| < |
| Toutes les cartes |
| Cartes Historiques |
| Relief |
| Précipitations |
| Géologie |
| Administration |
| Végétation |
| Energie |
| Transport |
| Agriculture |
| Religion |
| Tourisme |
| Industrie |
|
Archives
Haute Savoie |
| Archives
communales et intercommunales |
|
Publications |
| |
- |
|
LE SENAT DE SAVOIE ( 1559-1860 )
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique |
|
|
|
Dissolution, restauration et suppression du Sénat de Savoie 1-La dissolution Le 3 septembre 1730, Victor-Amédée II abdiquait en faveur
de son fils, Charles-Emmanuel III. Deux ans après léchec
dune tentative de retour, il mourut en laissant le nouveau souverain
consolider labsolutisme royal. Il commença par supprimer le droit
de remontrances au trois Sénats de Chambéry, de Turin et
de Nice. On étouffa ainsi toute velléité dopposition
de la part des magistrats. Les lois et les édits ne relevaient
plus que du concours du Chancelier et des ministres piémontais.
Dans chaque province du Duché, les gouverneurs, les intendants
et les commandants militaires soccupaient de ladministration et de la
police. En 1742, la France et lEspagne sallièrent contre la Savoie
et linfant, don Philippe, fit son entrée solennelle à Chambéry
le 5 janvier 1743. Les quatre syndics de la ville et les Sénateurs
en grande tenue vinrent prêter serment au représentant de
sa Majesté catholique, Philippe V. Il ny eut aucun changement
dans ladministration de la justice si ce nest que le Sénat devait
connaître les affaires portées devant la Chambre des Comptes,
définitivement supprimée en 17 .Durant ces quatre années
doccupation étrangère, la Savoie fut vidée de ses
ressources pour assurer lentretien de larmée et des fonctionnaires
qui vécurent à ses dépens. Les registres de 1742
à 1749 témoignent des réclamations des Sénateurs
privés de toute rétribution. Toujours prompt à faire allégeance aux maîtres du
jour, le Sénat fut le premier corps constitué à reconnaître
la légitimité de lAssemblée des Allobroges et à
venir lui rendre hommage, le 24 octobre 1792, en habits de cavalier, cest-à-dire
en tenues civiles. La Cour restait composée de deux chambres de
six sénateurs chacune et le Président fut appelé
régent du Sénat. Désormais privé de ses insignes
traditionnels, elle siégeait face à une pique surmontée
du bonnet de la liberté ! Le 28 novembre 1792, on lut publiquement
le décret signé à Paris par la Convention Nationale
pour entériner la réunion à la République
française de lAllobrogie devenant le département du Mont-Blanc.
A nouveau, les sénateurs multiplièrent les démonstrations
patriotiques et les remarques envers les quatre Commissaires venus organiser
le département. En janvier 1793, le Sénat fit part à
Hérault de Séchelles de la nécessité dobserver
un délai de transition pour la promulgation et lapplication des
lois françaises, à quoi le délégué
de la Convention répondit sèchement : On attend de vous
la soumission à des lois que vous avez désirées vous-mêmes
et cest par son zèle à les mettre en pratique que le Sénat
provisoire de Chambéry honorera la dernière époque
de sa mission. En soulignant ensuite que le rôle du Sénat
se bornait au simple enregistrement, à la transcription sur les
registres de létat de la collection des lois, des dates denvoi
et de réception et du dépôt au greffe, le Commissaire
du peuple annonçait manifestement la fin prochaine de lantique
institution. Bien conscient de linévitable échéance,
le Sénat réunit en un seul acte daté du 25 janvier,
toutes les formalités de dépôt des 26 volumes de lois
envoyés de Paris et attendit sa prochaine dissolution comme celle
des Parlements français qui nexistaient plus depuis 1790. Deux
mois plus tard, par voie dhuissier, on lui fit savoir que la Municipalité
de Chambéry avait besoin de son local pour y installer le tribunal
du district. La Compagnie se tint pour avertie et sans plus de cérémonie,
fermant le dernier registre des séances le vendredi 22 mars 1793,
elle décida de se dissoudre. 2-La restauration Le Sénat devait réapparaître vingt-deux ans plus
tard, mais en attendant, les affaires pénales furent confiées
au Tribunal criminel du Mont-Blanc mis en place en mai 1793 et composé
d un Président, un accusateur public, trois juges et un greffier.
