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Le patrimoine fortifié des Etats de Savoie
Auteur : Honoré COQUET - Niveau de lecture : Public |
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La défense s'installe jusque sur les cols alpins (fin XIXème-milieu XXème siècle)
En 1860, l'annexion de la Savoie portait la frontière politique de la France sur presque toute la longueur de la ligne des crêtes. Les forts de l'Esseillon devinrent donc Français. Les ouvrages à la Montalembert, aux hautes maçonneries apparentes, épaisses de 2 à 4 mètres, pouvaient, du fait de leur site élevé, résister aux tirs des canons de bronze Gribeauval en usage à l'époque et d'une portée utile de 800 à 1 000 mètres. Après la guerre d'Italie de 1859, la "cuirasse" aurait été d'une efficacité toute relative façe à la nouvelle artillerie rayée qui lançait d'une façon plus précise des projectiles puissants à 3 000 mètres. Aussi une nouvelle génération de fortifications vit-elle le jour lors de la réorganisation de la défense des frontières à laquelle procédèrent la France et l'Italie à la fin de la guerre de 1870.
Le système Séré
de Rivières (fin XIXème-début XXème siècle) Lorganisation passive (1876) La France et lItalie se trouvèrent alors, pour des raisons
différentes, dans des situations analogues face au problème
dorganisation militaire. La France vaincue procèda à
une réorganisation totale de ses forces. LItalie dont lunité
était enfin réalisée grâce à lannexion
de Rome, structura elle aussi son armée. En mai 1874, parut le mémoire Exposé du système
défensif de la France, préparé par le général
Séré de Rivières. Les propositions qui y étaient
contenues avaient fait lobjet des débats du Comité
de Défense au cours dune séance tenue quelques mois
avant : "...Les débouchés des vallées sont partout
formés par de formidables étranglements, aussi faciles à
défendre que difficiles à forcer. Dans ces conditions, pourquoi
confierait-on à des forces actives qui seront bien plus utiles
ailleurs le soin de barrer les débouchés de la Tarentaise
et de la Maurienne alors que lon peut obtenir ce résultat
au moyen douvrages permanents ? ... ". Laugmentation de
portée que donnait lemploi de lartillerie rayée
amena Séré de Rivières et ses successeurs à
adopter un système de forts, assurant la maîtrise des hauteurs
qui dominent les barrages choisis. Trois types douvrages furent retenus :
Les ouvrages de ces places, dites à "forts détachés",
se flanquaient mutuellement. Organisation offensive : création de lArmée des Alpes (1882) Devant les rivalités coloniales de la France et de lItalie,
il fallait renforcer la défense aux frontières. En avril
1882, le Comité de Défense sinquièta pour la
frontière alpine et demanda la construction de fortifications nouvelles.
Cest de cette époque que date la décision de construire
certains ouvrages de surveillance : blockhaus de lAlpettaz, du Laitelet,
des Têtes (Place dAlberville), blockhaus de Sainte-Lucie, du
Crépas (Place de Chamousset). En Maurienne, le tunnel ferroviaire
de Modane amena la construction du fort darrêt du Replaton
(Interdiction) et de louvrage complémentaire du Sapey (Protection)
commandant la sortie du tunnel. Conjointement, la décision fut
prise de construire le fort du Télégraphe, barrant la route
du Galibier au-dessus de Saint-Michel-de-Maurienne. Le 30 juin 1882, le
Conseil Supérieur de la Guerre adopta un ensemble de dispositions
relatives aux troupe alpines. Celles-ci, formées sur la base de
bataillons alpins de chasseurs et flanquées de batteries dartillerie
de montagne, furent stationnées au plus près de la frontière.
