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La Savoie de 1815 à 1860-
La période sarde
Auteur : M. Palluel-Guillard - Niveau de lecture : Public |
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Victor-Emmanuel et Cavour : la fin de la Savoie sarde ( 1849-1860)
Une dizaine dannées vont être nécessaires au Piémont pour se remettre de la défaite et relancer le Risorgimento italien et dun autre côté à la Savoie pour accepter avec enthousiasme sa réunion à la France au point de laisser croire que telle était lissue fatale de son histoire.
LE REGIME LIBERAL
LES NOUVEAUX DECIDEURS.Le nouveau roi navait rien en commun ni au physique ni au moral avec son père. Il conserva le Statuto* et accepta un gouvernement libéral et presque parlementaire en la personne dès 1851 dun premier ministre habile et obstiné Camille Bens de Cavour* qui sera ensuite considéré comme le père de lunité italienne ( quoique apparenté au patriciat genevois) et comme le "bradeur" de la Savoie sarde ( quoique lié à la famille de saint François de Sales).
LA NOUVELLE POLITIQUE EXTERIEURE.Le roi et son ministre sentendaient assez mal sauf sur la nécessité de moderniser le royaume et den faire la base dun nouvel Etat couvrant au moins lItalie du nord, vieux rêve de la Maison de Savoie. Cependant on tira la leçon de la décade précédente en attirant les capitaux britanniques et en flattant Napoléon III pour en faire un allié certes encombrant mais néanmoins nécessaire.
Sortant ainsi de son isolement et de ses anciennes inhibitions, le gouvernement sarde se lance dans la grande politique européenne, il adhère à la coalition anti-russe de lAngleterre , de la France et de Turquie à lorigine de la guerre dite de Crimée, engagement aberrant puisque sans aucun motif pour les intérêts de Turin sauf celui de se faire remarquer et de prouver la renaissance de larmée sarde ( menée par le général La Marmora)
Cavour* peut ainsi participer au Congrès de Paris ( février-mars 1856) et sattirer ainsi les sympathies anglaises et françaises. Certes il faut encore lattentat dOrsini contre NapoléonIII en janvier 1858 pour accélérer le rapprochement doù la fausse secrète entrevue de Plombières ( juillet 1858) où lhabile ministre promet Nice* et la Savoie à la France comme prix de son intervention en Italie pour la création dun indéfini royaume dItalie du nord, le mariage du cousin de lempereur Jérôme-Napoléon* avec la princesse Clotilde* célébré en janvier 1859, symbolisant et concrétisant lalliance franco-sarde. Tout est donc prêt pour la nouvelle épreuve, dautant que Turin rallie discrètement une partie des Républicains italiens en la personne du héros de 1848, Garibaldi*, amené ainsi à rompre avec son ex-collègue Mazzini* muré dans sa méfiance contre la Maison de Savoie.
LA NOUVELLE POLITIQUE EXTERIEURE.Liée à cette diplomatie, une active politique intérieure donne au royaume sarde les structures capitalistes et libérales nécessaires à lappui de la bourgeoisie et à lindustrialisation du pays. Fortement aidé par des investissements franco-anglo-suisses, un puissant réseau ferré se met en place reliant Turin* à Gènes* et à Milan. Cependant on achoppe sur la difficulté dune liaison ferroviaire entre le Piémont et la Savoie où se met en place une ligne Paris-Chambéry par Culoz prolongée bientôt sur Saint-Jean de Maurienne mais paralysée par la lenteur des travaux du tunnel du Fréjus* pourtant inauguré en grande pompe en 1857. Il nempêche, louverture commerciale du royaume excite la grande industrie dont le Piémont a bien besoin
Encore faut-il aussi moderniser lEtat, dautant que Cavour* doit faire face à une double opposition conservatrice dun côté et radicale de lautre (sans compter les jaloux de son entourage et la méfiance du roi susceptible et hypocrite). La lutte contre les privilèges de lEglise va dominer la période, car il sagit de ramener le royaume au niveau de la législation française, doù la fermeture de couvents "inutiles", la suppression des privilèges judiciaires du clergé (lois Siccardi), la dissolution de certaines associations trop actives ou la punition de certains prêtres trop zélés (lois Rattazzi). Et le gouvernement de menacer lEglise de la création dun mariage civil et dun état-civil laïc "une Eglise libre dans un Etat libre" ne cesse de clamer Cavour* ce que ne peut supporter la hiérarchie ecclésiastique qui crie à la persécution et appelle la "colère de Dieu" sur un tel mauvais gouvernement. Décidément on était bien loin du régime qui avait précédé 1848 pourtant pas si ancien….
