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Le patrimoine fortifié des Etats de Savoie
Auteur : Honoré COQUET - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE

JEUNES PUBLICS
Résumé

TOUS PUBLICS
  • 1- Introduction
  • 2- Le contrôle et la sécurité des routes internationales
  • 3- La défense des frontières en plat pays
  • 4- La défense des basses et moyennes vallées alpines
  • 5- La défense s'installe jusque sur les cols alpins
  • 6- L’effacement des fortifications
  • 7- Quel avenir pour les fortifications ?


  • BIBLIOGRAPHIES
  • Bibliographie générale
  • Bibliographie sur les fortifications


  • DOCUMENTS
  • 1- Les Etats de Savoie sous Amédée VIII et la via Francigena
  • 2- Le château de Miolans
  • 3- Le château de Miolans (2)
  • 4- Le site fortifié de la cluse de Bard
  • 5- Les Clées près du col de Jougne
  • 6- Château de plaine du XIIIe siècle
  • 7- Le fort Barraux
  • 8- La Libre Confédération des vallées
  • 9- La barrière de l’Esseillon en Maurienne
  • 10- Ouvrage d’interdiction de Vulmix
  • 11- Ouvrage de protection du Truc
  • 12- Ouvrage de surveillance de la Platte
  • 13- Petit ouvrage de haute montagne
  • 14- Ouvrage multiblocs du Sapey, à Modane
  • 15- Ouvrage multiblocs du Sapey (2)
  • 16- Ouvrage multiblocs du Sapey (3)
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    La défense s'installe jusque sur les cols alpins (fin XIXème-milieu XXème siècle)

    En 1860, l'annexion de la Savoie portait la frontière politique de la France sur presque toute la longueur de la ligne des crêtes. Les forts de l'Esseillon devinrent donc Français. Les ouvrages à la Montalembert, aux hautes maçonneries apparentes, épaisses de 2 à 4 mètres, pouvaient, du fait de leur site élevé, résister aux tirs des canons de bronze Gribeauval en usage à l'époque et d'une portée utile de 800 à 1 000 mètres. Après la guerre d'Italie de 1859, la "cuirasse" aurait été d'une efficacité toute relative façe à la nouvelle artillerie rayée qui lançait d'une façon plus précise des projectiles puissants à 3 000 mètres. Aussi une nouvelle génération de fortifications vit-elle le jour lors de la réorganisation de la défense des frontières à laquelle procédèrent la France et l'Italie à la fin de la guerre de 1870.

    Le système Séré de Rivières (fin XIXème-début XXème siècle)

    L’organisation passive (1876)

    La France et l’Italie se trouvèrent alors, pour des raisons différentes, dans des situations analogues face au problème d’organisation militaire. La France vaincue procèda à une réorganisation totale de ses forces. L’Italie dont l’unité était enfin réalisée grâce à l’annexion de Rome, structura elle aussi son armée.

    En mai 1874, parut le mémoire Exposé du système défensif de la France, préparé par le général Séré de Rivières. Les propositions qui y étaient contenues avaient fait l’objet des débats du Comité de Défense au cours d’une séance tenue quelques mois avant : "...Les débouchés des vallées sont partout formés par de formidables étranglements, aussi faciles à défendre que difficiles à forcer. Dans ces conditions, pourquoi confierait-on à des forces actives qui seront bien plus utiles ailleurs le soin de barrer les débouchés de la Tarentaise et de la Maurienne alors que l’on peut obtenir ce résultat au moyen d’ouvrages permanents ? ... ". L’augmentation de portée que donnait l’emploi de l’artillerie rayée amena Séré de Rivières et ses successeurs à adopter un système de forts, assurant la maîtrise des hauteurs qui dominent les barrages choisis.

    Trois types d’ouvrages furent retenus :

    • 1) des ouvrages d’"interdiction", qui barraient les vallées au fond desquelles ils étaient construits (Annexe 10) ;
    • 2) des ouvrages de "protection", construits à flanc de montagne afin d’avoir un champ de tir étendu et de protéger les ouvrages d’interdiction (Annexe 11) ;
    • 3) des ouvrages de "surveillance", installés sur les crêtes, afin d’observer les accès invisibles pour les défenseurs de la vallée (Annexe 12). Le fort du Truc à Bourg-Saint-Maurice représente, en petit format, le modèle-type d’ouvrage Séré de Rivières (Annexe 11).

    Les ouvrages de ces places, dites à "forts détachés", se flanquaient mutuellement.
    Par ailleurs, un corps de manoeuvre considérable centré dans la haute Durance (Briançon) devait être prêt à prendre de flanc, par le Galibier, les colonnes de Maurienne. On retrouve là une grande analogie avec le système de Berwick de 1709, lors des guerres de succession d’Espagne.

