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1792-1799 : LA REVOLUTION EN SAVOIE
Auteur : Mr Palluel - Niveau de lecture : Public |
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LES DEUX CAMPS ENNEMIS LES DEUX CAMPS
ENNEMIS, VICTIMES ET PROFITEURS DE LA REVOLUTION.
LA MISERE DE
LA SAVOIE. Pëndant trop longtemps, on na considéré ici la Révolution que comme
une source générale dappauvrissement et dinutiles divisions. Certes la Maison
de Savoie semblait bien oubliée , en décembre 1798 le faible Charles-Emmanuel
IV* et la famille royale étaient poussés à lexil sans que cela ne
suscite aucune émotion, on navait pas revu ici les princes depuis une
vingtaine dannées et on navait guère apprécié leur apparente indifférence au
sort de la Savoie. Lémigration saisonnière sétait arrêtée depuis 1789 privant
le pays dune source importante de revenus, perte aggravée encore par le déclin
du commerce transalpin du fait de la guerre et par la ruine des activités
minières ( la mine de plomb argentifère de Peisey* était même abandonnée). Certes les
récoltes des années 90 furent assez bonnes pour que lon évitât les disettes
mais .il ny avait pas là de quoi compenser les pertes engendrées par les
troubles économiques. LES EMIGRES.
Le clergé et la noblesse furent bien entendu les premières et principales
victimes. Une bonne partie de la noblesse avait émigré dès septembre 1792 aussi
bien à Genève*
quà Lausanne*
et bien entendu à Aoste* ou à Turin*. Etait-ce dailleurs
une émigration que de sinstaller dans lautre partie du royaume chez des
parents et amis ? Bien sûr ceux qui avaient des fonctions à la cour, dans les
ministères ou dans larmée ne perdaient rien mais les autres ? dautant que
progressivement les soutiens saffaiblirent. Dès 1796, les Genevois et les
Vaudois poussaient les réfugiés à séloigner ailleurs et les Piémontais, même
sans pression française, se révélaient de moins en moins coopératifs, enfin le
virage à gauche du Piémont en 1799 chassa bien des émigrés vers lAutriche et
même la Russie au moment même où dautres désespérés envisageaient de revenir
au pays. LE DECLIN DE
LA NOBLESSE. En fait peu de familles complètes avaient émigré, généralement les
hommes partirent laissant les épouses, les mères, les sœurs et les filles se
débrouiller avec les jacobins, les fonctionnaires et les
"réquisiteurs" locaux pour au mieux empêcher les confiscations ou en pire rattraper les ventes. La noblesse
ne se remit jamais dune telle épreuve, on peut estimer à 50% la perte de sa
fortune mais il faut aussi compter avec la chute de la natalité, le
vieillissement des personnes et la disparition irrémédiable dun quart environ
des familles. LEGLISE
CATHOLIQUE. Même catastrophe dans le clergé, petit à petit les opposants à la
constitution civile du clergé et à la Révolution elle-même se multiplièrent,
une bonne partie émigrèrent, les autres se cachèrent, la plupart réapparaissant
dès la fin de 1794. Lépiscopat avait disparu, ne laissant en vie et en
activité que Mgr Paget dAnnecy-Genève, Au delà de quelques compromissions, on
nota surtout lintransigeance et lactivité de réfractaires irréductibles tels
les chanoines Bigex,, de Maistre, de Thiollaz et Martinet. dont la première
victoire fut en 1796 le rattrapage de Mgr Panisset* évèque constitutionnel du
Mont-Blanc emmené à Lausanne pour se rétracter publiquement. Quelques prêtres furent
exécutés pendant la première terreur et une centaine condamnés à la mort lente
des pontons en 1797-98, mais le plus frappant est cependant la généralisation
dun esprit dintransigeance qui accéléra la différence entre les figures de
lAncien Régime et celles qui apparaîtront plus tard. Le clergé sortait de la
Révolution affaibli matériellement mais renforcé dans sa foi et dans une
opposition désormais irréductible à
toute idée e changement social. LA NOUVELLE
BOURGEOISIE. Finalement qui profita de la Révolution ? ici comme ailleurs la
bourgeoisie simposa aussi bien dans laccaparement des biens nationaux que
dans celui des charges militaires ou administratives. Jean Nicolas a bien
montré les ambitions des bourgeois annéciens qui surent sappuyer aussi sur de
solides réalisations industrielles ( de métallurgie, de textile, verreries).
Tous nétaient pas –il sen fallait de beaucoup- des jacobins forcenés et
extrémistes au contraire, mais en fait il nétait pas question pour eux de
revenir en rien à lAncien Régime et leur plus grand souci fut justement de ne
plus se voir menacé dorénavant par une nouvelle révolution. Certes cela
entraîna une durable rupture de fait avec les nobles et accessoirement avec le
clergé, division qui explique sans doute la faiblesse de la région au XIX°
siècle, car une élite déjà réduite et qui plus est, divisée ne pouvait donner
beaucoup de possibilités et de chances de modernisation. Il nempêche: les
jacobins savoyards ne furent pas des entités abstraites et inutiles. Peu furent
extrêmistes, mais ils nen réussirent pas moins à semparer du pouvoir local (
que les familles converties à la modération et au conservatisme conservèrent
pendant un siècle et demi), plus passionnés de discours que de vraie politique
et plus intéressés par leurs intérêts (en particulier de propriétés foncières) que dindustries et douvertures LE PEUPLE. En
dépit de sa discrétion, lévolution du peuple savoyard nen fut pas moins
fondamentale. Bien sûr, on ne pouvait quêtre frappé au départ des gênes
engendrées par la Révolution: arrêt de lémigration, fermetures et
anéantissement des œuvres de charité, déclin économique, accroissement des
querelles villageoises et désarroi devant la liquidation des institutions
paroissiales mais en fait il fallait tenir compte de la suspension du rachat
des droits féodaux et de la disparition
des taxes ecclésiastiques, qui permirent une évidente réduction fiscale, ce qui
avec le rétablissement des bonnes récoltes
facilita un évident enrichissement des campagnes plus global que général
car bien entendu seule une minorité en profita pleinement. Il nempêche que
quoi quils veuillent bien en dire, les paysans savoyards nentendirent plus
ensuite revenir sur les acquis de la Révolution, ce qui causera bien des surprises
un siècle après. |
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