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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique
SOMMAIRE


JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • Introduction


  • EXPERTS
  • Introduction
  • I-A L’initiative
  • I-B Organisation et financement
  • I-C Les œuvres des dessinateurs et des graveurs
  • I-D Les consignes pour les textes
  • I-E La livraison
  • II-A La description géographique
  • II-B -L’héritage de ’Antiquité
  • II-C L’inventaire des paysages et des productions locales
  • II-D Les caractéristiques des habitants
  • II-E L’implantation religieuse
  • II-F -La galerie des hommes illustres
  • III-A Une société appauvrie
  • III-B L’émigration
  • III-C Un urbanisme en gestation
  • Conclusion
  • bibliographie
  • Notices


  • DOCUMENTS
  • Document 1
  • Document 2
  • Gravure ville d’Annecy
  • Gravure ville de Chambéry
  • Carte du Chablais avec le lac Léman
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    III-A Une société appauvrie

    III- La dure réalité du XVII° siècle en Savoie

    En Savoie, la première moitié du XVII° siècle fut une période de misère. Vers 1660-1670, la politique mercantiliste soutenue par le développement des voies de communication, commença à amorcer un retour à une prospérité limitée. L’urbanisme, resté médiéval, connut un certain renouveau à l’initiative de quelques particuliers. Les gravures du Theatrum Sabaudiae témoignent d’une vision passéiste et idéalisée, uniquement destinée à valoriser l’ancienneté immuable du duché de Savoie.

    A- Une société appauvrie

    Les calamités naturelles, les épidémies, les conséquences des guerres, la fiscalité écrasante ont contribués à exaspérer un phénomène déjà latent, l’émigration des Savoyards vers des contrées plus clémentes.

    Entre 1590 et 1850, "le petit âge glaciaire" a provoqué des catastrophes particulièrement importantes dans la Savoie du XVII° siècle. L’extension des glaciers alpins, des chutes de neige exceptionnelles, l’abondance des pluies printanières et des inondations, des orages de grêle et autres fléaux anéantirent les récoltes et les vendanges, alors que les échanges étaient déjà limités à quelques produits complémentaires et transportables. A l’époque du relevé de Borgonio en 1674, la cité de Saint-Jean de Maurienne devait faire face aux crues dévastatrices de l’Arc et des torrents voisins, tandis qu’on signalait la présence de loups affamés dans les parages ! Les gravures ignorent ces bouleversements climatiques si préjudiciables au développement agricole de la Savoie. Les champs sont vides de paysans et de troupeaux ; curieusement, les seules représentations du monde rural se situent au premier plan de la planche d’Evian : des paysanne s’affairent au soin et à la traite de maigres vaches ; autour d’elles, des mesures pour le lait, des fromages empilés, une baratte pour le beurre illustrent l’une des activités essentielles des Savoyards. Les textes correspondants évoquent comme une évidence cette production fromagère sans dire qu’elle dépend de nombreux aléas : l’accès aux pâturages ou les épizooties. Si les bases de l’alimentation quotidienne se raréfiaient, les prix augmentaient et ces "crises de cherté" entraînaient une malnutrition et une surmortalité due à une plus grande vulnérabilité aux épidémies chroniques. En Savoie, les seuls secours venaient de l’Eglise qui distribuait des vivres comme le pain de mai à Talloires. Les années 1629-1631 furent terribles et, en 1641-1645, la disette menaçait à nouveau. Les surplus alimentaires étaient difficiles à dégager et à vendre à l’extérieur, en France ou dans les Cantons suisses.

    De plus, les guerres ruineuses n’ont pas manqué au XVII° siècle en Savoie. La seconde guerre de Montferrat se déroula en Savoie entre 1628 et 1631. Louis XIII fit capituler Chambéry puis Rumilly et Annecy. Ces troubles livrèrent les campagnes au pillage et il ne resta pas grand chose du tableau idyllique tracé dans les pages du Theatrum ! Les maisons, châteaux, parcs et jardins ne furent pas épargnés ; faire le dégât était une tactique de la terre brûlée, suivie aussi bien par les troupes ennemies, espagnoles ou françaises, que par les armées du duc qui voulaient empêcher toute possibilité de campement à l’adversaire. La gravure de la citadelle de Montmélian souligne la gloire des armes et l’art des architectes en oubliant les ravages commis par la soldatesque.

    Si le décollage économique fut retardé par les guerres, les possibilités d’investissement étaient encore lourdement grevées par la fiscalité. Chaque commune était imposée par quartier, c’est-à-dire par trimestre, à une somme fixe constituant sa cote générique ; si bien que, par année, la taille ordinaire se payait en quatre quartiers, l’équivalent de quatre fois la cote générique. En ajoutant des tailles exceptionnelles, on augmentait continuellement le poids des impôts. En Savoie, les villes qui payaient onze quartiers en 1619 en devaient seize en 1639. Pour l’année 1670, les prélèvements effectués ne furent redistribués qu’à hauteur de 10 % sous forme des traitements des magistrats et autres fonctionnaires. Tout le reste était absorbé par les dépenses de la cour de Turin, l’entretien des forteresses et de l’armée, l’embellissement des résidences ducales en Piémont. Ainsi vidée de ses capitaux, la Savoie stagnait dans une économie primaire basée sur l’agriculture, l’élevage, l’extraction des métaux ; à peine parvenait-elle à maintenir un artisanat local susceptible d’évoluer vers l’industrie. Rien de tout cela n’est évoqué dans les Relations.

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