En septembre, un introduisit un jury populaire de huit jurés renouvelables
tous les trois mois. La compétence prenait un caractère
beaucoup plus arbitraire et concernait la poursuite des individus, prêtres
et ci-devant nobles convaincus davoir pris part à des émeutes
contre-révolutionnaire, des auteurs de complots contre la liberté
publique, des citoyens coupables davoir recélé chez eux
des émigrés ou des prêtres réfractaires . Tous
ces crimes de circonstance étaient punis de mort et les biens des
condamnés à la peine capitale ou à la déportation
étaient confisqués. Les jugements devaient être exécutés
sans appel et sans recours en cassation. Pendant ce temps, les Piémontais aidés par les Autrichiens,
avaient repris loffensive contre larmée française de Kellermann
en Tarentaise et en Maurienne. Ils durent se retirer au-delà des
Alpes précipitant lémigration des Savoyards vers le Piémont.
La liste des émigrés du département du Mont-Blanc
comptait des ecclésiastiques, des hommes de loi, les sénateurs
dorigine piémontaise, des notaires, des procureurs. Un seul sénateur
connut une fin tragique, Paul-Joseph Briord, frère de lévêque
dAnnecy. Avocat nommé sénateur à Chambéry
en décembre 1764 et Président à la retraite depuis
1776, il fut transféré en charrette à la prison et
delà vers léchafaud mais il mourut en quelques heures des
mauvais traitements que son grand âge ne pouvait supporter. La répression révolutionnaire fut principalement luvre
dAntoine-Louis Albitte venu consolider le gouvernement local, extirper
les abus et punir les rebelles. Dans chaque chef-lieu darrondissement,
il implanta un tribunal militaire pour juger sommairement les individus
qui auraient pris les armes contre la République. Il y eut ainsi
en Savoie un certain nombre de condamnations et dexécutions en
1793 et 1794 jusquau 9 thermidor. Le moindre manquement était
un crime de lèse-patrie ; on en vint à accuser la corporation
chevalière de crime de faux, cest-à-dire les Chevalier-Tireurs
qui en sexerçant au tir à larc, maniaient un simulacre
darme ! Toutefois, les études les plus récentes ont mis
en évidence la politique dindulgence des accusateurs publics de
Chambéry chaque fois quils purent minimiser des faits. Ainsi,
au plus fort de la Terreur, le tribunal criminel ninquiéta ni
les citoyens accusés de fournir des asiles secrets aux prêtres
condamnés à la déportation, ni les échauffés
qui criaient Vive le roi de Sardaigne. Sous le Directoire, la justice
fut rendue avec une grande modération. En mars 1815, la nouvelle du retour de Napoléon à Cannes
provoqua une certaine panique dans les rangs des sénateurs qui
senfuirent à Aoste par le col du Petit-Saint-Bernard mais Waterloo
rétablit la confiance et permit leur réinstallation à
Conflans. 3-La suppression La restitution de toute la Savoie au Royaume de Sardaigne entraîna
la rétablissement du Sénat à Chambéry et son
renforcement en trois chambres dont le fonctionnement fut confié
à vingt sénateurs au total. Durcis par les épreuves
endurées, les nouveaux magistrats nétaient pas animés
du même dévouement aux Savoyards ni de léquité,
ni de la bienveillance dont avaient fait preuve leurs aînés
dans leurs délibérations conciliatrices. Lesprit de la
Compagnie avait nettement changé : chacun sefforçait deffacer
les moindres traces des libertés acquises pendant la période
révolutionnaire. Ainsi, le retour au couvent des Dominicains de
Chambéry le 8 mars 1816 ne se fit pas dans lallégresse
populaire mais dans la déploration de léglise monastique
qui avait été détruite. Le premier arrêt pris
en ces lieux accentuait cette volonté dabolition des droits du
citoyen redevenu un sujet de la monarchie sarde. En invoquant lancien
droit, le Sénat débouta les requérants de la motivation
dun jugement rendu en audience publique. Une telle décision provoqua
la fureur et marquait un retrait intolérable par rapport aux lois
françaises dont chacun avait pu mesurer la libéralité.