    Organisation offensive : création de l’Armée des Alpes (1882)

    Devant les rivalités coloniales de la France et de l’Italie, il fallait renforcer la défense aux frontières. En avril 1882, le Comité de Défense s’inquièta pour la frontière alpine et demanda la construction de fortifications nouvelles. C’est de cette époque que date la décision de construire certains ouvrages de surveillance : blockhaus de l’Alpettaz, du Laitelet, des Têtes (Place d’Alberville), blockhaus de Sainte-Lucie, du Crépas (Place de Chamousset). En Maurienne, le tunnel ferroviaire de Modane amena la construction du fort d’arrêt du Replaton (Interdiction) et de l’ouvrage complémentaire du Sapey (Protection) commandant la sortie du tunnel. Conjointement, la décision fut prise de construire le fort du Télégraphe, barrant la route du Galibier au-dessus de Saint-Michel-de-Maurienne. Le 30 juin 1882, le Conseil Supérieur de la Guerre adopta un ensemble de dispositions relatives aux troupe alpines. Celles-ci, formées sur la base de bataillons alpins de chasseurs et flanquées de batteries d’artillerie de montagne, furent stationnées au plus près de la frontière. Ceci traduisait un esprit offensif. Les relations avec l’Italie allaient toujours en se dégradant : le 15 décembre 1886, l’Italie dénonca le traité de commerce franco-italien et l’arrivée de Crispi au pouvoir, en avril 1887, rendit nos relations encore plus difficiles. Le ministre de la Guerre, Freycinet, finit par obtenir, le 5 novembre 1888, la fortification de Bourg-Saint-Maurice, au débouché du col du Petit-Saint-Bernard. La construction du blockhaus de la Platte (Surveillance), du fort du Truc (Protection) et de la batterie de Vulmix (Interdiction), prit fin en 1891 (Vulmix) et en 1894 (La Platte et Truc).
    L’organisation militaire alpine procèda de plus en plus d’un esprit offensif. Pour "coller" à la frontière, le général Berge, commandant de l’Armée des Alpes à partir de 1889, décida de construire en tête des vallées des camps de baraques en pierre "qui seraient prêts à être occupés soit pour arrêter à temps toutes les tentatives adverses, soit pour servir d’appui à des entreprises offensives, d’ailleurs limitées, qu’il avait judicieusement conçues et étudiées" (P.-E. Bordeaux). Ainsi furent construits à partir de 1890 : en Tarentaise, les postes et baraquements des Chapieux, de Seloges, des Veis et de la Redoute Ruinée ; en Maurienne, les postes et baraquements de la Turra, de Sollières, du Montfroid, de Fréjus, de la Roue et de la Vallée-Etroite. Dès l’hiver 1892-1893, des détachements occupèrent en permanence certains postes (Chapieux, Séloges, Turra). Le système s’étendit et chaque bataillon eut son poste d’hiver.
    Par ailleurs, le général Berge se préoccupa des communications, routes et voies ferrées. Un peu partout dans les Alpes la main d’oeuvre militaire entreprit de rendre carrossables les chemins de liaison entre les vallées : d’où l’aménagement des cols de la Vanoise, de Chavières et des Encombres en 1891 entre la Maurienne et la Tarentaise. Au même moment, l’achèvement du tunnel et de la route du Galibier assura les relations entre la Maurienne, le Briançonnais et le Dauphiné. Ces travaux permirent de relier les places et les camps disséminés le long de la frontière à une rocade arrière. Le chemin de fer prit le relais de la route : en 1890, la liaison ferroviaire La Roche-sur-Foron / Cluses entra en service ; trois ans plus tard, la ligne Alberville-Moûtiers fut ouverte.

    Le retour au défensif (1894-1914)

    Les Italiens avaient puissamment fortifié leur frontière. Les succès rapides escomptés précédemment par le général Berge paraissaient alors aléatoires. Par ailleurs, les Suisses avaient fortifié le débouché par le Grand-Saint-Bernard sur le Valais : le verrou de Saint-Maurice était aménagé d’une façon encore plus complète en 1892. Aussi, le 21 décembre 1893, le Conseil Supérieur de la Guerre revint, à nouveau, à son idée : économie maximale des forces sur la frontière alpine au profit du théâtre principal du Nord-Est. Le principe de la défensive fut donc retenu et sera désormais sous-jacent à toutes les démarches intellectuelles du Haut-Commandement.
    A noter, que de 1880 à 1885, un certain nombre d’améliorations sensibles furent apportées aux projectiles et aux techniques de tir d’artillerie. Aussi estima-t-on que les forts Séré de Rivières ne pourraient plus résister aux nouveaux projectiles et l’on parla alors de la crise de "l’obus-torpille". De nombreux changements intervinrent donc dans la conception d’emploi et de l’architecture des ouvrages de défense. La maçonnerie fit place au béton et à l’acier. Ainsi, au changement de siècle, le fort du Replaton, près de Modane, fut recouvert d’une carapace de béton

    La ligne Maginot en Savoie (deuxième quart du XXème siècle)

    La réanimation du système alpin (1929-1939)

