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La Savoie de 1815 à 1860- La période sarde
Auteur : M. Palluel-Guillard - Niveau de lecture : Public
SOMMAIRE
  • Introduction
  • La restauration (1815-1831)
  • Charles-Albert ( 1831-1848)
  • Victor-Emmanuel et Cavour


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  • Chronologie 1815-1860

     

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    Victor-Emmanuel et Cavour : la fin de la Savoie sarde ( 1849-1860)

     

    Une dizaine d’années vont être nécessaires au Piémont pour se remettre de la défaite et relancer le Risorgimento italien et d’un autre côté à la Savoie pour accepter avec enthousiasme sa réunion à la France au point de laisser croire que telle était l’issue fatale de son histoire.

     

    LE REGIME LIBERAL

     

    LES NOUVEAUX DECIDEURS.

    Le nouveau roi n’avait rien en commun ni au physique ni au moral avec son père. Il conserva le  Statuto* et accepta un gouvernement libéral et  presque parlementaire en la personne dès 1851 d’un premier ministre habile et obstiné Camille Bens de Cavour* qui sera ensuite considéré comme le père de l’unité italienne ( quoique apparenté au patriciat genevois) et comme le "bradeur" de la Savoie sarde (  quoique lié à la famille de saint François de Sales).

     

    LA NOUVELLE POLITIQUE EXTERIEURE.

    Le roi et son ministre s’entendaient assez mal sauf sur la nécessité de moderniser le royaume et d’en faire la base d’un nouvel Etat couvrant au moins l’Italie du nord, vieux rêve de la Maison de Savoie.  Cependant on tira la leçon de la décade précédente en attirant les capitaux britanniques et en flattant Napoléon III pour en faire un allié certes encombrant mais néanmoins nécessaire.

     

    Sortant ainsi de son isolement et de ses anciennes inhibitions, le gouvernement sarde se lance dans la grande politique européenne, il adhère à la coalition anti-russe de l’Angleterre , de la France et de Turquie  à l’origine de la guerre dite de Crimée, engagement aberrant puisque sans aucun motif pour les intérêts de Turin sauf celui de se faire remarquer et de prouver la renaissance de l’armée sarde ( menée par le général La Marmora)

     

    Cavour* peut ainsi participer au Congrès de Paris ( février-mars 1856) et s’attirer ainsi les sympathies anglaises et françaises. Certes il faut encore l’attentat d’Orsini contre NapoléonIII en janvier 1858 pour accélérer le rapprochement d’où la fausse secrète entrevue de Plombières ( juillet 1858) où l’habile ministre promet Nice* et la Savoie à la France comme prix de son intervention en Italie pour la création d’un indéfini royaume d’Italie du nord, le mariage du cousin de l’empereur Jérôme-Napoléon* avec la princesse Clotilde* célébré en janvier 1859, symbolisant et concrétisant l’alliance franco-sarde. Tout est donc prêt pour la nouvelle épreuve, d’autant que Turin rallie discrètement une partie des Républicains italiens en la personne du héros de 1848,  Garibaldi*, amené ainsi à rompre avec son ex-collègue Mazzini* muré dans sa méfiance contre la Maison de Savoie.

     

    LA NOUVELLE POLITIQUE EXTERIEURE.

    Liée à cette diplomatie, une active politique intérieure donne au royaume sarde les structures capitalistes et libérales nécessaires à l’appui de la bourgeoisie et à l’industrialisation du pays. Fortement aidé par des investissements franco-anglo-suisses, un puissant réseau ferré se met en place reliant Turin* à Gènes* et à Milan. Cependant on achoppe sur la difficulté d’une liaison ferroviaire entre le Piémont et la Savoie où se met en place une ligne Paris-Chambéry par Culoz prolongée bientôt sur Saint-Jean de Maurienne mais paralysée par la lenteur des travaux du tunnel du Fréjus* pourtant inauguré en grande pompe en 1857. Il n’empêche, l’ouverture commerciale du royaume excite la grande industrie dont le Piémont a bien besoin

     

    Encore faut-il aussi moderniser l’Etat, d’autant que Cavour* doit faire face à une double opposition conservatrice d’un côté et radicale de l’autre (sans compter les jaloux de son entourage et la méfiance du roi susceptible et hypocrite). La lutte contre les privilèges de l’Eglise va dominer la période, car il s’agit de ramener le royaume au niveau de la législation française, d’où la fermeture de couvents "inutiles", la suppression des privilèges judiciaires du clergé (lois Siccardi),  la  dissolution de certaines associations trop actives ou la punition de certains prêtres trop zélés (lois Rattazzi). Et le gouvernement de menacer l’Eglise de la création d’un mariage civil et d’un état-civil laïc "une Eglise libre dans un Etat libre" ne cesse de clamer Cavour* ce que ne peut supporter la hiérarchie ecclésiastique qui crie à la persécution  et appelle la "colère de Dieu" sur un tel mauvais gouvernement. Décidément on était bien loin du régime qui avait précédé 1848 pourtant pas si ancien….