On critiqua le Sénat pour cette décision archaïque
basée sur le vieux principe de linfaillibilité des Cours
souveraines. Des dissensions devenaient inévitables entre un Sénat
cramponné à ses traditions et à ses privilèges
honorifiques et un peuple ouvert aux idées libérales auxquelles
il nentendait pas renoncer. A Turin, Victor-Emmanuel I, ses ministres
et ses conseillers se montraient tout autant hostiles aux tendances progressistes
de leur temps et voulaient ignorer les nouvelles aspirations des populations.
En Savoie, les six premières années de la Restauration sarde
furent à peu près calmes malgré les mesures prises.
En effet, on écarta les membres du personnel judiciaire qui avaient
collaborés avec lusurpateur. On ne retint pas les multiples serments
dallégeance prononcés sans honte par les sénateurs
eux-mêmes mais on écarta arbitrairement des juges-mages devenus
juges de paix sous le Consulat et lon dégrada certains magistrats
qui avaient tenus les tribunaux dEmpire. On supprima linfâme guillotine
pour rétablir la pendaison ! Et, en 1815-1816, on donna un avertissement
aux rebelles en prononçant deux peines de mort. Ladministration imposée par le régime sarde suscita la
plus grande méfiance quand il mit effectivement en application
le Buon Governo, édicté dans le préambule des lettres
patente du 13 juillet 1814. Ce régime réactionnaire dépendait
de la gendarmerie royale ; les carabiniers devinrent les dépositaires
exclusifs de lautorité publique. On instaura à Chambéry
un bureau spécial et un délégué dans chaque
ville de la province. Transformés en véritables miliciens,
les officiers détenaient des pouvoirs considérables dans
tous les cas durgence qui leur appartenait de définir. Par la
suite, la police, la surveillance des habitants et le contrôle des
opinions furent confiés aux commandants militaires. En voyant ainsi
ses prérogatives ouvertement bafouées par les officiers,
le Sénat de Savoie dépêcha deux sénateurs à
Turin pour protester contre lempiètement dont se rendaient coupables
de simples auxiliaires de justice. Le roi répondit quil ne sagissait
que de mesures provisoires et renvoya sans plus dexplications les deux
plaignants ! En fait, ce régime provisoire dura jusquen 1821 !
Dune manière quelque peu mesquine, le Sénat tenta de
rétablir son autorité en condamnant lévêque
de Chambéry à une amende de 1000 livres pour le punir davoir
publié, sans attendre lautorisation officielle du Sénat,
un bref du pape qui rétablissait certaines fêtes religieuses.
Cependant, cette insistance à faire revivre des institutions dépassées
ne pouvait que provoquer des manifestations dhostilité contre
la monarchie. La révolte éclata en Piémont en 1821.
Mais elle ne put déboucher en Savoie dautant plus que le Sénat,
invariablement légaliste, refusa de reconnaître la constitution
" espagnole " du régent provisoire, Charles-Albert, et
sempressa denvoyer à Charles-Félix lhommage de son obéissance.
