| < |
| Toutes les cartes |
| Cartes Historiques |
| Relief |
| Précipitations |
| Géologie |
| Administration |
| Végétation |
| Energie |
| Transport |
| Agriculture |
| Religion |
| Tourisme |
| Industrie |
|
Archives
Haute Savoie |
| Archives
communales et intercommunales |
|
Publications |
| |
- |
|
LE SENAT DE SAVOIE ( 1559-1860 )
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique |
|
|
|
Les compétences judiciaires, administratives et politiques Dans le cadre de la hiérarchie judiciaire, le Sénat de
Savoie occupait léchelon supérieur et contrôlait
en dernière instance et en matière civile, les sentences
des châtelains et des juges-mages. Mais il connaissait en première
et dernière instance les affaires criminelles et se montra souvent
dune sévérité qui se voulait dissuasive, nhésitant
pas à prononcer des peines de mort. Dans le cas de lextradition
dun étranger délinquant, seul le duc pouvait donner son
accord. A côté de ce critère matériel et comme en
droit romain, la compétence pouvait être dictée par
le caractère personnel des justiciables, intuitu personae. En effet,
les veuves, les pupilles et les déshérités avaient
le privilège de ne relever que de lexamen du Sénat dans
le cadre du Bureau des pauvres dont nous avons parlé précédemment.
Influencé par les pratiques des Parlements de droit écrit
du sud-est de la France, le Sénat développa un système
judiciaire et législatif très complet en faveur des miserabiles
personae. Doté dune compétence administrative et dun véritable
pouvoir réglementaire, le Sénat participait à lélaboration
des prescriptions législatives et prenait en application les mesures
de police les plus appropriées. Il édictait des arrêts
généraux considérés comme des règlement
qui simposaient à tous et recouvraient des domaines variés.
Se croyant investi dune mission relative au contrôle des comportements,
le Sénat se montra particulièrement soupçonneux à
légard des aubergistes et cabaretiers trop nombreux. Il leur était
interdit de loger aucuns fainéants vagabonds et dacheter aux personnes
suspectes, inconnues et aux gueux des ferrures ou du bois à peine
dêtre punis comme larrons. En ville, les interdictions dallumer
des feux dans les boutiques se justifiait parfaitement par les risques
dincendie mais le contrôle des livres en vente dans les librairies
relevait plutôt de lexercice dune censure arbitraire. La police des vignobles était également stricte dans la
mesure où de nombreux sénateurs possédaient des vignes
et comptaient bien en tirer les plus grands profits. La date douverture
des vendanges était fixée par les Sindics des villes, villages
et paroisses du présent Ressort de Savoye à peine de confiscation
des fruits et amende de 500 livres. Emporter pieux, paisseaux ou perches
de vignes, voler du raisin de jour comme de nuit constituaient des infractions
passibles du fouet donné en public ! Hommes de foi, les sénateurs furent les défenseurs de
la religion catholique et de lEglise romaine contre toutes les velléités
dhérésie. Il était ainsi interdit de vendre ou de
consommer de la viande les jours de fête à lheure de la
messe solennelle et durant le temps du Carême à peine de
500 livres damende ou de jouer aux cartes et aux quilles pendant les
offices à peine de 50 livres damende. Ne relevant juridiquement
ni de lordre public ni de la morale élémentaire, ces interdictions
correspondaient uniquement aux prohibitions instaurées par lEglise
de Rome. Cependant, il convient de souligner que si le Sénat fit preuve
dune réelle observance des prescriptions chrétiennes, il
adopta également lattitude plutôt gallicane des Parlements
français à légard de la papauté. Sur le plan
administratif, les affaires ecclésiastiques devenaient rapidement
compliquées du fait du morcellement des diocèses. Chambéry
et ses alentours formaient le Décanat de Savoie et dépendaient
de lévêché de Grenoble, institution exclue de la
compétence du Sénat. Le métropolitain était
larchevêque de Vienne qui exerçait aussi son autorité
sur les diocèses de Maurienne et de Genève. Ces prélats
étaient parfois des Piémontais ou même des Romains
trop souvent absents. Seul le très ancien archevêché
de Tarentaise était autonome et métropolitain des diocèses
de la vallée dAoste et de Sion. De plus, dans lavant-pays savoyard,
le Petit Bugey dépendait de lévêque de Belley lui-même
électeur de lévêque de Besançon ! De tout
temps, le Sénat de Savoie manifesta son indépendance par
rapport au Saint-Siège quand il sagissait de promulguer les bulles,
lettres, brefs et autres mandats apostoliques et conciliaires. Lapplication
de ces textes en Savoie dépendait de lautorisation de la cour
souveraine qui se réservait la prérogative den vérifier
la conformité aux droits du Souverain et de ses Etats, de la Nation
et de lintérêt public. Les réticences, résistances
et lenteurs du Sénat trouvaient là leur terrain de prédilection
! Lépineuse question des rapports entre le Sénat et les
tribunaux dofficialité devait être réglée
par la composition de lUsage de la Savoie concernant les matières
ecclésiastiques, document dont la rédaction fut entreprise,
mais jamais terminée, entre 1724 et 1729 à la demande de
Victor-Amédée II. On en donnait lecture deux fois par an
aux membres de la Compagnie. Le rôle politique du Sénat fut instauré dès
sa création par la volonté d Emmanuel-Philibert, comme
le montrent ses instructions particulières en date du 13 février
1560. Semparant de cette latitude, le Sénat obtint le droit de
modifier les édits en refusant de les entériner sans transformation.
Les souverains sentouraient des conseils et observations des sénateurs
qui, pour leur part, firent preuve de prudente dignité et de liberté
desprit. En principe, le duc pouvait passer outre lavis de sa Cour après
trois refus consécutifs, trois jussions, mais on nen vint jamais
à cette extrémité ; le pouvoir central sut reconnaître
le bien fondé des remontrances émises par ces jurisconsultes
éminemment compétents et accepta de corriger les incohérences
ou contradictions de la politique entreprise. Le plus souvent il sagissait
dune collaboration active entre le souverain et le Sénat. Ce dernier
pouvait prendre linitiative dun texte de loi au vu du vide juridique
révélé par la pratique. Ces propositions étaient
examinées à Turin puis ratifiées. Léchange
dune correspondance considérable témoigne de ce souci commun
de réglementer au mieux la vie des populations et la défense
de la chose publique. Dans les périodes de trouble, le Sénat
se fit parfois le seul interprète de la volonté populaire,
par exemple en dénonçant vigoureusement la misère
des Savoyards à Louis XIV, lors de loccupation française
du Duché durant le terrible hiver 1708. Au XVIII° siècle,
avec la montée de labsolutisme piémontais, ces prérogatives
protectrices des privilèges locaux furent rapidement et symboliquement
réduites. |
| - |
|