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Le patrimoine fortifié des Etats de Savoie
Auteur : Honoré COQUET - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

JEUNES PUBLICS
Résumé

TOUS PUBLICS
  • 1- Introduction
  • 2- Le contrôle et la sécurité des routes internationales
  • 3- La défense des frontières en plat pays
  • 4- La défense des basses et moyennes vallées alpines
  • 5- La défense s'installe jusque sur les cols alpins
  • 6- L’effacement des fortifications
  • 7- Quel avenir pour les fortifications ?


  • BIBLIOGRAPHIES
  • Bibliographie générale
  • Bibliographie sur les fortifications


  • DOCUMENTS
  • 1- Les Etats de Savoie sous Amédée VIII et la via Francigena
  • 2- Le château de Miolans
  • 3- Le château de Miolans (2)
  • 4- Le site fortifié de la cluse de Bard
  • 5- Les Clées près du col de Jougne
  • 6- Château de plaine du XIIIe siècle
  • 7- Le fort Barraux
  • 8- La Libre Confédération des vallées
  • 9- La barrière de l’Esseillon en Maurienne
  • 10- Ouvrage d’interdiction de Vulmix
  • 11- Ouvrage de protection du Truc
  • 12- Ouvrage de surveillance de la Platte
  • 13- Petit ouvrage de haute montagne
  • 14- Ouvrage multiblocs du Sapey, à Modane
  • 15- Ouvrage multiblocs du Sapey (2)
  • 16- Ouvrage multiblocs du Sapey (3)
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    La défense des basses et moyennes vallées alpines ( XVII°- début XIX° siècle)

    1 - La défense du saillant français des Escartons (XIVème- début XVIIIème siècle)

    Non seulement le XVIIème siècle commenca avec la fin des espoirs des ducs de Savoie de faire de Genève leur capitale, mais ceux-ci durent engager de grands frais pour bâtir, un siècle plus tard, sur la route internationale de Chambéry-Turin, une citadelle à Suse pour éviter que la France n’interceptasse pas cette route. En effet, rappelons qu’avec l’acte fondateur que fut la Grande Charte du 29 mai 1343 concédée par le Dauphinois Humbert II, la "Libre confédération des vallées", faussement dénommée "République des Escartons", était créée (Annexe 8). Elle comprenait cinq escartons à cheval sur les Alpes : Briançonnais, Queyras à l’eau pendante française ; Château-Dauphin, Oulx et Valcluson à l’eau pendante piémontaise. Cette charte fut suivie par le transfert du Dauphiné à la France, en 1349, soit six ans après. Dès lors, grâce à ce saillant d’outre-monts, la France prenait un rôle de portier des Alpes en contrôlant le Mont-Genèvre et s’assurait ainsi une base offensive. Elle menaça constamment la route internationale savoyarde du Mont Cenis par 1) - le fort d’Exilles en Val de Suse qui devint au XVIème siècle une forteresse bastionnée ; au début du XVIIème siècle, celle-ci fit l’objet par le roi de France, Henri IV, de nouvelles adaptations (1607-1610) ; 2) - Pignerol, ville fortifiée placée au débouché du Valcluson à quelques 15 km à l’Est de la limite de l’escarton. Cette ville piémontaise très convoitée fut conquise par François Ier en 1536. Elle lui permettait d’être à une journée de marche de Turin. Après le traité de Cateau-Cambrésis de 1559, elle ne fut, en fait, rétrocédée aux Savoie qu’en 1574. La France reviendra à Pignerol en 1631 grâce à l’action de Richelieu ; elle quittera cette ville définitivement après le traité de Pignerol signé le 29 août 1696.

    Jusqu’à la fin du XVIIème siècle, précisément en 1690, l’histoire de Savoie fut effacée, dans le "sillage de Versailles". L’hégémonie française prit fin avec l’arrivée au pouvoir de Victor-Amédée II. Il intervint dans les guerres de la fin du XVIIème siècle et du début du XVIIIème. Tantôt allié, tantôt ennemi de Louis XIV, il pratiqua une politique de bascule qui entraina deux occupations de la Savoie par la France, l’une de 1690 à 1696, pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, et l’autre de 1703 à 1713, pendant la guerre de succession d’Espagne. La perte de Pignerol par la France facilitera douze ans après, en 1708, la reconquête par Victor-Amédée II de la vallée de Bardonnèche ; il assiégea Exilles et prit la forteresse. Immédiatement, il retourna le front défensif de la vieille fortification et déplaça son entrée sur le côté Piémont. Le traité d’Utrecht de 1713 rendit au duc ses possessions, y ajouta le Montferrat, le Mont-Genèvre et les escartons de Château-Dauphin, d’Oulx et de Valcluson. Il reçut aussi la Sicile qui lui donna le titre de roi. En 1719, il échangea la Sicile contre la Sardaigne ; ainsi s’explique l’appellation d’Etats sardes, dont la Savoie fit partie jusqu’en 1860. En éliminant le saillant français sur le versant oriental des Alpes, le traité d’Utrecht marqua une date fondamentale. Avec lui, la politique des "eaux pendantes", issue du traité des Pyrénées de 1659, sera confirmée dans le droit international. Elle s’oppose à l’ancienne notion de "marche séparante" de l’époque médiévale. Par ailleurs, Briançon remplacera désormais Exilles comme position défensive avancée française face aux ducs.

