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LA SAVOIE SOUS LE PREMIER EMPIRE
Auteur : André PALLUEL-GUILLARD - Niveau de lecture : Public |
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LE REGIME NAPOLENIEN Durant 14 ans la Savoie participe à la grande France et à laventure napoléonienne, jamais elle navait disposé dautant de moyens humains et même financiers, jamais elle navait eu autant de relations avec ses voisins, jamais les Savoyards navaient un telle occasion délargir leurs horizons et leurs mentalités. Ont-ils su, ont-ils pu en profiter ? période calme ( on est loin de linstabilité de la Révolution), période fructueuse qui voit la Savoie reprendre souffle et connaître un véritable essor économique et même intellectuel.
LE REGIME NAPOLENIEN
LE SYSTEME NAPOLEONIEN Le régime consulaire installa ici comme ailleurs, à la fois sans difficulté apparente et sans retard, des institutions parfaitement inconnues ici mais néanmoins fort utiles. On eut dabord un système préfectoral bien au point avec une série de préfets intelligents, intéressés, soucieux à la fois de lefficacité locale du gouvernement mais aussi de lintérêt de leurs administrés) aidés par de bons sous-préfets
Lexpérience aidant, le système ne cessa de saméliorer (surtout pour la levée des impôts et la conscription). Dun autre côté, le Mont-Blanc fut bien mieux géré que le Léman gêné par les oppositions entre ses trois communautés humaines savoyarde, genevoise et gessienne: cest ainsi que le Mont-Blanc bénéficia de deux excellentes études statistiques (des préfets Sausay* et Verneilh*) alors que le Léman ne put jamais disposer que de celle toute privée et toute déformée du savant Sismondi. Les sous-préfets du Mont-Blanc restèrent en fonction beaucoup plus longtemps que leurs collègues du nord et les enquêtes venant de Chambéry donnèrent toujours plus de satisfaction aux ministres que celles envoyées depuis Genève.
Ni la Savoie, ni surtout Genève navaient lhabitude dun tel système, il fut encouragé néanmoins ici par la faiblesse de lélite savoyarde qui ne sut ni ne put fournir une résistance ( à la différence de Genève* beaucoup plus habituée à lautogestion avec une bourgeoisie particulièrement bien instruite et consciente delle-même). On eut dailleurs toujours beaucoup de mal en Savoie à organiser les institutions locales ( tribunaux, maires, conseils de communes, darrondissements ou même généraux de département) tellement il fut difficile de trouver assez de candidats bien disposés et compétents doù la nécessité déviter trop dépurations et même de démissions en gardant les personnes en place même si imparfaites.
CONTRAINTES ET EFFICACITE. Les difficultés avaient été importantes au début du régime car il avait fallu alors écarter en même temps des royalistes et des jacobins trop compromis et trop dangereux alors quil fallait tenir compte de toute une jeunesse privée denseignement secondaire et supérieur depuis près dune dizaine dannées. Heureusement les années passant, on put profiter dune seconde génération dadministrateurs plus oublieuse du passé et plus instruite donc plus compétente (ainsi les préfets Finot et Capelle) mais il était alors presque tôt tard pour que le régime put en bénéficier pleinement.
Tout ne fut pas facile cependant: la conscription fut ici, comme ailleurs, fort impopulaire. Aussi bien les Genevois qui en avaient été épargnés jusquà la troisième coalition en 1803 que les Savoyards dautant plus hostiles que cela gênait les travaux agricoles, tous essayèrent de corrompre les autorités civiles et militaires, déchapper aux appels en se mutilant ou en fuyant dans les bois et les montagnes, et si lon ny arrivait pas, il était toujours temps de quitter les convois et de déserter. En Savoie, le nombre des exemptés , des handicapés et des malades était tel que les conscrits "bons pour le service" navaient guère de chance ni de possibilités pour tirer de "bons numéros" tout comme les Genevois qui avaient fort peu de motifs dexemption, ce qui leur donnait le triste privilège déquilibrer la faible conscription des Savoyards. On peut estimer à environ 35.000 le nombre des jeunes gens levés dans les deux départements de 1799 à 1814, ce qui était peut-être moins quailleurs mais cependant fort contraignant. On peut estimer quune forte proportion de soldats variant de 33 à 50% ne revint pas, perte énorme dont on ne retrouva léquivalent que durant la première guerre mondiale mais sans autant frapper lopinion du fait de la forte croissance naturelle de lépoque et dune résignation plus grande devant la mort.
Durant le même temps, si lon pouvait se réjouir de la disparition des impôts ecclésiastiques et des droits féodaux de lAncien régime, et si lon pouvait encore se féliciter de la stabilité ou même de la légère diminution de la taille foncière, on ne cessait de déplorer laccroissement continu des impôts indirects (auxquels personne ne pouvait échapper !) ou même des centimes additionnels ( environ 30% du total des contributions directes) , dautant que les conseils locaux de département, darrondissements ou de communes avaient de moins en moins de possibilités même pour protester, enfin à Genève on appréciait peu les patentes tout comme les propriétaires terriens sinquiétaient de la nouvelle cadastration des terres ( effectuées seulement en fait dans la campagne genevoise et dans la combe de Savoie)
Les fraudes et les réticences en tous genres ne manquaient pas, néanmoins on ne peut que sémerveiller devant lefficacité dun système qui avait si peu de possibilités humaines, une trentaine de gendarmes dans chaque département et autant de secrétaires autour du préfet et de ses sous-préfets, tous accablés par des territoires trop grands à gérer, des populations que lon ne pouvait trop punir sans les réduire à la misère ou à les provoquer à la violence et de que dire des ministres tatillons demandant sans cesse des rapports et des réponses à des questionnaires tatillons et à la finalité incertaine ?
Cependant ici comme ailleurs, lordre régna. Bien sûr les salons et les clubs genevois bruissaient des commérages et des critiques sources du patriciat local, mais excepté quelques troubles en 1800-1801 puis en 1813, lopposition resta individuelle incapable de se pérenniser ou de sétendre dautant que les intellectuels et savants locaux étaient tous partisans du régime et que le ravitaillement étant assuré, le peuple navait aucun motif de soulèvement. |
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