Le casino d'Evian. Archives municipales d'Evian-les-Bains : carte postale 8Fi_évian_330Les villa et châteaux qui abritèrent les riches curistes du XIXe siècle sont aujourd’hui occupés par des institutions : le château du Martelet (vers 1890) avec ses 4 tours d’angle devenu lycée climatique, l’hôtel de ville d’Evian est installé dans une ancienne villa de 1896 qui avait appartenu à l’industriel Antoine Lumière.

     

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