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La Savoie de 1815 à 1860- La période sarde
Auteur : M. Palluel-Guillard - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE
  • Introduction
  • La restauration (1815-1831)
  • Charles-Albert ( 1831-1848)
  • Victor-Emmanuel et Cavour


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  • Chronologie 1815-1860

     

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    CHARLES-ALBERT ( 1831-1848)

     

    La mort de Charles-Félix* en 1831 provoqua l’extinction de la branche aînée de la famille de Savoie et l’arrivée au trône d’un jeune homme brillant et dynamique qui sembla révéler une mutation décisive dans la conjoncture d’autant que la révolution française de 1830 avait démontré la possibilité d’évolutions nouvelles aussi rapides qu’imprévues. En dépit des hésitations du nouveau roi, il devint évident que l’on ne pouvait échapper ni aux réformes ni à la modernisation du pays mais justement jusqu’où pouvait-on, jusqu’où devait-on aller ?

     

    LA DERNIERE VAGUE DE REACTION (1831-1835) .

     

    Les libéraux purent croire que la jeunesse et le passé du nouveau roi  allaient  provoquer des changements immédiats et décisifs, ce qui était inconcevable pour un garçon échaudé par son aventure de 1821 et les conséquences de cette dernière. Charles-Albert* ne revint donc pas sur la politique de ses prédécesseurs et ne tint aucun compte de l’appel du jeune Génois Mazzini* lui demandant de prendre comme "Italien" ses responsabilités devant l’histoire aussi bien pour créer un régime libéral que pour lancer la renaissance d’une Italie unifiée,

     

    Or le royaume entier vibrait, comme le prouvait l’évident anticléricalisme* de la jeunesse chambérienne excitée en janvier 1832 par le prêche fort réactionnaire d’un missionnaire français et en mai 1833  suite aux cérémonies du jubilé. On s’en était tout juste remis qu’Alexandrie*, Turin* et Chambéry* furent secoués en juin 1833 par un complot militaire méchamment réprimé ( 14 condamnations à mort , 37 aux galères et 2100 à l’exil ).. Rien n’était fini cependant car en février 1834, les Mazziniens lançaient une double attaque contre la Savoie depuis Genève vers Saint-Julien au nord et depuis le Dauphiné sur les Echelles* au sud. Certes le calme revint mais au prix d’une sévérité dont on n’avait pas l’habitude ici d’autant que l’on se méfiait toujours davantage d’une France maintenant libérale donc dangereuse et que l’on affichait une amitié qui n’avait jamais été aussi forte envers l’Autriche.

     

     

    L’OUVERTURE AUX REFORMES ( 1835-1847)

     

    En fait Charles-Albert* ne pouvait se résoudre à une telle politique négative, son orgueil ne pouvait manquer de le pousser à être un nouveau Napoléon et à défaut d’être conquérant autant être réformateur ce qui correspondait d’ailleurs à la tradition de la famille de Savoie.

     

    UN ART NOUVEAU.

    En effet, comme son cousin et voisin Louis-Philippe, complexé d’être issu d’une branche cadette, il entendit marquer la culture de son époque en s’intéressant aux racines de sa famille et de la dynastie. Il refit presque entièrement le palais royal de Turin, il inaugura une académie des beaux arts à laquelle il donna son nom, il dota la  saint Suaire* de monuments à la gloire de quelques uns de ses grands prédécesseurs, il créa une  académie de médecine, la bibliothèque royale, l’armurerie royale, la "Deputazione di storia patria", la "junte pour les antiquités et les beaux arts",  enfin il restaura l’abbaye de Saint-Michel de la Cluse* où il amena les corps de ses ancêtres médiévaux pour en faire "la nouvelle "Hautecombe".de la nouvelle dynastie Il y avait bien longtemps que  I’on n’avait pas eu une telle activité culturelle et même Chambéry se prenait au jeu avec le peintre Vicario décorant en néogothique la chapelle du château puis la cathédrale avant de poursuivre une intense activité dans toute la Savoie

     

    LES ŒUVRES SOCIALES.

