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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique |
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Page 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 III-A Une société appauvrie III- La dure réalité du XVII° siècle en Savoie En Savoie, la première moitié du XVII° siècle fut une période de misère. Vers 1660-1670, la politique mercantiliste soutenue par le développement des voies de communication, commença à amorcer un retour à une prospérité limitée. Lurbanisme, resté médiéval, connut un certain renouveau à linitiative de quelques particuliers. Les gravures du Theatrum Sabaudiae témoignent dune vision passéiste et idéalisée, uniquement destinée à valoriser lancienneté immuable du duché de Savoie. A- Une société appauvrie Les calamités naturelles, les épidémies, les conséquences des guerres, la fiscalité écrasante ont contribués à exaspérer un phénomène déjà latent, lémigration des Savoyards vers des contrées plus clémentes. Entre 1590 et 1850, "le petit âge glaciaire" a provoqué des catastrophes particulièrement importantes dans la Savoie du XVII° siècle. Lextension des glaciers alpins, des chutes de neige exceptionnelles, labondance des pluies printanières et des inondations, des orages de grêle et autres fléaux anéantirent les récoltes et les vendanges, alors que les échanges étaient déjà limités à quelques produits complémentaires et transportables. A lépoque du relevé de Borgonio en 1674, la cité de Saint-Jean de Maurienne devait faire face aux crues dévastatrices de lArc et des torrents voisins, tandis quon signalait la présence de loups affamés dans les parages ! Les gravures ignorent ces bouleversements climatiques si préjudiciables au développement agricole de la Savoie. Les champs sont vides de paysans et de troupeaux ; curieusement, les seules représentations du monde rural se situent au premier plan de la planche dEvian : des paysanne saffairent au soin et à la traite de maigres vaches ; autour delles, des mesures pour le lait, des fromages empilés, une baratte pour le beurre illustrent lune des activités essentielles des Savoyards. Les textes correspondants évoquent comme une évidence cette production fromagère sans dire quelle dépend de nombreux aléas : laccès aux pâturages ou les épizooties. Si les bases de lalimentation quotidienne se raréfiaient, les prix augmentaient et ces "crises de cherté" entraînaient une malnutrition et une surmortalité due à une plus grande vulnérabilité aux épidémies chroniques. En Savoie, les seuls secours venaient de lEglise qui distribuait des vivres comme le pain de mai à Talloires. Les années 1629-1631 furent terribles et, en 1641-1645, la disette menaçait à nouveau. Les surplus alimentaires étaient difficiles à dégager et à vendre à lextérieur, en France ou dans les Cantons suisses. De plus, les guerres ruineuses nont pas manqué au XVII°
siècle en Savoie. La seconde guerre de Montferrat se déroula
en Savoie entre 1628 et 1631. Louis XIII fit capituler Chambéry
puis Rumilly et Annecy. Ces troubles livrèrent les campagnes au
pillage et il ne resta pas grand chose du tableau idyllique tracé
dans les pages du Theatrum ! Les maisons, châteaux, parcs et jardins
ne furent pas épargnés ; faire le dégât était
une tactique de la terre brûlée, suivie aussi bien par les
troupes ennemies, espagnoles ou françaises, que par les armées
du duc qui voulaient empêcher toute possibilité de campement
à ladversaire. La gravure de la citadelle de Montmélian
souligne la gloire des armes et lart des architectes en oubliant les
ravages commis par la soldatesque. |
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