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La Savoie de 1815 à 1860- La période sarde
Auteur : M. Palluel-Guillard - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE
  • Introduction
  • La restauration (1815-1831)
  • Charles-Albert ( 1831-1848)
  • Victor-Emmanuel et Cavour


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  • Chronologie 1815-1860

     

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    LA RESTAURATION (1815-1831)

     

    LES SOUVERAINS.

    Victor-Emmanuel I° ( 1814-1821) et Charles-Félix ( 1821-1831) sont deux souverains du XVIII° siècle, égarés dans la période romantique et affrontés à des questions nouvelles comme l’anti-libéralisme, les prémices de la révolution industrielle et du nationalisme.

     

    Victor-Emmanuel°  ombrageux et têtu autant dans ses affections que dans ses refus, dominé par sa femme l’énergique Marie-Thérèse d’Este-Modène, détestait ses beaux-frères français (Louis XVIII et  le futur Charles X ) dont il  ne cessait de critiquer l’impérialisme et le double-jeu politique , tout en dénonçant d’un autre côté l’ambition italienne de l’Autriche. Jaloux de son autorité, il n’admit jamais d’avoir à ses côtés des ministres tout puissants ( d’où le renvoi en 1817 du ministre Vallaise et une grande méfiance vis à vis de Joseph de Maistre*). Il ne vint qu’une seule fois en 1816 en Savoie  et ne semble pas avoir eu jamais de grands intérêts matériels ou artistiques.

     

    Charles-Félix° (1821-1831) fut un allié plus fidèle de l’Autriche d’où une politique extérieure très calme et dans l’ensemble une politique générale négative entièrement  centrée sur le statu quo. Arrivé malgré lui au pouvoir auquel il n’était pas du tout préparé, le souverain ne manquait pas de goûts culturels ( fondateur du musée égyptien de Turin, passionné de théâtre ) ni de bonté d’âme ( il pardonna à son cousin Charles-Albert* son rôle libéral de 1821 et le garda comme héritier) ce qui n’empêche pas les Piémontais de l’appeler " Carlo Feroce", petite vengeance contre le désintérêt manifeste du souverain pour le Piémont au détriment des provinces périphériques.

     

    LA REACTION:

    Peu de provinces ont été autant traumatisées que la Savoie retrouvant après 23 ans de régime français, un souverain qui fit sa gloire dans le refus systématique de reconnaître le moindre héritage de la Révolution et de l’Empire.  Certes on se moqua dans toutes les chancelleries de ce "Roi des Marmottes"  qui avait dit avoir dormi en Sardaigne durant toutes ces fâcheuses années passées et qui, en 1814 sitôt après son retour avait rayé d’un trait de plume tout ce qui avait été décidé depuis la Révolution de 1792

     

    En fait le souverain dut rapidement se faire une raison, se contentant de la sauvegarde de quelques apparences (en particulier à la cour)  il fallut se résigner sur les hommes ( on ne pouvait oublier les compétences d’un grand nombre de personnes en pleine force de l’âge et ralliées souvent par raison à Napoléon) et ensuite sur les situations car il était impossible de revenir en arrière sur la question des biens nationaux, de ne pas tenir compte de tous les contrats passés sous le régime français et même de punir les anciens responsables  jacobins ou bonapartistes( il y en avait tant!)

    On se félicita de la modération policière de la restauration, il y eut en effet ici peu d’emprisonnements, mais combien de censures pour limiter le plus possible les relations avec l’extérieur surtout avec la France , combien de mises à l’écart, d’étouffements, de petites vexations et de mesquineries administratives pour une foule de fonctionnaires, d’anciens notables ou d’anciens membres de la Grande Armée !

     

    LE GOUVERNEMENT DE LA RESTAURATION

     

    LES AMBIGUITES DU REGIME.

    Contrairement à ses promesses et aux illusions de ses partisans,  Victor-Emmanuel I° conserva la centralisation, les impôts et la conscription. En fait le système de la Restauration est composé d’une cour crispée sur le protocole du siècle précédent et d’un autre côté d’une armée d’autant plus mal gérée qu’elle hésite entre le modèle prussien et celui de la France, d’ailleurs sans grand budget que pourrait elle faire puisqu’il n’y a rien à espérer entre une Autriche à la fois amicale et dangereuse et une France dont on ne cesse de se méfier ? enfin n’oublions pas non plus le poids d’une administration paperassière et servile aussi bien au niveau des ministères de Turin que des services provinciaux.

     

    LES CARABINIERS:

    Bien sûr l’efficacité gouvernementale ne peut se comprendre sans les carabiniers, pure création de l’époque. Gendarmes mais aussi surveillants politiques et administratifs ne dépendant que des seuls ministres et gouverneurs et répartis tous les chefs-lieux de mandements, ils font régner l’ordre plus par la menace que par leurs propres forces.

