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LA SAVOIE SOUS LE PREMIER EMPIRE
Auteur : André PALLUEL-GUILLARD - Niveau de lecture : Public |
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LOEUVRE NAPOLEONIENNE
La puissance
du gouvernement parisien donna des moyens inégalés aux autorités locales, doù
le sentiment dune efficacité et dune possibilité accrue, ce qui fut très
sensible dans le domaine des travaux publics ( construction de routes et de
ponts) et des monuments ( réparations des cathédrales, casernes en particulier
celle la grande caserne dinfanterie de Chambéry –lactuel carré Curial) et la reconstruction du château de la même ville)
. Certes lEtat avait plus de projets que dargent et la plupart du temps, les
idées restèrent lettres mortes dans les cartons, dautant que généralement les
ministres harcelaient les maires et les conseillers généraux pour fournir les
paiements nécessaires. Ce décalage explique sans doute la modération et la discrétion
des députés savoyards à Paris fort
soucieux de plaire au gouvernement en lui "soutirant" le plus de
fonds possibles. LES GRANDES REALISATIONS NAPOLEONIENNES. LES ROUTES TRANSALPINES. La gloire du régime
fut le rétablissement et le renforcement de
la circulation transalpine. LE SIMPLON. Dès 1800 et son retour de Marengo
le premier Consul envisagea laménagement dune route directe reliant Paris à
Milan par Genève, la rive sud du Léman, le Valais et le col du Simplon. Les
travaux ne furent pas faciles car la pente lombarde du col était fort raide et
nécessita de multiples ponts et tunnels, mais il fallut aussi percer la
corniche de Meillerie en Chablais, aménager la route du col de la Faucille,
construire un nouveau pont sur lArve à Carouge* et enfin forcer les Valaisans
réticents et peu fortunés (doù la restauration de lindépendance complète du
Valais en 1802 et au contraire son annexion en 1810 sous lEmpire). Ceci fut
lœuvre de lingénieur bugiste Céard ( déjà connu à Versoix sous lAncien
régime) et plus généralement des Milanais dautant plus intéressés que
Bonaparte leur avait cédé le Novarais leur assurant ainsi toute la partie
orientale de la route. Il nempêche que ce chantier fut fort long, fort coûteux
et nassura des facilités de transport quaprès 1810 au moment où la
conjoncture économique devenait moins facile. LE MONT-CENIS: Plus efficace fut la route de
la Maurienne et du Mont-Cenis*, soutenue par les milieux
daffaires lyonnais et turinois et accessoirement par la Savoie qui voyait plus
lavantage du transit que de celui du commerce de la soie et du coton.
Néanmoins limpulsion essentielle arriva ici dun haut-fonctionnaire savoyard:
Emmanuel Cretet*
devenu directeur des routes avant de finir ministre de lintérieur et qui
appuya fortement le projet du Mont-Cenis auquel avait déjà pensé le
gouvernement sarde quelques années auparavant. Ici aussi les Italiens
assurèrent lessentiel des travaux sous la direction dun grand ingénieur
grenoblois, Dausse, le passage fut assuré par une armée de cantonniers mais
aussi et surtout par une communauté de moines restaurée sur le plateau même du Mont-Cenis*.
En 1805, le chantier était terminé et le passage possible toute lannée en
voiture sans avoir besoin de démonter. Par la suite le trafic ne cessa de
croître, on acheva vaille que vaille la route de Maurienne pour le plus grand
profit de tout un monde daubergistes, de relais de poste, de voituriers et de
muletiers, on commença un début de "contournement" de Chambéry*
et lon acheva en huit ans le creusement du tunnel des Echelles* permettant déviter
le célèbre défilé de la Crotte. La réussite routière était manifeste,
dorénavant on pouvait traverser les Alpes sans avoir à démonter les voitures.
Les ingénieurs piémontais avaient fait la preuve de leur compétence pour construite des routes à
lacets et pour le percement des premiers tunnels (ainsi celui des Echelles
percé de 1808 à 1813) , enfin ils amenèrent avec eux toute une foule douvriers
piémontais (essentiellement du Biellese et du Novarais) qui allaient dominer
pour un siècle et demi les travaux publics en Savoie. Qui en profita le plus ?
la soierie lyonnaise plus que les cotonnades genevoises, la manufacture
dAnnecy plus que les ateliers chambériens, Milan plus que Turin, la Maurienne
plus que le Chablais. LE COTON. Tout ceci remit la Savoie dans le réseau routier
international non sans profit puisque la soie suscita une usine à Chambéry ( la
Calamine), quant au coton alors en plein succès, il permit la création dune
grand filature à Annecy* ( à linstigation du savoyard lyonnais Duport*)
et de toute une série dateliers de tissages dans le Genevois pour le plus
grand avantage des industriels de Genève*
mais aussi pour la plus grande chance de la Savoie qui navait jamais disposé
dun tel réseau industriel. LES MINES. Depuis
le voyage du savant géologue Dolomieu, on prit conscience de lintérêt des
mines de Savoie, ce qui explique la restauration des mines de plomb argentifère
de Peisey*
en Tarentaise devenu le centre dun arrondissement minier confié à la nouvelle
Ecole nationale des mines installée à Moûtiers* sous la direction du saxon
Schreiber. 2000 ouvriers, une douzaine
délèves-ingénieurs, 500 kg dargent et 2.000 quintaux de plomb par an dès 1805, que ne pouvait-on espérer dune telle
croissance ? Certes le gisement semblait sappauvrir mais on sut le renouveler
par celui de la Plagne* sur lautre versant de la montagne, bien sûr on manqua
de bois dans la haute vallée;, mais celui de la vallée d Arly justifia le
transfert de la fonderie à lHôpital-Conflans.* LE TOURISME. Enfin on voyait apparaître le grand tourisme: sous
linfluence de Rousseau qui avait fait connaître la région de Chambéry*-Annecy*
ainsi que le lac de Genève et à la suite du savant genevois Bénédict de Saussure* qui avait révélé la
gloire du Mont-Blanc et le charme de la vallée de Chamonix*, les voyageurs
prennent maintenant plaisir à sarrêter en Savoie pour en goûter les charmes
des montagnes et de leurs habitants symboles de vertus et de tranquillité.
Cependant le meilleur attrait est
encore celui des eaux thermales, Saint-Gervais*, Evian*, La Caille*,
Amphion* tirent naturellement leur succès des voisins genevois mais
le plus grand succès est encore à Aix* dont les eaux enfin analysées
permettent toutes les guérisons, ce qui explique la venue ici de toute la
famille impériale (Pauline Bonaparte suivie de sa mère et de son oncle Fesch en
1808, Joséphine et Hortense en 1810, de nouveau Hortense en 1811, Pauline,, sa
mère, son oncle et sa belle-sœur Julie Clary en 1812, Hortense en 1813,
Marie-Louise en 1814 et enfin Hortense dans une dernière visite en 1815) suivie
du tout Paris ( Talma, Mme de Rémusat, Me de Staël etc). La Savoie profitait
largement de lélargissement des horizons de ses habitants comme de ceux de
lintelligentsia nationale. |
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