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VAUDOIS ET PROTESTANTS DANS LES ETATS DE SAVOIE-PIEMONT DU XVI° AU XVIII° SIECLE
Auteur : F.MEYER - Niveau de lecture : Scientifique |
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Le choix de la répression (1655-1686) II Les aleas de la politique du prince
(1630-1730) 2.Le choix de la répression (1655-1686) ·
De plus en plus la politique générale de la Savoie est dictée par la France.Le
grignotage des libertés protestantes par Louis XIV, le succès des conversions
après 1650, mais également les guerres et la montée d’un « absolutisme
piémontais » sur le modèle français créèrent une ambiance lourde
et propice à l’uniformisation.L’expérience anglaise de Cromwell et l’exécution
de Charles I (1649) inquiétèrent tous les souverains catholiques.En avril
1655, les vaudois subissent des dragonnades. A Pâques, 40000 soldats,
renforcés par les milices communales et commandés par le marquis de Pianezza,
sont lancés tels des croisés sur les vallées vaudoises. Parmi eux, des
réfugiés irlandais qui avaient subi chez eux les persécutions de Cromwell.
L’occupation tourne rapidement au massacre au Pra-du-Tour, à Villar, à
Bobbi, à Rora, à Prali : ce sont les « Pâques piémontaises ».
La résignation semble l’emporter chez les vaudois sur la volonté de résistance,
contrairement au siècle précédent : fatalisme, affaiblissement par
l’émigration, désillusion sur le soutien de Genève ? Le 3 mai Pianezza
célèbrait sa victoire sur ces « hérétiques…simples bergers idiots…faux
monnayeurs, apostats et sorciers » (Guichenon). Le gouverneur français
de Pignerol, pourtant peu favorable aux protestants, alla jusqu’à accueillir
les réfugiés dans le Val Pragelas. Sur place et bien tardivement un héros
populaire, Josué Janavel, appela à la résistance. Il y a dans cet
aspect tardif une des faiblesses historiques des vaudois, celle de ne
pas disposer d’élites suffisantes. Mais ce n’est qu’un feu de paille.
Le 10 mai 1655, le Val Germanasca tombe, Janavel doit s’exiler,
ainsi que le « modérateur » (responsable) Jean Léger,
auteur d’une Histoire générale des Eglises évangéliques des vallées
du Piémont ou vaudoises (Leyde, 1669). A Turin, 40 vaudois
et 2 pasteurs abjurent solennellement. Dans les vallées, le culte est
supprimé. Mais les vaudois vont être sauvés par la communauté internationale
protestante, en premier lieu anglaise.Cromwell décrète un jeûne national
en l’honneur des martyrs, Milton écrit son sonnet sur Bloody Easter
(« venge, ô Dieu, tes élus massacrés »). Le Danemark, la Hollande,
Berne, Genève protestent et un flot de pamphlets et d’estampes anti-savoyardes
envahit l’Europe. Londres envoie à Turin un ambassadeur extraordinaire,
sir Samuel Morland, auteur de The History of the Evangelical Churches
of the valleys of Piedmont (Londres,1655).La France s’en mêle ensuite.
Mazarin s’émeut de ce tapage, qui touche ses alliés protestants, surtout
lorsque la résistance locale reprend des forces avec Janavel et
des officiers huguenots français. Le comte de Marolles néanmoins continuent
ses exactions sur place, Janavel est blessé, son lieutenant Jahier
tué.Le 26 juillet 1655, les Vaudois brûlent le couvent de La Tour. L’ambassadeur
de France à Turin pousse à la paix.Le jeune duc Charles-Emmanuel II
accorde alors des « patentes de grâce » et un pardon général.
Janavel, qui veut continuer le combat, est désavoué.Les négociations
se déroulent à Turin de décembre 1663 à janvier 1664, sous l’arbitrage
de députés suisses. En février 1664 le duc accorde de nouvelles patentes.
Les chefs vaudois sont exilés (Léger à Leyde, Janavel à
Genève où il publie ses Instructions militaires en 1688), le culte
réformé interdit à Saint-Jean. Le synode vaudois doit accepter la présence
d’un représentant du duc, qui place ainsi les vallées sous haute surveillance
(G.Audisio). ·
Dans le pays de Gex français, l’édit
de Nantes est suspendu dès 1662. L’intendant de Bourgogne, Bouchu, vient
y organiser la démolition des temples. Seuls ceux de Ferney et de Sergy
vont survivre jusqu’en 1685. Le résident français à Genève, Chaurigny,
fait ostensiblement dire la messe catholique dans sa chapelle privée dès
1679. Jean Arenthon d’Alex, évêque d’Annecy, obtient en 1682 que le culte
soit supprimé à Moëns, qui dépend au temporel de Chapitre (Genève), mais
au spirituel de la France. Dans le Val Pragelas et en Dauphiné, la France
réduit progressivement depuis 1664 les libertés protestantes (suppression
des Chambres de l’Edit,obligation des dîmes et paiement des maîtres d’école
catholiques,restriction du culte, etc.). Les protestants de Savoie savent
que les temps difficiles approchent. En 1681, Louis XIV occupe la forteresse
de Casal, pendant de Pignerol à l’Est du Piémont. En 1684 le jeune Victor-Amédée
II épouse Marie d’Orléans, nièce de Louis XIV.En 1685, après l’édit
de Fontainebleau qui révoque l’édit de Nantes, de nombreux huguenots français
fuient vers Genève par la Savoie.Louis XIV exige que le duc les arrête.Victor-Amédée
hésite devant des mesures trop coercitives. Dès janvier 1686, on en arrête
à Aiguebellette. 250 huguenots de l’Oisans sont néanmoins arrêtés en Maurienne
en mai 1686 et livrés aux Français ; trois seront exécutés.D’autres
sont arrêtés à Chapareillan en 1687. Genève même craint alors pour son
indépendance. Pourtant des conversions au protestantisme se poursuivent
jusqu’en 1686 dans les bailliages (F.Clerc).Mais le duc de Savoie préfère
céder à la pression française et à la menace des dragons de Catinat
à la frontière : le 31 janvier 1686, il interdit le protestantisme
dans ses Etats.Cette fois-ci, en Europe, personne n’ose critiquer la Savoie.
Faut-il résister ? se demandent les réformés. Genève conseille l’exil.
Mais sur place le pasteur Henri Arnaud,du Diois, exaltant le passé
vaudois, les prophéties de l’Apocalypse, enflamment les esprits et dès
mars 1686 pousse à la révolte .Faut-il y voir un effet d’une vague de
prophétisme comme ce sera le cas en 1704 en Cévennes lors de la guerre
des Camisards ? En avril-mai 1686, les troupes franco-savoyardes
dirigées par Catinat et Gabriel de Savoie écrasent les vaudois et font
peut-être 2000 morts et 8500 prisonniers. Que faire des récalcitrans ?
Un premier édit ducal (9 avril 1686) envisage le bannissement, mais les
vaudois refusent de partir. Un deuxième (janvier 1687) est obtenu grâce
à une médiation suisse : 2700 personnes (moins les pasteurs) sont
autorisées à passer en Suisse, et de là à gagner l’Allemagne ou l’Ecosse.
Assimilée à une nouvelle « sortie d’Egypte », cette expédition
par le Val Suse et le Mont Cenis permet à 2490 personnes sous la conduite
d’Henri Arnaud, d’atteindre Genève (G.Audisio), puis de là d’autres
refuges. |
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