    Socialement, l’Etat s’intéressa aux hôpitaux , aux œuvres , aux écoles populaires, finançant le plus possible les institutions existantes, et favorisant les initiatives privée. Ainsi: en 1833 était créé l’immense hôpital de l’abbé Cottolengo à Turin*. De son côté, Chambéry*  recevait sa première école de jeunes sourds et sa première salle d’asile pour les tout-petits mais aussi une caisse d’épargne  et une "maison de repos". En 1839, la loi avait envisagé une école primaire dans chaque commune mais il fallut encore six années pour que des écoles provinciales de méthode parviennent à créer un corps valable d’instituteurs. et en quinze ans le nombre des écoles doubla, 79.000 enfants fréquentant 1900 établissements en 1860. La Savoie rattrapait son retard surtout l’avant-pays à la fois très peuplé et très ignorant.

     

    LES DEBUTS DE LA REVOLUTION INDUSTRIELLE.

    Il s’agit aussi de moderniser enfin le pays, d’où une active politique pour de nouvelles voies de communications, la Savoie peut ainsi s’enorgueillir du Pont de la Caille* aussi prestigieux par le défilé enjambé que par la résistance de ses "fils" métalliques. La route de Genève est transférée de Rumilly à Annecy qui devient un important centre routier, enfin la route de Maurienne .est modernisée et d’autant mieux reliée à Chambéry* grâce au nouveau pont royal. Si les voies ferrées apparaissent au début des années 40 en Piémont, on y pense seulement en Savoie où on se limite à une relation par bateaux à vapeur entre Lyon et le lac du Bourget lui-même relié à Chambéry* par un chemin de fer "hippomobile". La grande industrie émerge enfin surtout en Piémont bien sûr mais aussi en Savoie, à Annecy* toute fière de posséder deux des plus grandes entreprises du royaume, une de métallurgie avec Frérejean* grand maître des forges de Cran fabriquant avec 400 ouvriers un sixième du fer sarde et l’autre textile avec l’immense manufacture de Laeuffer*, le successeur de Duport* qui dirige près de 4.000 ouvriers d’Annecy* à Faverges et à Ponte-Canavese près d’Ivrée produisant près d’un cinquième de toute la production cotonnière du royaume. . Allait-on enfin décoller ? hélas, la récession arriva dès 1845-46 et la déception fut à la hauteur des espoirs précédents.

     

    MODERNISATION ET CENTRALISATION.

    Néanmoins le royaume ne cessait d’évoluer, le roi imprimait une allure soutenue aux réformes revenant peu à peu à l’esprit des institutions napoléoniennes, Dès 1831, un Conseil d’Etat était créé en 1837, doté deux ans plus tard d’un code pénal et en 1842 d’un code de commerce. Le code civil était réformé, l’université ouverte aux sciences, les écoles techniques multipliées ( ainsi l’école de dessin linéaire de Chambéry, l’école d’horlogerie de Cluses, l’école de commerce et d’industrie de La Motte-Servolex), les intellectuels étaient invités en grande pompe à un premier congrès à Gènes  tout comme les produits industriels à  une grande exposition à Turin.. Enfin en 1847 une cour suprême de justice (dite en fait "de révision") était créée dans la capitale rendant obsolètes les anciens sénats de Chambéry, Turin* et  Nice* réduits à n’être plus que de simples cours d’appel. Enfin comble de progrès, les petites provinces locales étaient regroupées  en "divisions" équivalant aux  départements français, la Savoie disparaissait alors au profit de deux divisions, une à Annecy (ravie de cette promotion) l ’autre à Chambéry furieuse de ne garder qu’un gouverneur symbolique, mais la bourgeoisie exulta de  pouvoir enfin élire des conseils de province et de divisions rappelant les conseils généraux et d’arrondissements du système français.

     

    LA SAVOIE SARDE

     

    Durant une génération, la province donna l’aspect d’une région stable échappant pour la plus grande joie des conservateurs aux troubles ou au dangers du reste de l’Europe alors que les libéraux ne cessaient de dénoncer un archaïsme dangereux pour l’avenir et le risque d’un retard irrémédiable.

     

    LA SURPOPULATION.

    La population ne cesse de s’accroître du fait d’une exubérante natalité (  30 °/°° contre une mortalité de 25-26 °/°°) passant ainsi de 450.000 habitants en 1806 à 550.000 en 1848, maximum qui frappa les contemporains voyant avec inquiétude les marais des fonds de vallées, les forêts des pentes et les alpages des sommets disparaître au profit des cultures hissées à des altitudes impensables ( jusqu’à 2000-2500 m) au détriment donc de l’énergie et de l’élevage pourtant si nécessaires.

     

    L’EMIGRATION.

