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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique |
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Page 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 Introduction
Encore placé sous la régence de sa mère, Marie-Christine
de France, sur du roi Louis XIII et veuve de Victor-Amédée
I, le jeune Charles-Emmanuel II incita dès 1657 la Commune de Turin
à faire la relation et à lever les plans non seulement de
la ville mais des lieux de plaisance des environs appartenant à
leurs Altesses Royales. En cette seconde moitié du XVII° siècle,
ce projet savérait anachronique et le duc saffirmait comme le
gardien de la tradition du XVI° siècle. En effet, les Cosmographies,
Topographia et Speculum résultaient des compilations érudites
de la Renaissance. Soutenue par lEmpereur, lécole germanique avait fourni les
premières uvres comme, en 1544, la Cosmographia Universalis
de Sébastien Münster. Dans les cantons suisses, quelques savants
intrépides sétaient intéressés aux Alpes
: Aegidius Tschudi parcourut les cols daltitude et observa la nature
alpestre avant de publier, à Bâle en 1538, le De Alpina Rhoethiae
, les Grisons. En 1548, la Chronique suisse de Stumpf connut aussi un
grand succès car elle décrivait avec exactitude les routes,
les cols, les bourgades, les sources thermales, les hospices et les auberges
que le géographe avait réellement visités. Pour sa
part, un professeur zurichois, Josias Simler, fit preuve dune intuition
étonnante dans la compréhension de la faune, de la flore,
du régime des torrents et des glaciers alpins. Mais, ces découvertes
furent oubliées et, dans le domaine des connaissances scientifiques
et des techniques pratiques de lalpinisme, lâge classique marqua
une régression indubitable. Les souverains anglais, espagnols et français avaient fait procéder
à linventaire partiel de leurs royaumes à travers des "enquêtes"
portant sur la situation géographique, les ressources agricoles
et minières, le plan des villes, des fortifications et des ponts,
le tracé des routes et des cours deau ; souvent restées
secrètes, ces informations appartenaient aux états-majors
et les cartes les plus complètes étaient utilisées
en temps de guerre. A Turin , le projet ducal reçut l approbation
de Christine de France, qui avait souvent vu son père, Henri IV
et, un autre passionné, Sully, examiner et commenter les cartes
chorographiques de la plupart du Royaume. Le lancement du Theatrum Sabaudiae se fit en Hollande, alors que les
Provinces-Unies protestantes avaient obtenue leur autonomie par rapport
à lEspagne catholique toujours fortement implantée à
Anvers. Les maîtres cartographes flamands émigrèrent
à Amsterdam, symbole de liberté religieuse, intellectuelle
et éditoriale. Publié sous le titre de Theatrum Orbis Terrarum,
lAtlas dOrtelius signa lacte de naissance de la cartographie moderne.
Peu après, lauteur flamand, Gerhard Mercator, sassocia à
léditeur hollandais, Jodocus Hondius, et lui céda ses plaques
dimpression. Ainsi, en quittant Anvers, les cartographes-éditeurs
emportaient avec eux leur savoir-faire, leurs fonds documentaires et leurs
cuivres. Les Hollandais bénéficièrent dautant mieux
de cet apport que la Compagnie des Indes orientales, installée
dès 1602, abritait également ses archives à Amsterdam
et comptait étendre son empire commercial. En 1609, la compagnie
acheta à lembouchure de lHudson la presquîle de Manhattan
pour fonder le comptoir de la Nouvelle-Amsterdam, aujourdhui New-York.
En fait, linitiative savoyarde poursuivait un tout autre but que celui
de la connaissance exhaustive des Etats. La grande affaire du XVII°
siècle aura été la prétention de la Maison
de Savoie au titre royal quelle sétait elle-même attribué.
Le Theatrum Sabaudiae a été conçu comme une uvre
de prestige enrichie dune généalogie pluriséculaire,
de portraits de belle facture, de cartes et de gravures remarquables.
Par son intermédiaire, Versailles et toutes les autres monarchies
dEurope devaient se convaincre de la suprématie diplomatique,
culturelle et artistique du duché de Savoie, digne dêtre
érigé en royaume. Les nombreux protagonistes de ce qui fut une longue entreprise éditoriale
(I) firent preuve de ténacité pour faire face à lexécution,
au financement et à lacheminement en temps voulu des dessins et
des manuscrits entre Turin et Amsterdam. Rédigés selon un
plan clairement défini, les textes des Relations devaient regrouper
des thèmes choisis ( II ) : la géographie, lhéritage
de lAntiquité romaine, la présentation des monuments et
des églises, lévocation des paysages ruraux et urbains,
les productions de lagriculture et de lartisanat, quelques précisions
relatives aux personnages illustres. A la lecture du tableau de cette
terre natale magnifiée, il faut sinterroger sur la réalité
de la Savoie du XVII° siècle. ( III ) PLAN : I- Une longue entreprise éditoriale |
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