LES DERNIERS TEMPS DE LA SAVOIE SARDE.. LES RETICENCES DES SAVOYARDS.Ebranlée depuis 1848 dans ses convictions traditionnelles, la Savoie vit mal lévolution du royaume. Elle ne se remet (et encore) quen 1855 de la crise économique qui la secoue depuis 1845 et qui renforce encore la bourgeoisie locale dans sa méfiance vis à vis de la révolution industrielle ( lui préférant de loin la jouissance de ses domaines fonciers ou la tranquillité des fonctions administratives)
Le plus frappant est néanmoins linquiétude politique car loriginalité savoyarde ne peut que saffoler devant une politique gouvernementale aussi dangereuse et incompréhensible à lextérieur et aussi pénible à lintérieur, car la grande majorité désapprouve la guerre de Crimée dont elle ne voit pas lintérêt mais aussi la volonté de revanche sur lAutriche car elle sent bien que déventuelles conquêtes italiennes ne pourront que renforcer ce nationalisme italien auquel elle ne participe pas et quelle considère même contraire à ses intérêts.
LES SAVOYARDS DU PIEMONT.Le feu des passions faisait oublier les données de lhistoire même récente. La Savoie ne voulait pas tenir compte des milliers de Savoyards établis en Piémont, on oubliait ainsi les fonctionnaires des bureaux, les officiels de la cour( ainsi Mgr Charvaz* ancien précepteur de Victor-Emmanuel II* devenu évêque de Pignerol puis archevêque de Gènes), les grands personnages du gouvernement ( Roget de Cholex* sous Charles-Félix,* le comte Avet* sous Charles-Albert etc) ou de lEtat-Major, les innombrables mariages "mixtes" de la noblesse (plus du tiers des familles nobles savoyardes avait contracté des unions piémontaises !). Turin* abritait une foule de domestiques et de petits artisans venus de Savoie et noublions pas les relations économiques ( rien ne pouvant se faire en Savoie sans lintervention des capitalistes piémontais) et culturelles ( du fait de tous les anciens étudiants de luniversité de la capitale), bref le résultat de cinq siècles dhistoire commune nétait pas négligeable, loin de là.
LES OPPOSANTS SAVOYARDS.Or réveillant un antagonisme anti-piémontais qui rappelle les querelles des dernières années de lAncien Régime, la susceptibilité savoyarde anime une presse aussi abondante quexcitée et par là va dresser toute une opinion complexée contre la politique cavourienne. Pourquoi sintéresser à des Italiens dont on na rien à faire alors que le gouvernement soccupe de moins en moins des Savoyards, italianise ses méthodes et ne cesse de provoquer la fidélité traditionnelle des "plus anciens sujets de Sa Majesté" ? Ces thèmes furent repris en permanence par les députés savoyards au parlement de Turin* pour la plupart conservateurs et isolés face à la majorité libérale de lassemblée. Bien sûr la querelle religieuse narrangea rien, les évêques savoyards criant à la persécution surtout après larrestation symbolique de larchevêque de Turin, Mgr Franzoni,
LES LIBERAUX PRO-SARDES.Bien sûr, tout le monde nest pas de cet avis et les libéraux (comme exultent davoir enfin le gouvernement de leurs vœux. même sils le considèrent souvent encore bien timide. Le paradoxe nen demeure pas moins de voir les conservateurs si anti-français auparavant jeter un œil de plus en plus favorable sur la France et son second Empire symbole dordre, de stabilité et de richesse alors que les libéraux suivant une évolution inverse, protestent dorénavant contre une telle trahison en insistant sur lintérêt des relations piémontaises. Lhistoire savoyarde était décidément pleine dimprévus, on ny gagnait point en sérénité et linstabilité ne cessait de croître.