     

    LA CENSURE.

    Le grand souci du gouvernement est bien sûr de briser tout groupe de pression ou de résistance d’où le refus de tout groupement même privé susceptible de favoriser des discussions et des remarques ( et bien sur d’intolérables critiques) , on surveille ainsi  les salons et les rares sociétés savantes ( la modeste et timide Société académique de Savoie "pensée" en 1820  ne sera ainsi vraiment reconnue que sept ans plus tard )

               

    LE PERSONNEL DU REGIME.

    Un bon moyen de se faire obéir des services est l’instabilité et le brassage du personnel sans qu’il nous soit possible de  distinguer les  mutations proposées de celles imposées ou bien sûr de celles demandées, d’où les plaintes des Savoyards d’être envahis de fonctionnaires ou de juges piémontais, critiques justifiées d’un côté mais souvent mal fondées puisque cela n’empêchait pas les qualités individuelles, ce n’était pas d’ailleurs pas une nouveauté et enfin cela ne gênait pas la vie quotidienne puisque ces personnes parlaient français ( comme la plupart des bourgeois piémontais peut-être pas naturellement mais assez bien pour être efficaces )

     

    Du sous-intendant  provincial au gouverneur régional et de là au ministre turinois, les instructions viennent du haut en bas et seuls les renseignements ou requêtes circulent en sens inverse,  la méthode  n’était pas nouvelle mais elle était de moins en supportable pour les notables et les conseils communaux (nommés et sans pouvoir  face aux puissants secrétaires eux aussi nommés )..

     

    LE CLERICALISME

     

    Un tel état d’esprit réactionnaire ne pouvait manquer de pratiquer un cléricalisme exacerbé tant il semblait que le catholicisme était le fondement de ce retour en arrière et de cet autoritarisme à la fois mesquin et paternaliste.

     

    CENSURE ET REACTION.

    Comme il fallait s’y attendre, on revint sur les principes de la Révolution en supprimant la liberté religieuse, le droit à l’athéisme, la liberté de culte, la franc-maçonnerie* Le clergé, qui n’avait pas oublié la persécution des années 1793-99 et peu apprécié  celle ( toute relative) des années 1810-1814, applaudit à ces mesures  mais à y regarder de plus près, les ambiguïtés n’en demeuraient pas moins.

    On ne revint pas sur la vente des biens d’Eglise et si les pressions du clergé pour leur restitution furent bien réelles avec force menaces et chantages sur les "acheteurs-voleurs" ( ce qui explique aisément l’anticléricalisme de la génération suivante), jamais les autorités ne s’y associèrent, contribuant au contraire à la diminution progressive de ces manifestations.

    L’Eglise retrouva sa puissance mais non son indépendance. Le clergé n’eut guère de liberté et pas  plus de relation avec Rome que sous l’Empire français. Certes il fut favorisé mais en fait tous les nouveaux avantages matériels furent mis à la charge des autorités locales et les querelles qui s’en suivirent souvent, ne firent qu’avantager la puissance de l’Etat.

     

    EVEQUES ET PRETRES.

    On recréa les évêchés d’antan, en 1822 Annecy* retrouva son évêque puis en 1825 ce fut au tour des évêchés de Moûtiers* et de Saint-Jean* d’être restaurés. Un peu partout on créa des petits séminaires et il est vrai que le nombre des ordinations augmenta assez pour que l’effectif clérical apparaisse comme suffisant dès 1825-1830. Rassurés matériellement (quant à leurs traitements) et juridiquement (vis à vis des syndics communaux)  les prêtres purent afficher sans limite leur rigorisme*. Persuadés d’être les seuls garants de la foi et de la morale, ils affichèrent une sévérité de principes qui les amena parfois à exclure des sacrements une masse de paroissiens au point que les évêques durent calmer ces excès et que le P. Favre, grand missionnaire local,  consacra toute son énergie à prêcher une religion plus sereine et plus ouverte.

     

    COUVENTS ET EGLISES.