    2 - Les barrages savoyards des basses et moyennes vallées au XVIIIème siècle.

    Victor-Amédée II qui venait de prendre possession des anciens escartons d’Oulx et de Valcluson ne tenait pas à perdre ses nouveaux biens. Il continua des travaux de réaménagement qu’il avait commencés dès 1708 dans le fort d’Exilles. Par ailleurs, Suse qui contrôlait à la fois la route du Mont-Genèvre et la route du Mont-Cenis fit l’objet de grands travaux. Sur la hauteur dite "La Brunetta" qui domine la ville, Victor-Amédée II fit bâtir à partir de 1708, une forteresse comprenant un fort, des redoutes extérieures et une centaine de pièces d’artillerie. Il fit construire, à partir de 1728, l’ensemble fortifié de Fenestrelle qui barre le vallée du Cluson à l’image d’une muraille de Chine.
    Lors des guerres de la Révolution française, une première coalition (1792-1797) s’opposa à la France. Une action de celle-ci, au Sud des Alpes, contre l’Autriche ne pouvait avoir lieu que dans le Milanais mais il fallait auparavant tenir la route d’accès. Montesquiou passa la frontière et entra le 24 septembre 1792 à Chambéry : ce fut l’annexion de la Savoie qui durera jusqu’à la fin des guerres napoléoniennes.
    Napoléon Ier, après avoir porté son intérêt sur le col du Simplon, opta définitivement pour le Mont Cenis en 1805. Il construisit la route carrossable de ce col et égrèna tout au long de la voie des casernes pour accueillir les troupes en marche vers l’Italie. La caserne Curial à Chambéry, la caserne de Lanslebourg, la caserne-hospice en bordure du lac au Mont-Cenis, portèrent longtemps le témoignage des mouvements de troupes de l’Empire auquel s’ajouta celui du commerce international. Il affecta le col du Mont-Genèvre à un rôle essentiellement militaire, confirmant ainsi la géostratégie suivie depuis la fin du XVème siècle vis à vis des deux cols. En 1815, après les défaites napoléoniennes, la Maison de Savoie, sous la pression des Autrichiens, consacra la majeure partie de l’indemnité de guerre versée par la France, à fortifier la route du Mont-Cenis de Lyon à Turin. Cette route lui paraissait, en effet, la plus apte à servir d’axe de pénétration à un retour des Français.
    Il y a sans doute à cela trois raisons essentielles : 1) Sous Napoléon, cette route fut sensiblement améliorée par l’ingénieur Dausse, qu’il s’agisse de la route de la vallée de la Maurienne ou du franchissement du col lui-même ; 2) Cette route arrive sur le flanc du saillant de Bardonnèche ; or un saillant est un point faible pour celui qui l’occupe, surtout quand la topographie s’y prête comme dans le cas présent ; 3) Le fort de la Brunette et les fortifications de Suse, qui maîtrisaient ce carrefour important, avaient été démolis comme prévu par une clause du traité de Paris qui suivit l’armistice de Cherasco lors de la première campagne d’Italie, en 1796. Il fallait donc remplacer ce fort pour barrer la route du Mont-Cenis et empêcher que la place d’Exilles, devenue savoyarde par le traité d’Utrecht, ne soit tournée ainsi que la "muraille de Fenestrelle".

    3 - Un type nouveau de barrage de vallée : le système Montalembert (début XIXème siècle)

    C’est ainsi que la Maison de Savoie construisit en Maurienne, juste à l’accès du col, les forts de l’Esseillon. L’endroit choisi pour la construction de la fortification est le contrefort de l’Esseillon, muraille naturelle d’une centaine de mètres de hauteur qui barre toute la vallée de la Maurienne sous le village d’Aussois, à une dizaine de kilomètres en amont de Modane. Les études commencèrent en 1817. La construction des ouvrages à casemates superposées à la Montalembert s’étala de 1820 à 1833, mais elle ne fut pas complètement achevée (Annexe 9)
    L’indemnité de guerre perçue par le Royaume de Piémont-Sardaigne servit essentiellement à construire les forts de l’Esseillon, à reconstruire le fort d’Exilles, et à aménager le fort de Bard dans le Val d’Aoste. Par ailleurs, lors du Congrès de Vienne, le gouvernement sarde obtint que le Nord de la Savoie, au-delà d’une ligne Lescheraines, Faverges, Ugine, soit compris dans la neutralité helvétique : en cas de conflit, les troupes sardes devraient y être remplacées par des troupes suisses. Ainsi donc, le gouvernement de Turin, avec la neutralisation du Nord de la Savoie et la mise en place, dans la partie Sud, d’un bouclier défensif au ras de la frontière, consacra le rôle de glacis joué par la Savoie entre la France et le Piémont.
    On remarque toute l’importance militaire des anciens escartons d’Oulx et de Valcluson. Ce saillant français fut retourné tel un doigt de gant, en 1713, pour devenir un saillant savoyard puis Italien.

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