Ceci traduisait un esprit offensif. Les relations avec lItalie allaient
toujours en se dégradant : le 15 décembre 1886, lItalie
dénonca le traité de commerce franco-italien et larrivée
de Crispi au pouvoir, en avril 1887, rendit nos relations encore plus
difficiles. Le ministre de la Guerre, Freycinet, finit par obtenir, le
5 novembre 1888, la fortification de Bourg-Saint-Maurice, au débouché
du col du Petit-Saint-Bernard. La construction du blockhaus de la Platte
(Surveillance), du fort du Truc (Protection) et de la batterie de Vulmix
(Interdiction), prit fin en 1891 (Vulmix) et en 1894 (La Platte et Truc). Le retour au défensif (1894-1914) Les Italiens avaient puissamment fortifié leur frontière.
Les succès rapides escomptés précédemment
par le général Berge paraissaient alors aléatoires.
Par ailleurs, les Suisses avaient fortifié le débouché
par le Grand-Saint-Bernard sur le Valais : le verrou de Saint-Maurice
était aménagé dune façon encore plus
complète en 1892. Aussi, le 21 décembre 1893, le Conseil
Supérieur de la Guerre revint, à nouveau, à son idée
: économie maximale des forces sur la frontière alpine au
profit du théâtre principal du Nord-Est. Le principe de la
défensive fut donc retenu et sera désormais sous-jacent
à toutes les démarches intellectuelles du Haut-Commandement. La ligne Maginot en Savoie (deuxième quart du XXème siècle) La réanimation du système alpin (1929-1939) Durant la Première Guerre mondiale qui se déroulait sur
la frontière Nord-Est, on avait retiré larmement de
toutes les places-fortes des Alpes et cessé dentretenir les
ouvrages. Les ouvrages de la ligne Maginot Dans les Alpes comme sur la frontière Nord-Est, la ligne Maginot
comprenait des casemates davant-postes, des petits ouvrages (Annexe
13) et de gros ouvrages multiblocs (Annexes 14,
15 et 16).
Ces derniers étaient des ensembles à blocs de combat dispersés
et reliés entre eux par une infrastructure souterraine, le tout
inspiré des installations des forts de Verdun pendant la Grande
Guerre. On rechercha encore les améliorations (ventilation, chauffage,
électricité) à apporter aux ouvrages pour maintenir
les défenseurs en bonne condition. Dépaisses carapaces
de béton armé dont seules les embrasures émergeaient
à ciel ouvert, remplaçèrent les anciennes maçonneries
apparentes des forts Séré de Rivières. Pour les Alpes,
on retint essentiellement des protections dun mètre et demi
à deux mètres dépaisseur de béton garantissant
contre les obus de 150 à 240 mm. Lefficacité de la ligne Maginot Si, dans les Alpes, le système Séré de Rivières na pas eu à montrer sa valeur lors de la Première Guerre mondiale, nous pouvons en revanche nous demander si, en 1940, la ligne Maginot a rempli le rôle que lon attendait delle sur les plans stratégique et tactique. Par sa redoutable présence, on peut penser quelle a contribué à retarder lentrée en guerre de lItalie. Une chose est certaine : elle a permis déconomiser le maximum de forces au profit de la frontière Nord-Est. Ainsi, de 550 000 hommes en octobre 1939, les effectifs de lArmée des Alpes furent ramenés à 206 000 hommes en juin 1940, au moment où lItalie passa à lattaque. Du 11 juin, début des hostilités, au 25 juin, date de larmistice, malgré une puissante offensive, les armées italiennes nétablirent le contact avec la position de résistance que dans la vallée de la Tarentaise et sen approcher seulement dans la région de Menton. Ailleurs, la position des avants-postes ne fut entamée quen quelques points, au prix de pertes sévères. En résumé, en Savoie comme dans lensemble des Alpes, la fortification permanente de la ligne Maginot a bien rempli son rôle. En conclusion, après avoir fermé les grandes poternes
: Lyon (1830-1833, complété en 1874) et Grenoble (1874),
verrouillé en amont delles les portes cochères que
sont les débouchés des vallées, telles les places
dAlberville et de Chamousset (1875), on commenca à fermer
les guichets daccès aux hautes vallées elles-mêmes
: Modane (1866), Bourg-Saint-Maurice (1890), puis à sinstaller
à lextrême limite, cest à dire sur la ligne
des crêtes de la frontière en 1895 et surtout en 1930-1939. |
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