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VAUDOIS ET PROTESTANTS DANS LES ETATS DE SAVOIE-PIEMONT DU XVI° AU XVIII° SIECLE
Auteur : F.MEYER - Niveau de lecture : Scientifique |
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Une coexistence religieuse difficile, mais réelle II Les aleas de la politique du prince
(1630-1730) Peut-on dire que la Réforme protestante
a disparu du Chablais en 1622 grâce à François de Sales, et qu’au
XVII° siècle seules les vallées vaudoises témoigneraient encore de la
foi calviniste dans les Etats de Savoie ? Des travaux récents révèlent
une situation plus complexe.Surtout les périodes de relative tolérance
alternent avec la plus sanglante répression. 1.
Une coexistence religieuse difficile,
mais réelle (1630-1665) ·
Le quasi protectorat français sur
la Savoie après 1630 va transformer une relative protection des protestants
par les princes français en menace lorsque la tonalité religieuse va changer
à Paris : Louis XIII et Richelieu luttent dorénavant contre le « parti
protestant » et la prise de La Rochelle et l’édit de grâce d’Alès
(1629) suppriment les places de sûreté accordées par l’édit de Nantes.Depuis
1627, le roi de France a fait du rétablissement du catholicisme dans le
Val Pragelas une priorité, s’il le faut par la force.Le traité de Cherasco
(1631) cède à la France Pignerol et le Haut Val Chisone. Les vaudois,
qui ont compris le danger, cherchent à se faire oublier, mais « l’extraordinaire
obstination des barbets » (Guichenon) à résister aux prédications
des jésuites et des franciscains incite la régente Christine (1637-1663),
la sœur de Louis XIII, à la fermeté malgré la guerre civile en Piémont.L’asile
montagneux n’en est plus un, d’autant plus que les difficultés du temps
(pestes, disettes) poussaient de nombreux vaudois à émigrer dans les plaines,
et les incidents se multiplient. ·
Les protestants de la région genevoise à cette époque sont mieux connus
depuis le récent mémoire de maîtrise de Fabienne Clerc (Chambéry,1998).L’ampleur
des conversions (au catholicisme comme au protestantisme) de 1622 à 1662
montre que la notion de « frontière de Catholicité » reste
vive et qu’il y a encore de la place pour une forme de liberté de choix,
ou d’hésitations dans ces régions religieusement disputées, car des va-et-vient
sont possibles.On repère 89 cas de conversion au catholicisme (2,22 /
an), mais 127 au calvinisme (3,17 / an) sur une zone s’étendant des terres
de Saint-Victor et Chapitre (dépendantes de Genève ; voir document
6) aux bailliages de Ternier et Gaillard et aux confins du Léman jusqu’à
la Dranse (dépendants de la Savoie). De nombreux mariages mixtes (ou « bigarrés »)
imposés par la cohabitation des deux communautés poussent aux conversions,
malgré la fureur des religieux catholiques ou de la compagnie des pasteurs
de Genève.Les conversions diminuent lorsque le missionnaire ou le pasteur
sont là ; mais en « années creuses », sans encadrement
de l’un ou de l’autre, elles augmentent.La reconquête catholique est donc
fragile, ce qui ne permet pas une politique aussi répressive qu’en France.
Au quotidien s’installe une tolérance de fait, non pensée, non voulue
par des autorités qui n’ont rien de tolérant, à l’intérieur même des communautés.Des
plaintes sont transmises au consistoire de Genève pour dénoncer des protestants
qui assistent à la messe de l’évêque d’Annecy dans le pays de Gex (1665).
De jeunes calvinistes de Chêne vont assister à la messe de minuit. Un
paysan catholique de Valleiry, malade, demande la visite du pasteur.Deux
réformés font une donation aux jésuites d’Ornex « en considérant
de la grande affection qu’ils portent aux pères de la mission de la propagation
de la foi catholique » (1671).Au delà du conflit confessionnel, persiste
une culture populaire commune aux populations rurales, qui peut aller
jusqu’à un amalgame, un syncrétisme dénoncé aussi bien par Genève que
par Annecy.Les travaux d’E.Labrousse pour les protestants d’Aquitaine
ou de B.Heyberger pour les chrétiens de Terre Sainte ont montré la banalité
de telles attitudes de coexistence dédramatisée avec « l’autre »,
surtout aux moments difficiles de la vie (maladie, mort).Une protestante
de Cartigny en 1625 (sur Saint-Victor) a une fille malade : elle
pousse son mari à aller faire une offrande à saint Alban à Bernex ;
il refuse en bon calviniste, parlant de « superstition ». La
mère fait donc parvenir à Bernex un béguin et une chemise de sa fille
« qu’elle fit tourner sur l’autel et donna six sols ». Sa fille
guérit : pas de doute, saint Alban l’a exaucée.La compagnie des pasteurs
lui interdit alors la cêne ! Un « papiste malade » demande
au ministre de Jussy « d’être recommandé aux prières publiques »
en 1643. La compagnie des pasteurs accepte comme un geste de reconnaissance
de l’Eglise réformée.Le protestantisme a donc bien survécu en Chablais
au XVII° siècle, et non pas seulement dans les vallées vaudoises.Cela
s’explique aisément par la nécessité des liens économiques et humains
entre la Savoie et Genève.La cité de Calvin s’inquiète même de la forte
immigration catholique venue de Savoie (une trentaine de personnes par
an de 1622 à 1662) qui risque-à terme-de renverser pacifiquement la majorité
religieuse de la ville, et parle de « seuil de saturation ». ·
Un acteur important du durcissement
de l’attitude des ducs de Savoie vis-à-vis des protestants est le juge-mage,
sorte de bailli.Sur les registres du consistoire, la première intervention
contre des religionnaires de celui de Saint-Julien (Savoie) date de 1633 :
ils se sont réfugiés sur Chapitre (Genève) et la Savoie menace d’un coup
de main.Le juge-mage recense les noms de ceux qui vont au prêche à Bossey
(en Savoie, mais le culte s’y maintient jusqu’au XVIII° siècle) et cherche
à les intimider.Il somme le pasteur de lui fournir les livres des baptêmes
(protestants), espérant qu’il ne le pourra pas, ce qui prouverait la nouveauté
du culte réformé : ainsi il pourrait imposer le catholicisme à la
population ! Il n’hésite pas à faire emprisonner des calvinistes.
Un officier de Lancy en fait l’expérience en juin 1643, refuse d’abjurer,
et se voit condamné à 138 florins d’amende.Parfois la compagnie des pasteurs
elle-même réglait les amendes.Mais elle se plaignait aussi au duc des
abus de pouvoir de ses serviteurs sur des terres contestées (Saint Victor
et Chapitre), mais où d’après le traité de Saint-Julien de 1603 le culte
protestant était autorisé. |
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