     

    LES DERNIERS TEMPS DE LA SAVOIE SARDE.

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    LES RETICENCES DES SAVOYARDS.

    Ebranlée depuis 1848 dans ses convictions traditionnelles, la Savoie vit mal l’évolution du royaume. Elle ne se remet (et encore) qu’en 1855 de la crise économique qui la secoue depuis 1845 et qui renforce encore la bourgeoisie locale dans sa méfiance vis à vis de la révolution industrielle ( lui préférant de loin la jouissance de ses domaines fonciers ou la tranquillité des fonctions administratives)

     

    Le plus frappant est néanmoins l’inquiétude politique car l’originalité savoyarde ne peut que s’affoler devant une politique gouvernementale aussi dangereuse et incompréhensible à l’extérieur et aussi pénible à l’intérieur, car la grande majorité désapprouve la guerre de Crimée dont elle ne voit pas l’intérêt mais aussi la volonté de revanche sur l’Autriche car elle sent bien que d’éventuelles conquêtes italiennes ne pourront que renforcer ce nationalisme italien auquel elle ne participe pas et  qu’elle considère même contraire à ses intérêts.

     

    LES SAVOYARDS DU PIEMONT.

    Le feu des passions faisait oublier les données de l’histoire même récente. La Savoie ne voulait pas tenir compte des milliers de Savoyards établis en Piémont, on oubliait ainsi les fonctionnaires des bureaux, les officiels de la cour( ainsi Mgr Charvaz* ancien précepteur de Victor-Emmanuel II* devenu évêque de Pignerol puis archevêque de Gènes), les grands personnages du gouvernement ( Roget de Cholex* sous Charles-Félix,* le comte Avet* sous Charles-Albert etc) ou de l’Etat-Major, les innombrables mariages "mixtes" de la noblesse (plus du tiers des familles nobles savoyardes avait contracté des unions piémontaises !). Turin* abritait une foule de domestiques et de petits artisans venus de Savoie et n’oublions pas les relations économiques ( rien ne pouvant se faire en Savoie sans l’intervention des capitalistes piémontais) et culturelles ( du fait de tous les anciens étudiants de l’université de la capitale), bref le résultat de cinq siècles d’histoire commune n’était pas négligeable, loin de là.

     

    LES OPPOSANTS SAVOYARDS.

    Or réveillant un antagonisme anti-piémontais qui rappelle les querelles des dernières années de l’Ancien Régime, la susceptibilité savoyarde anime une presse aussi abondante qu’excitée et par là va dresser toute une opinion complexée contre la politique cavourienne. Pourquoi s’intéresser à des Italiens dont on n’a rien à faire alors que le gouvernement s’occupe de moins en moins des Savoyards, italianise ses méthodes et ne cesse de provoquer la fidélité traditionnelle des "plus anciens sujets de Sa Majesté" ? Ces thèmes furent repris en permanence par les députés savoyards au parlement de Turin* pour la plupart conservateurs et isolés face à la majorité libérale de l’assemblée. Bien sûr la querelle religieuse n’arrangea rien, les évêques savoyards criant à la persécution surtout après l’arrestation symbolique de l’archevêque de Turin, Mgr Franzoni,

     

    LES LIBERAUX PRO-SARDES.

    Bien sûr, tout le monde n’est pas de cet avis et les libéraux  (comme exultent d’avoir enfin le gouvernement  de leurs vœux. même s’ils le considèrent souvent encore bien timide. Le paradoxe n’en demeure pas moins de voir les conservateurs si anti-français auparavant jeter un œil de plus en plus favorable sur la France et son second Empire symbole d’ordre, de stabilité et de richesse alors que les libéraux suivant une évolution inverse, protestent dorénavant contre une telle trahison en insistant sur l’intérêt des relations piémontaises. L’histoire savoyarde était décidément pleine d’imprévus, on n’y gagnait point en sérénité et l’instabilité ne cessait de croître.

