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Les Russes d'Ugine et l'église
orthodoxe Saint-Nicolas
Auteur : Bruno GIRAUDY - Niveau de lecture : Public |
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De 1923 à 1931, 2000 russes viennent à Ugine en Savoie travailler aux aciéries. Ils sont à l'origine de l'église orthodoxe Saint-Nicolas à l'entrée des Gorges de l'Arly.
Le 13 septembre 1923, Ivan Tistchenko, un cosaque de la stanitsa d’Ouroubskaïa au Kouban, arrive sur le quai de la gare d’Ugine en Savoie. Il a vingt-quatre ans. Il ne sait pas que 2500 autres Russes vont le suivre. Il ne sait pas qu’il va travailler aux aciéries d’Ugine jusqu’à sa retraite, s’y marier trois fois et mourir en 1990 à l’age de 91 ans. Il s’est enrôlé dans l’armée des cosaques du Kouban puis rejoindra l’armée blanche et la suivra dans sa retraite en Crimée. Il s’embarquera entre le 31 octobre et le 3 novembre 1920 à Théodossia et avec ses 145 000 compagnons de l’armée Wrangel, il gagnera Gallipoli dans l’attente d’une reconquête de la Russie. L’histoire en décidera autrement et les émigrés vont essaimer vers l’Europe, notamment la Bulgarie et l’Estonie où ils retrouveront d’autres Russes réfugiés venant du Nord, Moscou, Saint-Pétersbourg ou Pskov. Pendant plusieurs années, ils vont survivre comme ils peuvent, certains sont bûcherons, d’autres mineurs ou récolteurs de tourbe. Certains vont fonder une famille, d’autres poursuivre leurs études. Leur vie est le plus souvent misérable. A la même époque, dans les Alpes, plusieurs entreprises cherchent de la main d’œuvre pour leurs usines. La grande saignée de la première guerre mondiale les oblige à recruter à l’étranger. L’existence de nombreux Russes vivant dans des conditions difficiles en Europe de l’Est les incite à ouvrir des bureaux de recrutement à Sofia en Bulgarie et à Tallin en Estonie. C’est ainsi que de 1923 à 1931, 2000 hommes russes vont venir à Ugine en Savoie où les Aciéries vont leur fournir un contrat de travail, un logement et l’occasion de commencer une nouvelle vie dans une nouvelle patrie. La plupart d’entre eux sont des militaires dont une très grande proportion d’officiers. Tous, du général au cosaque, vont débuter comme manœuvres et ils s’acquitteront avec courage et discipline de leur nouveau métier dans des conditions matérielles difficiles. Ils nourrissent l’espoir de repartir bientôt se battre contre un régime qui ne devrait pas durer et ils vont former une communauté vivante et très présente à Ugine. Très vite sont créés une école pour enseigner le russe aux enfants, un cercle, une bibliothèque, une école de musique et de danse, un orchestre, une troupe de théâtre. Mais avant tout, les Russes demandent à la direction de l’usine un local pour installer une église.
Le premier prêtre permanent de la paroisse russe
de l’église Saint Nicolas d’Ugine s’appelait Alexis Medvedkov.
Il avait été martyrisé par les bolcheviks avant de
pouvoir rejoindre l’Estonie et, plus tard la France. Il a vécu
très modestement et très pieusement comme prêtre de
la paroisse d’Ugine de 1930 à 1934. Il est mort d’un cancer généralisé
le 22 août 1934. Vingt deux ans plus tard, lors du déplacement
du cimetière d’Ugine, son corps a été exhumé
absolument intact. Il a alors été transféré
dans la Crypte de l’église du cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.
Il a été canonisé en janvier 2004 par le patriarcat
de Constantinople. Il repose définitivement depuis novembre 2004
au monastère Notre-Dame de Toute Protection à Bussy-en-Othe.
Il est vénéré sous le nom de Saint Alexis d’Ugine.
En 2000, cette église, dernier vestige de la présence de cette communauté russe qui a marqué l’histoire de la ville d’Ugine, menaçait ruine. L’intérieur de l’église a été miraculeusement conservé jusqu’à nos jours mais le bâtiment était tellement délabré que sa survie était menacée et, avec elle, la mémoire des Russes d’Ugine. Grâce à la mobilisation de personnes attachées à la sauvegarde de ce patrimoine unique en France, une association " la communauté russe et Ugine "(1) a été crée en septembre 2001 pour restaurer l’église et, au delà, écrire l’histoire de cette communauté.
L’émouvante histoire de cette communauté est racontée dans un ouvrage qui vient de paraître : " Les Russes d’Ugine et l’église orthodoxe Saint-Nicolas "(21). La vente de ce livre permet d’achever les travaux de restauration de l’église En outre, en exploitant les archives de la paroisse, de la ville et de l’usine, il a été possible de retrouver les noms, filiation, mariage, date et lieu de naissance, date d’arrivée et de départ éventuel etc. des 2100 Russes nés hors de France et venus à Ugine. Ces données sont disponibles sur le fichier des Russes d’Ugine.
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