    En fait les deux  réalisations  les plus durables de  cette politique furent la reconstitution progressive d’un réseau monastique ( une vingtaine d’ordres et congrégations dont les deux tiers de création récente, soit environ une centaine de communautés dont la plus célèbre est évidemment celle des cisterciens d’Hautecombe* installés en 1826. ) mais aussi la reconstruction de près de deux cents églises surtout dans l’avant-pays et dans les préalpes ( où la population avait le plus augmenté et où les édifices du culte remontant pour la plupart au Moyen-Age, n’avaient donc pas connu la reconstruction baroque des XVII° et XVIII° siècles et avaient été fort maltraités sous la Révolution). On a beaucoup discuté sur l’originalité du classicisme de ces nouveaux édifices souvent parlé du "néoclassicisme* sarde" ce que la plupart des chercheurs actuels contestent. Il n’empêche que cette gigantesque entreprise a été impulsée autoritairement par des évêques ravis de manifester ainsi leur pouvoir à des communes et des communautés qui se ruinèrent presque en corvées, en ventes de communaux et en emprunts pour construire des églises juste achevées au moment où la population commençait à décliner.

     

    LA REPRESSION ANTI-LIBERALE

     

    LA DEFAITE LIBERALE.

    Pour avoir été discret et être encore mal étudié en Savoie, le libéralisme n’en exista pas moins dans une bourgeoisie rabaissée dans ses  positions ( perdant généralement ses positions acquises avant 1815), bloquée dans ses ambitions, tracassée dans sa vie quotidienne et condamnée au silence. Certaines victimes sont bien connues, le général Dessaix*, quoique français mais resté en Chablais, continuellement traqué, surveillé et persécuté, le général Guillet emprisonné jusqu’à sa mort au fort de Fenestrelle  ( ce grand escroc pouvait-il espérer d’ailleurs autre chose ? ), l’ex-secrétaire général secrétaire Palluel .rabaissé de la préfecture de Chambéry à un modeste bureau à Conflans etc. Pleins de juristes humiliés et amers, les  "bureaux" rejoignaient dans leur critique les états-majors d’une armée déboussolée et chacun d’espérer une vengeance du sort aussi rapide que possible.

     

    LA REVOLUTION DE 1821.

    On crut la  trouver en 1821 à la suite des révolutions de Madrid et de Naples où les souverains locaux avaient dû sous la pression populaire concéder enfin des constitutions, d’où des intrigues dans les salons turinois, des troubles surtout estudiantins dans la capitale et enfin une mutinerie dans la grande forteresse d’Alexandrie*. Il y  avait loin de cette fièvre à une révolution, il n’empêche que Victor-Emmanuel I°* se refusa à toute concession et préféra abdiquer plutôt que céder, rejoignant là une vieille tradition des princes de la Maison de Savoie de ne jamais s’accrocher au trône et de le quitter en cas d’incompatibilité morale ou politique.

     

    Le pauvre roi incapable jusqu’au bout n’avait pas attendu le retour de son frère Charles-Félix* alors en voyage à Modène et seconde faute dans sa précipitation, il avait confié la régence à son cousin le jeune Charles-Albert* de Savoie-Carignan tout juste âgé d’une vingtaine d’années et très lié aux chefs mêmes des conjurés, d’où la décision du jeune prince d’accorder la constitution tant espérée par les conjurés et de créer des "juntes" à la fois administratives et politiques.

     

    Un peu partout on vit ainsi se réveiller les bourgeoisies enthousiastes dans une telle conjoncture mais finalement bien imprudentes puisqu’en même temps le nouveau souverain récusait les initiatives du "régent" et pour mater l’indiscipline et le désordre ( tout à fait virtuel) faisait appel aux Autrichiens ravis de l’occasion. Bien sûr ceux-ci  n’eurent aucune peine à écraser les troupes restées fidèles au programme libéral alors qu’en Savoie le gouverneur Andezeno* bloquait le courrier pour mieux voir venir le sort et finalement apparaître comme celui qui avait laissé hors de l"aventure" un duché de Savoie décidément fidèle à la monarchie , ce qui ravit les historiens conservateurs de la province alors que les Piémontais et les progressistes insistent sur le nombre des personnes compromises et finalement punies.

     

    LE REGNE DE CHARLES-FELIX.

    Il s’en suivit une décennie de reprise en main, de censure, de surveillance tatillonne, de serments obligatoires, de sermons moralisateurs. En apparence rien de  bien méchant  d’autant que le roi Charles-Félix* détestait le Piémont et affichait ouvertement sa faveur aux provinces périphériques  et en particulier à la  Savoie qu’il visitait régulièrement et où il se caractérisait par sa bonhomie et son amour des arts ( d’où la reconstruction de l’abbaye d’Hautecombe*, et l’édification d’un théâtre à Chambéry*- ce qui lui vaudra plus tard une colonne à Bonneville* et un obélisque à Chambéry*), à remarquer enfin la préférence du gouvernement pour les expulsions plutôt que pour les emprisonnements. Même loin des excès réactionnaires des rois de Naples et d’Espagne, le royaume sarde n’en demeurait pas moins fort en retrait du progrès, même par rapport à la France réactionnaire de Charles X.

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