    L’émigration* se renforçait au point que le Savoyard était devenu l’image même du migrant  Certes le départ d’une partie importante de la jeunesse .vers  la France et de plus en plus vers Paris chagrinait les familles et inquiétait le clergé mais n’était-ce pas le meilleur moyen pour éviter une surpopulation inquiétante  et aussi un bon moyen pour rapporter à la maison un numéraire qui faisait toujours gravement défaut? Bien sûr, les villes françaises étaient bien incapables d’assurer du travail définitif à ces jeunes errants néanmoins les séjours se faisaient de plus en plus longs et beaucoup ne revenaient pas ( ce n’est qu’après 1860 que la révolution industrielle et le progrès des chemins de fer allaient systématiser cette émigration définitive)

     

    Même si le "gentil petit  ramoneur" ou "l’honnête manœuvrier" étaient devenus des mythes, on ne pouvait ignorer la foule des marchands et des colporteurs de Haute Maurienne ou de Tarentaise ou les maçons de Samoens, ou les servantes du Petit-Bugey . Ne disait-on pas que près de 10% des Savoyards quittaient chaque année la province  et que localement la proportion pouvait être parfois le double ?  et n’estimait-on pas que si 10.000 Savoyards résidaient à Paris sous le Premier Empire, ils étaient plus de 40.000  sous le Second. ?

     

    LE TOURISME ROMANTIQUE.

    L’immigration touristique ne pouvait compenser l’émigration populaire, cependant la Savoie devenait de plus en plus un lieu d’attraction comme le prouvaient les innombrables récits de voyage qui  lui étaient consacrés. Aix et plus secondairement Evian voyaient la célébrité de leurs eaux  s’étendre dans toute l’Europe occidentale, non seulement on  y prétendait guérir une foule de maladies, mais la mondanité aidant, les curistes ( Lamartine*, Balzac*, Alexandre Dumas*, la princesse de Salms*) y affichaient dorénavant leur joie de vivre et leur goût du jeu.

     

    Depuis de Saussure, le Mont-Blanc* est accessible, surtout à partir de Genève devenu le centre obligé du tourisme britannique  et les Anglais  encombrent dorénavant Chamonix* dont les guides sont  connus maintenant dans toute l’Europe.( la compagnie des guides est de 1821 ) L’alpinisme est passé ainsi dans les mœurs touristiques mais il ne s’étendra au reste des Alpes qu’après 1860. En tous les cas, les Alpes sont maintenant le domaine des Anglais comme le prouvent l’abondance des tableaux alpins du peintre Turner* et  l’enthousiasme de l’esthète et photographe John Ruskin* pour les Alpes "cathédrales de la terre !"

     

    A pied ( comme les élèves de Topffer*) ou en voiture ( comme Stendhal*), favorables à cette région abritée des vices urbains ou très réservés à ce foyer de la réaction ( comme George Sand*) , les touristes sillonnent donc la Savoie souvent sans rencontrer les habitants mais qu’importe! la montagne attire de plus en plus.

     

    LA LITTERATURE SAVOYARDE.

    Même conçus sur le même modèle, les récits de voyage compensent heureusement  la faible littérature locale. Joseph* et Xavier* de Maistre sont d’authentiques Savoyards mais leurs œuvres n’ont aucun lien avec le duché. Par ses "Méditations poétiques", Lamartine* a fait connaître au monde le lac du Bourget et dans un genre différent Eugène Sue* celui d’Annecy, mais en soi la Savoie ne peut alors s’enorgueillir que du romantique Jean-Pierre Veyrat*  célèbre par son passage du libéralisme révolutionnaire à l’exaltation conservatrice de la patrie et de son roi, mais surtout par ses vues sur les ruines d’Hautecombe dans la "Station poétique".

     

    VERS UNE NOUVELLE SOCIETE.

    En apparence, la Savoie ne bouge guère en cette première moitié du XIX° siècle: pays rural sans grande élite, catholique et conservateur, mais en fait ne nous y trompons pas.  on voit s’imposer une forte minorité de bons paysans enrichis  par les biens nationaux et fortifiés par le progrès du marché, d’un autre côté apparaît un certain prolétariat certes très rural encore mais néanmoins de plus en plus conscient de sa situation ( au point d’alerter l’évêque d’Annecy Mgr Rendu* qui lançe en 1845 un célèbre appel pour le soulagement de la misère ouvrière). Faute d’ouvertures politiques, la bourgeoisie profite du protectionnisme* sarde pour développer toute une série de petites entreprises métallurgiques et textiles. en soi rien de sensationnel mais un frémissement général prouvant l’impossibilité d’une société d’échapper au progrès et à la modernisation.