    Durant la Première Guerre mondiale qui se déroulait sur la frontière Nord-Est, on avait retiré l’armement de toutes les places-fortes des Alpes et cessé d’entretenir les ouvrages.
    En été 1925, dans le cadre d’une nouvelle géopolitique, la France décida d’arrêter l’occupation de la Rhénanie et par voie de conséquence d’assurer une nouvelle sécurité par la construction d’une ligne de fortifications en-deçà de la frontière. Aussi, le 30 septembre 1927, Paul Painlevé, ministre de la Guerre, créa-t-il l’organe d’études nécessaire à la mise au point des plans des divers ouvrages dont la construction était envisagée. Ce fut la Commission d’Organisation des Régions Fortifiées (CORF) qui reçut aussi compétence pour les Alpes.
    Le 12 février 1929, la CORF présenta un projet pour le Sud-Est étalé sur dix ans. Il prévoyait 103 ouvrages dont 75 nouveaux ; 42 d’entre eux seraient équipés d’artillerie moderne, cuirassée ou sous roc, à grande portée et à tir rapide, à l’épreuve des très gros calibres, munis de tous les perfectionnements électriques et mécaniques. Le 5 décembre 1929, Maginot, qui venait de remplacer Painlevé au ministère de la Guerre, déposa à la Chambre un projet de loi relatif aux frontières du Nord-Est et des Alpes. Il obtint aisément un vote favorable le 14 janvier 1930, ce qui lui valut de donner son nom à l’oeuvre qu’un autre avait longuement préparé avant lui.
    Pour la Savoie, les travaux ne commencèrent qu’au printemps 1931, intéressant uniquement la vallée de la Maurienne.
    La situation internationale continuant à se dégrader, on se préoccupa enfin de la Tarentaise : le barrage antichars du Versoyen fut aménagé en 1937, suivi bientôt de la Cave à Canon et de l’ouvrage du Châtelard ; mais les abris pour l’infanterie dans les Grands Marais et l’ouvrage de Villaroger ne furent pas terminés lors de la déclaration de guerre.

    Les ouvrages de la ligne Maginot

    Dans les Alpes comme sur la frontière Nord-Est, la ligne Maginot comprenait des casemates d’avant-postes, des petits ouvrages (Annexe 13) et de gros ouvrages multiblocs (Annexes 14, 15 et 16). Ces derniers étaient des ensembles à blocs de combat dispersés et reliés entre eux par une infrastructure souterraine, le tout inspiré des installations des forts de Verdun pendant la Grande Guerre. On rechercha encore les améliorations (ventilation, chauffage, électricité) à apporter aux ouvrages pour maintenir les défenseurs en bonne condition. D’épaisses carapaces de béton armé dont seules les embrasures émergeaient à ciel ouvert, remplaçèrent les anciennes maçonneries apparentes des forts Séré de Rivières. Pour les Alpes, on retint essentiellement des protections d’un mètre et demi à deux mètres d’épaisseur de béton garantissant contre les obus de 150 à 240 mm.

    L’efficacité de la ligne Maginot

    Si, dans les Alpes, le système Séré de Rivières n’a pas eu à montrer sa valeur lors de la Première Guerre mondiale, nous pouvons en revanche nous demander si, en 1940, la ligne Maginot a rempli le rôle que l’on attendait d’elle sur les plans stratégique et tactique. Par sa redoutable présence, on peut penser qu’elle a contribué à retarder l’entrée en guerre de l’Italie. Une chose est certaine : elle a permis d’économiser le maximum de forces au profit de la frontière Nord-Est. Ainsi, de 550 000 hommes en octobre 1939, les effectifs de l’Armée des Alpes furent ramenés à 206 000 hommes en juin 1940, au moment où l’Italie passa à l’attaque. Du 11 juin, début des hostilités, au 25 juin, date de l’armistice, malgré une puissante offensive, les armées italiennes n’établirent le contact avec la position de résistance que dans la vallée de la Tarentaise et s’en approcher seulement dans la région de Menton. Ailleurs, la position des avants-postes ne fut entamée qu’en quelques points, au prix de pertes sévères. En résumé, en Savoie comme dans l’ensemble des Alpes, la fortification permanente de la ligne Maginot a bien rempli son rôle.

    En conclusion, après avoir fermé les grandes poternes : Lyon (1830-1833, complété en 1874) et Grenoble (1874), verrouillé en amont d’elles les portes cochères que sont les débouchés des vallées, telles les places d’Alberville et de Chamousset (1875), on commenca à fermer les guichets d’accès aux hautes vallées elles-mêmes : Modane (1866), Bourg-Saint-Maurice (1890), puis à s’installer à l’extrême limite, c’est à dire sur la ligne des crêtes de la frontière en 1895 et surtout en 1930-1939.
    A noter que le recul des fortifications du plat-pays vers les sommets alpins n’eut lieu que pour le département de la Savoie. Pour celui de la Haute-Savoie qui fut pour l’essentiel compris dans la neutralité helvétique lors du traité de Paris de 1815, aucun ouvrage fortifié ne fut, dès lors, construit. Seuls quelques terrassements furent réalisés pour recevoir des batteries d’artillerie à ciel ouvert au cas ou la nécessité s’en serait fait sentir.

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