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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique |
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Page 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 II-E Limplantation religieuse E- Limplantation religieuse
En parcourant les descriptions, on constate que le patrimoine religieux
occupe une place importante : cathédrale, églises paroissiales,
chapelles, monastères, collèges et hôpitaux ont été
instaurés par la Réforme tridentine propagée par
lintermédiaire de personnalités dexception comme les évêques
Charles Borromée et François de Sales. Elle sest appuyée
sur limplantation de nouveaux ordres religieux, sur le zèle de
quelques évêques efficaces et sur le dévouement dun
clergé séculier de bon niveau, soucieux de guider les catholiques
vers une foi moins superstitieuse et rituelle, plus personnelle et mieux
vécue. Les gravures montrent des villes hérissées
de clochers. Lélan spirituel sest traduit par la création de nombreuses
maisons religieuses occupées par les jésuites, les oratoriens,
les visitandines, les bernardines, les carmélites. Toutefois, ces
congrégations se mirent à accaparer peu à peu tous
les espaces urbains encore vacants, les faubourgs, les prairies et les
terrains constructibles situés à proximité des remparts
des villes. Les autorités publiques sinquiétèrent
car cet afflux provoqua un effet de saturation. Le problème devint
préoccupant dans la mesure où, comme on le sait, les biens
dEglise étaient inaliénables avant la Révolution
Française. Le Sénat de Savoie et les syndics des villes
préconisèrent des limitations salutaires à cette
expansion excessive mais les décisions des pouvoirs civils ne furent
pas suivi deffets. Dépossédée du Saint-Suaire, la Sainte-Chapelle
de Chambéry connut cependant des aménagements architecturaux
comme la façade baroque de style jésuite élevée
entre 1640-1641 et les portes de noyer réalisées par lartiste
franc-comtois, François Cuénot, en 1663. La planche de Moûtiers
montre la cathédrale du XI° siècle flanquée de
ses quatre grands clochers romans à lallemande et du palais archiépiscopal
refait par deux prélats de la Contre-Réforme. Le nouveau
collège et le grand séminaire complétaient la vocation
religieuse de la cité. La cité dAnnecy était célèbre
par la présence du corps de Saint François de Sales canonisé
en 1665. Le couvent de la Visitation, les églises, le palais épiscopal
de Tresum et collège ont été fidèlement reproduits
par Borgonio. Au bord du lac Léman, la gravure de Thonon fait une
large place au château de Ripaille endommagé par les Bernois
et restauré pour loger les ermites de la Chartreuse de Vallon chassés
par les protestants. Isolés et privés de revenus, les chartreux
mirent un siècle à construire léglise baroque que
la planche montre achevée ; elle ne le fut réellement quen
1764. La bourgade de Rumilly accueillait les nouveaux ordres monastiques
autorisés par le Concile de Trente : les capucins, les bernardines
et les visitandines. En ce qui concerne lenseignement, le collège
confié aux oratoriens fut agrandi de quatre classes pour un total
denviron quatre-vingts élèves ; de même, à
La Roche, le collège fondé en 1569 comptait trois cents
élèves en 1574 ; parmi eux, Guillaume Fichet, humaniste
et futur Recteur de la Sorbonne. En 1628, cet établissement de
grande qualité devint lannexe des jésuites de Chambéry,
alors évincés dAnnecy et de Thonon. Enfin, le Theatrum
Sabaudiae réserve une vue à labbaye dHautecombe sur le
lac du Bourget. On sait que depuis 1560, les ducs de Savoie nétaient
plus enterrés dans leur nécropole traditionnelle dont il
ne restait au XVII° siècle quune église endommagée
et quelques moines bénédictins. Le monastère actuel
a été entièrement refait dans le style troubadour
au début du XIX° siècle, entre 1824 et 1826, pour le
roi Charles-Félix et la reine Marie-Christine. On ne peut ignorer linfluence que les Bernois exercèrent en
matière de religion sur le Chablais du XVII° siècle.
Des clercs, des moines, des vignerons et des paysans, des familles parmi
les plus cultivées, rallièrent la Réforme protestante
malgré les mesures répressives et les interdictions successives
proclamées par le duc et mises en application par les juges-mages.
En 1686, Victor-Amédée II raffermit sa politique dintolérance
malgré les résistances locales. Il faudra attendre le début
du XVIII° siècle pour connaître une certaine amélioration
du statut des Protestants, par ailleurs totalement occultés dans
les pages du Theatrum. |
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