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VAUDOIS ET PROTESTANTS DANS LES ETATS DE SAVOIE-PIEMONT DU XVI° AU XVIII° SIECLE
Auteur : F.MEYER - Niveau de lecture : Scientifique |
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Les Vaudois du Piémont I Flux et reflux de la
Réforme (1530-1630) 2.Les Vaudois du Piémont (document
1) : ·
Originaire de Lyon avec Pierre
Vaudès, le Valdéisme est la première hérésie à survivre depuis la fin
du XII° siècle, fondée sur la prédication et la pauvreté, ainsi que sur
la place essentielle accordée à l’Evangile. Il avait gagné la Lombardie
et les vallées piémontaises dès le XIII° siècle.Passés maîtres dans la
clandestinité, ruralisés alors que toute réforme ne peut venir que des
villes, les vaudois avaient pu ainsi traverser les siècles et résister
à l’inquisition.La prédication était depuis le XIV° siècle réservée aux
responsables de la communauté, les Barbes, qui étaient seuls astreints
à une vraie pauvreté. Fondus dans un univers catholique, on peut repérer
les vaudois par leur quadruple refus du mensonge, du serment, de la croyance
au purgatoire et de la confession. Ils partagent l’idée qu’un sacrement
n’est valable qu’administré par un saint prêtre (Gabriel Audisio).La répression
du XV° siècle avait réduit la place des vaudois dans les plaines, mais
pas dans les zones montagneuses du Val Chisone, du Val Germanasca et du
Val Pellice. ·
La nouveauté vient du début du
XVI° siècle avec les contacts que les vaudois nouent avec les premiers
réformés. On connaît le cas de deux prédicateurs vaudois, Georges Morel
et Pierre Masson, envoyés auprès d’Oecolampade à Bâle et de Bucer à Strasbourg,
pour s’expliquer sur les raisons de leur survivance malgré la répression
grâce à la dissimulation, mais aussi pour s’informer sur la Réforme naissante.
Leur forte identité-expliquent les envoyés vaudois, évoquant « nous
ministres, notre peuple »-a été maintenue malgré les persécutions.
Même si leur prédication a dû se réduire à des visites effectuées par
les barbes auprès de familles-amies, la fidélité à un idéal de pauvreté
se marque par des dots plus faibles, à égalité de fortune, ou des legs
testamentaires qui privilégient les dons aux pauvres et non les églises.
La forte endogamie des vaudois est notée dans le Luberon au milieu du
XVI° siècle par Louis de Perussis. Les prédicateurs sont en fait devenus
au XVI° siècle un véritable ordre de frères (et de sœurs) mendiants, fondé
sur la virginité, la pratique de la lecture en français (alors que l’environnement
est rural et analphabète) et de la prédication en langue romane ou piémontaise.Ils
vivent d’une sorte de taille qu’ils lêvent sur les fidèles. Chaque année,
nous dit le barbe Griot interrogé à Avignon en 1532, les barbes se réunissent
en Piémont (en 1532 justement à Le Serre, en Val Luserne).On repère leur
passage en Savoie, à Chambéry, en Maurienne sur la route de l’Auvergne
à l’Italie, ou de la Provence au Piémont (Griot était du Val Pragelas). ·
Dès 1523, Luther avait écrit au
duc de Savoie pour lui demander de protéger les vaudois.Les premiers contacts
sérieux dateraient de 1526 au synode de Laux (en Val Chisone), où 140
barbes décidèrent d’envoyer Guido de Calabre et Martin d’Angrogne en Suisse
et en Allemagne pour s’informer sur la Réforme naissante et se procurer
des livres.Les 3 bases de la Réformation (la justification par la foi,
le sacerdoce universel, l’infaillibilité de la seule Bible) avaient de
quoi séduire les vaudois.Pourtant les échanges (en latin) ont dû être
difficiles entre des réformateurs fabriqués au moule urbain et des barbes
ruraux (voir le dossier de Morel, déposé à Dublin, et publié par V.Vinay
à Turin en 1975).Faisaient difficulté la notion de libre-arbitre et la
transubstantiation, auxquelles les vaudois étaient très attachés (document
1). Oecolampade et Bucer durent également convaincre de l’inutilité des
œuvres dans le Salut.A Le Serre (ou Chanforan) le 12 avril 1532, c’est
Farel lui-même qui défendit les idées réformées.28 articles furent
rédigés, évoquant la position pure et dure de Farel : croire
au libre-arbitre, c’est nier la prédestination et la grâce de Dieu.Malgré
leurs réticences, les barbes (seuls votants sans doute) acceptèrent de
s’unir à la Réforme.Les vaudois renonçaient à tout : il leur fallut
accepter le serment, les livres de Paul dans le Nouveau Testament, alors
qu’ils mettaient l’accent sur Mathieu et Jean, renoncer à la confession
et à la virginité consacrée.On peut s’étonner du faible niveau de résistance
(on connaît une démarche auprès des vaudois tchèques pour un arbitrage,
qui n’aboutit pas).Le dynamisme des nouveaux Réformés l’emporta-t-il sur
la tradition vaudoise ? L’essentiel est que la Suisse francophone,
et calviniste bientôt, imposait son modèle. ·
Une autre décision d’importance
fut prise à Chanforan, celle d’imprimer une bible pour les vaudois. Non
pas à partir de la Vulgate, catholique, mais des textes hébreux et grecs
pour établir une version bilingue français/ latin.C’était donc rompre
également avec la langue romane.L’édition de Pierre Robert, dit Olivétan,
de Neufchâtel en 1535, se présente comme un gros in folio, bien difficile
à dissimuler à l’inverse des petits manuscrits que les barbes avaient
l’habitude de transporter.Les vaudois perdaient bien toute spécificité.
Ils durent même payer les frais de cette bible, 800 écus, l’équivalent
de 20 ans de salaire d’un ouvrier. Les années qui suivirent sont celles de
la mise en place de la Réforme.On connaît très mal les réactions locales.Jusqu’en
1560 les vaudois provençaux restent fidèles à leurs traditions (mariages
chez des catholiques, legs dans les testaments). Qu’en est-il en Piémont ?
En 1556 les réformés (on ne peut plus maintenant légitimement parler de
vaudois) présentent au Parlement à Turin, qui interdit le culte, une profession
de foi (rédigée par Calvin ?) toute protestante.En 1558 nait une
organisation presbytéro-synodale.Les « Pauvres de Lyon », ainsi
qu’on les appelait au XII° siècle, étaient bien devenus des protestants.
En plus du dynamisme suisse et de la volonté des barbes pour expliquer
cette mutation, sans doute faut-il évoquer également l’incompréhension
et le désintérêt de l’Eglise catholique qui ne sut pas trier entre vaudois
et protestants et qui facilita leur rapprochement (G.Audisio). |
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