En fait il eût fallu raison garder: Cavour* nétait pas en soi hostile à la Savoie bien au contraire il y avait même de fructueux intérêts particuliers ( à Aix*, à Evian*, dans la compagnie ferroviaire du Victor-Emmanuel II* ) mais il nentendait pas se faire freiner par des minorités considérées comme irréalistes dans leur conservatisme. Litalianité du royaume était une réalité de plus en plus sensible mais Turin* et les vallées alpines étaient encore largement francophones tout comme la cour et les milieux ministériels. La persécution religieuse était toute relative et dailleurs très mal appliquée puisque lEglise gardait ses biens, la plupart de ses couvents ( surtout en Savoie) et son influence scolaire. En fait, la noblesse et une partie de la bourgeoisie savoyardes entendaient conserver leurs pouvoirs locaux traditionnels et navaient aucune envie de risquer leur puissance dans les évolutions économiques et politiques en cours. Quant au clergé incapable de sentir lévolution des esprits, il navait que le seul souci de défendre les situations acquises et de conserver son influence sur les "bons esprits"
LISSUE FINALE DE 1860.
LA SECONDE GUERRE DINDEPENDANCE.La guerre éclata en 1859 dans lenthousiasme conjoint des Milanais et des Piémontais. Larmée française gagna la plaine de Pô par Chambéry et par Nice* et Gênes*. Lempereur Napoléon III fut triomphalement reçu à Turin* ( 3 mai) et lon partit pour ce que lon croyait une simple promenade militaire.
En fait lAutriche se défendit vigoureusement et les deux grandes batailles de Magenta (4 juin) et Solferino (24 juin) sont restées célèbres par lhorreur des combats et labondance des victimes ( donnant raison ainsi au Genevois Dunant convaincu dorénavant de la nécessité de limiter ces tueries par une "Croix Rouge"). Napoléon III traumatisé et fatigué décida unilatéralement larrêt des combats et signa à Villafranca (11 juillet) un armistice aussitôt critiqué par les Sardes qui navaient néanmoins aucun moyen de le contrecarrer.
Alors que Cavour* faisait éclater sa fureur et démissionait, la paix de Zurich donna le Milanais (mais non la Vénétie) à Victor-Emmanuel II* à la fois ravi mais déçu, ce qui larrangea bien pour ne pas remercier son allié qui de son côté nosa pas réclamer Nice et la Savoie. Les Savoyards pro-français qui avaient exulté, étaient consternés face aux libéraux ravis de la conjoncture.
LA REVOLTE DE LITALIE CENTRALE.La Savoie allait-elle rester sarde ? Une nouvelle fois lhistoire en décida autrement. Au printemps 1860, une série de révoltes locales éclatait en Italie centrale. Sous la poussée discrète mais indéniable du gouvernement turinois, les princes de Modène, de Parme et de Florence étaient chassés, remplacés par des autorités provisoires qui demandaient aussitôt leur annexion au royaume de Sardaigne ( si on pouvait encore lappeler ainsi ). Un nouveau marchandage était dautant plus nécessaire que léquilibre européen navait jamais envisagé une telle extension du royaume prévu de Haute-Italie, on sen sortit par un nouvel accord franco-sarde, le traité de Turin* qui reconnaissait lévolution de la situation italienne, en compensation la France recevait (enfin) Nice* et la Savoie mais des plébiscites devaient montrer lapprobation des populations concernées.
LANNEXION DE 1860.Le printemps fut ainsi marqué par une série de consultations populaires, bien sûr on dut déplorer bien des pressions, bien des "oublis", bien des double-jeux mais il nest pas moins certain que ni Paris, ni Turin ne se manifestèrent ouvertement dans les régions concernées et que les négociations diplomatiques furent aussi sereines que possible. Les jeux étaient faits: déliées de leur serment de fidélité aux souverains traditionnels, les populations acceptèrent avec autant dillusion pour les uns que de résignation pour les autres, leurs nouvelles destinées. La Savoie était française et le proclama avec enthousiasme dans un plébiscite* triomphal laissant les Piémontais et les Valdotains fort surpris de se voir si rapidement oubliés par leurs "frères" savoyards qui ,comme en 1792, croyaient trouver dans lannexion à une grande puissance comme la France, la disparition définitive de leurs misères.
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