     

     

    LA CRISE DE 1848-49

     

    Il eût été surprenant que la Savoie échappât à la crise européenne de 1848. Dans le soubresaut libéral de l’Italie, le roi Charles-Albert* se voit contraint d’accorder une constitution, le fameux "Statuto*", copie de la charte française de 1815 réformée en 1830 ( au moment même où celle-ci est supprimée à Paris en février 1848)

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    LES NOUVEAUX PARTIS.

    La Savoie découvre alors les débats électoraux et parlementaires., mais l’unité apparente du pays éclate, les conservateurs s’opposent aux libéraux mais aussi aux extrémistes démocrates et même républicains, les cléricaux aux anticléricaux, les Savoyards aux Piémontais, les partisans de la "petite patrie" à ceux de la "grande" car pourquoi ne pas profiter de la crise de l’empire autrichien pour s’emparer enfin du Milanais et commencer à réaliser cette unité italienne dont on parle de plus en plus ?

     

    LES VORACES.

    L’agitation s’empare du pays, une foule de journaux plus ou moins éphémères agite l’opinion, fait rêver ses lecteurs, pose des questions et entretient les polémiques. Les réunions et manifestations se multiplient un peu partout, les jésuites sont expulsés au milieu des larmes de leurs amis et des ricanements de leurs ennemis. Enfin l’arrivée d’ouvriers lyonnais soi-disant savoyards ( Les "Voraces*") venus apporter ici le réveil révolutionnaire, provoque la panique d’autant qu’ils parviennent jusqu’à Chambéry*  qu’ils occupent en profitant de la disparition momentanée des autorités, tout se finit dans le sang et l’ordre revient mais on a eu bien peur et l’impression une nouvelle fois vérifiée de l’indifférence des autorités royales plus préoccupées des affaires de la péninsule italienne que de celles de la  Savoie.

     

    LA PREMIERE GUERRE D’INDEPENDANCE ITALIENNE.

    En effet, pour des motifs différents, le roi et son gouvernement  ont déclaré la guerre à l’Autriche. "L’Italia fara da se" en fait l’Italie se résume à une alliance incertaine entre le royaume sarde , la Toscane et les Etats du nouveau pape d’apparence libérale, Pie IX*, De plus l’armée sarde est bien loin  du niveau nécessaire d’équipement et d’organisation pour un tel conflit d’autant que les Milanais même révoltés contre les Autrichiens, ne sont pas du tout disposés à reconnaître la primauté de Charles-Albert*.

     

    Dans de telles conditions, il n’y a rien à espérer et l’armée piémontaise se retrouve bientôt seule face au grand général autrichien Radetsky qui s’accroche au célèbre "quadrilatère de Mantoue" pour empêcher l’invasion de la Vénétie et la vaillance royale ne peut alors empêcher la défaite ( Custozza, 23-25 juillet)), le recul  et bientôt même la retraite de l’armée sarde et l’on ne sauve le Piémont d’une invasion que par un humiliant armistice en juillet 1848.

     

    LA FIN DU REGNE.

    La défaite n’a fait qu’exacerber les passions, les élections se succèdent révélatrices des  tensions politiques mais aussi des impuissances gouvernementales. Les Savoyards se lamentent sur l’oubli de Turin à leur égard  et beaucoup de libéraux n’hésitent pas maintenant à prôner le retour à la France devenue républicaine mais toujours riche et puissante. L’émotion est à son comble au printemps 1849  lorsque le roi  et les radicaux encore une fois unis dans un bellicisme du désespoir, relancent la guerre, mais cette fois l’armée ne peut même pas envahir le Milanais puisque défaite complètement à Novare (23 mars) par les Autrichiens qui ont pris les devants.

     

    Le roi désespéré abdique sur le champ de bataille même et se retire immédiatement dans un exil morose au Portugal où il meurt bientôt, victime de son romantisme et de ses hésitations La couronne passe à son fils Victor-Emmanuel II* dont on ne connaît alors ni les possibilités, ni les intentions. L’ère romantique se terminait donc dans la plus totale des incertitudes.

     

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