Durant cette période de réformes plus ou moins bien inspirées,
on déchargea le Ministre de lIntérieur pour créer
un véritable ministère de la justice en 1831. Le Sénat
de Savoie ne fut jamais consulté mais relégué à
un rôle secondaire de simple Cour de justice ; son influence politique
et sa mission modératrice appartenaient à un passé
révolu ; il se retrancha définitivement dans les limites
de ses seules attributions judiciaires. A son avènement, Charles-Albert
prit la sage décision de restreindre létendue des chasses
royales dans les Alpes au profit de lagriculture et supprima les sévices
cruelles quon affligeait aux condamnés à mort. Surtout,
il procéda à la fondation dun Conseil dEtat dont les prérogatives
législatives et budgétaires remplaçaient celles des
Sénats de Savoie, Nice et Turin ; leurs membres se trouvaient totalement
exclus des décisions politiques. En 1832, lémeute anticléricale de Chambéry suscitée
par les sermons dun jésuite particulièrement réactionnaire,
fut sévèrement jugée par un tribunal dexception.
Au lendemain de la terrible répression qui avait profondément
choqué les Chambériens, lévêque de Maurienne,
Mgr Billiet commit la maladresse de publier de sa propre autorité
un bref signé par le pape pour mettre en place une commission composée
dun cardinal et de plusieurs évêques et chargée de
prendre connaissance des affaires ecclésiastiques et de létat
du clergé régulier et séculier en Savoie. Complètement
affaibli, le Sénat du Piémont acquiesça mais le Sénat
de Savoie, bafoué une nouvelle fois, réagit avec vigueur
et détermination. Il dénonça cette commission comme
un véritable tribunal dinquisition, prêt à interroger
le clergé sur les points de la doctrine et de la discipline, pour
ensuite contrôler les murs, les comportements et les idées
des habitants de Savoie. Retrouvant lesprit dindépendance et
déquité qui avait fait la grandeur de lancien Sénat,
les magistrats rédigèrent des remontrances au roi et, après
un vote à lunanimité, les expédièrent à
Turin le 31 janvier 1833. Devant la fermeté et lintelligente argumentation
de son Sénat, Charles-Albert comprit le danger et interdit limplantation
de la commission denquête ecclésiastique ordonnant que dans
lensemble de ses Etats les évêques cessent de se réunir
dans ce but. En 1834, un nouveau problème judiciaire se posa à propos
du tribunal militaire spécial formé pour punir les complices
de Mazzini qui avaient cherché à envahir la Savoie depuis
la Suisse et le département de lIsère. Le Sénat
de Savoie protesta de son privilège de juridiction mais il ne fut
pas écouté et le conseil de guerre de Chambéry jugea
et condamna à mort en trois jours deux prisonniers ; prononcée
le 15, la sentence fut exécutée le 17 février. Puis
Turin nhésita pas à compromettre le Sénat dans ce
régime de terreur en le laissant juger douze autres comparses de
petite envergure. Le 22 mars suivant, le Sénat les condamnait tous
à être pendus et étranglés jusquà ce
que mort sensuive ; leurs familles devaient payer une amende de 50 000
livres et verser des dommages-intérêts en réparation
des biens détruits au cours des opérations. Succombant à
ses traditions moralisatrices, le Sénat exigea quun écriteau
infamant soit attaché à la potence. Cet arrêt criminel
rendu sous la pression du pouvoir central devait être la dernière
et malheureuse décision du souverain Sénat de Savoie. Sa
réputation dobjectivité était définitivement
atteinte. Le 20 juin 1837, le Code civil albertin entrait en vigueur et
supprimait linfaillibilité théorique des sénateurs.
De ses anciennes attributions extra judiciaires, le Sénat ne conservait
que lenregistrement des lois réduit à une pure formalité.
En 1848, le Statuto qui avait créé une chambre des députés
et un Sénat comme chambre haute, lédit du 4 mars transforma
la vieille juridiction en une simple Cour dappel dont les arrêts,
obligatoirement motivés, seraient soumis au pouvoir régulateur
dune Cour de cassation créée à Turin. En 1860, cest
en référence à lancien Sénat que Chambéry
put conserver sa Cour ; depuis, elle est défendue avec acharnement
autant contre les voisins concurrents que contre les partisans des simplifications
administratives. |
| - |
|