     

    En fait il eût fallu raison garder: Cavour* n’était pas en soi hostile à la Savoie bien au contraire il y avait même de fructueux intérêts particuliers ( à Aix*, à Evian*, dans la compagnie ferroviaire du Victor-Emmanuel II* ) mais il n’entendait pas se faire freiner par des minorités considérées comme irréalistes dans leur conservatisme. L’italianité du royaume était une réalité de plus en plus sensible mais Turin* et les vallées alpines étaient encore largement francophones tout comme la cour et les milieux ministériels. La persécution religieuse était toute relative et d’ailleurs très mal appliquée puisque l’Eglise gardait ses biens, la plupart de ses couvents ( surtout en Savoie) et son influence scolaire. En fait, la noblesse et une partie de la bourgeoisie savoyardes entendaient conserver leurs pouvoirs locaux traditionnels et n’avaient aucune envie de risquer leur puissance dans les évolutions économiques et politiques en cours. Quant au clergé incapable de sentir l’évolution des esprits, il n’avait que le seul souci de défendre les situations acquises et de conserver son influence sur les "bons esprits"

     

    L’ISSUE FINALE DE 1860.

     

    LA SECONDE GUERRE D’INDEPENDANCE.

    La guerre éclata en  1859 dans l’enthousiasme conjoint des Milanais et des Piémontais. L’armée française gagna la plaine de Pô par Chambéry et par Nice* et Gênes*. L’empereur Napoléon III fut triomphalement reçu à Turin* ( 3 mai) et l’on partit pour ce que l’on croyait une simple promenade militaire.

               

    En fait l’Autriche se défendit vigoureusement et les deux grandes batailles de Magenta (4 juin)  et Solferino (24 juin) sont restées célèbres par l’horreur des combats et l’abondance des victimes ( donnant raison ainsi au Genevois Dunant convaincu dorénavant de la nécessité de limiter ces tueries par une "Croix Rouge"). Napoléon III traumatisé et fatigué décida unilatéralement l’arrêt des combats et signa à Villafranca (11 juillet) un armistice aussitôt critiqué par les Sardes qui n’avaient néanmoins aucun moyen de le contrecarrer.

     

    Alors que Cavour* faisait éclater sa fureur et démissionait, la paix de Zurich donna le Milanais (mais non la Vénétie) à Victor-Emmanuel II* à la fois ravi mais déçu, ce qui l’arrangea bien pour ne pas remercier son allié qui de son côté n’osa pas réclamer Nice et la Savoie. Les Savoyards pro-français qui avaient exulté, étaient consternés face aux libéraux ravis de la conjoncture.

     

    LA REVOLTE DE L’ITALIE CENTRALE.

    La Savoie allait-elle rester sarde ?  Une nouvelle fois l’histoire en décida autrement. Au printemps 1860, une série de révoltes locales éclatait en Italie centrale. Sous la poussée discrète mais indéniable du gouvernement turinois,  les princes de Modène, de Parme et de Florence étaient chassés, remplacés par des autorités provisoires qui demandaient aussitôt leur annexion au royaume de Sardaigne ( si on pouvait encore l’appeler ainsi ).  Un nouveau marchandage était d’autant plus nécessaire que l’équilibre européen n’avait  jamais envisagé une telle extension du royaume prévu de Haute-Italie, on s’en sortit par un nouvel accord franco-sarde, le traité de Turin* qui reconnaissait l’évolution de la situation italienne, en compensation la France recevait (enfin) Nice* et la Savoie  mais des plébiscites devaient montrer l’approbation des populations concernées.

     

    L’ANNEXION DE 1860.

    Le printemps fut ainsi marqué par une série de consultations populaires, bien sûr on dut déplorer bien des pressions, bien des "oublis", bien des double-jeux mais il n’est pas moins certain que ni Paris, ni Turin ne se manifestèrent ouvertement dans les régions concernées et que les négociations diplomatiques furent aussi sereines que possible. Les jeux étaient faits: déliées de leur serment de fidélité aux souverains traditionnels, les populations acceptèrent avec autant d’illusion pour les uns que de résignation pour les autres, leurs nouvelles destinées. La  Savoie était française et le proclama avec enthousiasme dans un plébiscite* triomphal  laissant les Piémontais et les Valdotains fort surpris de se voir si rapidement  oubliés par leurs "frères" savoyards qui ,comme en 1792, croyaient  trouver dans l’annexion à une grande puissance comme la France, la disparition définitive de leurs misères.

     

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