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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique
SOMMAIRE


JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • Introduction


  • EXPERTS
  • Introduction
  • I-A L’initiative
  • I-B Organisation et financement
  • I-C Les œuvres des dessinateurs et des graveurs
  • I-D Les consignes pour les textes
  • I-E La livraison
  • II-A La description géographique
  • II-B -L’héritage de ’Antiquité
  • II-C L’inventaire des paysages et des productions locales
  • II-D Les caractéristiques des habitants
  • II-E L’implantation religieuse
  • II-F -La galerie des hommes illustres
  • III-A Une société appauvrie
  • III-B L’émigration
  • III-C Un urbanisme en gestation
  • Conclusion
  • bibliographie
  • Notices


  • DOCUMENTS
  • Document 1
  • Document 2
  • Gravure ville d’Annecy
  • Gravure ville de Chambéry
  • Carte du Chablais avec le lac Léman
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    Conclusion

    Le Theatrum Sabaudiae ne fut pas une enquête sur l’état physique et moral des populations. On ne songea pas à mener un travail de synthèse pour diagnostiquer les besoins d’une région aussi bien délimitée. Le but était simplement d’exalter le berceau de la dynastie des Humbertiens, ses beautés paysagères, ses monuments antiques, ses ressources agricoles, les mœurs de ses habitants. Ces descriptions sont riches de multiples informations sur la Savoie du XVII° siècle, mais la triste réalité fut occultée. Le duc et les rédacteurs turinois voulaient croire que les autorités publiques, les notables, les paysans et le clergé vivaient en harmonie et que l’urbanisme plaisait à tous. Fiers de leur histoire, de leurs cités et de leurs monuments civils et religieux, les Savoyards ne devaient rien attendre d’un souverain qui ne s’intéressait aucunement à eux : il se passa fort bien d’améliorer la vie très dure qu’il imposait à des sujets qu’il ne connaissait pas, faute d’être venu les voir.

    Textes et illustrations ne décrivent pas la réalité territoriale mais les rapports complexes du duc avec une terre lointaine dont il tirait profit. Il se contenta de parcourir mentalement ses Etats à travers les gravures. Il voulait seulement promouvoir ses visées politiques, administratives, militaires et valoriser ses aspirations à la royauté : pour cela il se servit du Piémont et de la Savoie, sans défendre l’intérêt général ni prendre en considération les difficultés dans lesquelles les autochtones se débattaient. Sur les gravures, on voit peu de personnages. Le duc débarrassa les rues et les places des populations qui posaient des problèmes ; il était plus facile de penser que d’autres s’en occupaient, ainsi l’Eglise. En donnant une vision largement idéalisée des richesses de ses Etats, le duc voulait étaler les bonnes villes, les résidences, les lacs et les campagnes de sa principauté aux yeux d’une société de cour, indifférente au peuple, superficielle et sensible à l’apparence des choses.

    En juin 1690, la Savoie fut une fois de plus occupée par les armées françaises ; Louis XIV et le duc Victor-Amédée II se livrèrent à des intrigues complexes et finirent par conclure en 1697 le traité de Turin qui, outre des restitutions territoriales, précisait que les ambassadeurs de la Maison de Savoie seraient considérés comme ceux des rois. Ce premier pas vers la reconnaissance du titre royal se doublait de la sauvegarde de l’intégralité du duché. Mais en fait, le sort de la Savoie était incertain car on savait qu’en mai 1696, on avait envisagé la cession de la Savoie à la France en échange du Milanais qui aurait été remis au Piémont.

    En 1703, à nouveau les troupes françaises envahirent la Savoie ; Montmélian résista mais, finalement, la forteresse fut détruite intégralement. Le prince Eugène de Savoie à la tête son armée austro-hongroise, arriva providentiellement pour libérer Turin en 1706, victoire commémorée par la basilique de Superga .Les traités d’Utrecht (1713) et de Rastatt (1714) furent un succès inespéré pour le duc. En plus des territoires qui lui étaient concédés en Piémont, il reçut la Sicile avec, enfin, le titre de roi. Après tant d’efforts déployés pendant plus d’un siècle, Victor-Amédée II fut couronné à Palerme le 2 décembre 1713. On sait que, par la suite, la belle île fut échangée contre la Sardaigne d’où le nom définitif donné à la dynastie de Piémont-Sardaigne.

    Dans la dialectique diplomatique du XVII° siècle, et on l’a vu à Versailles, l’atout gagnant était celui du luxe, de l’art, de la culture et des fêtes somptueuses offertes par le roi à ses courtisans. Tous les efforts du monarque consistaient à acquérir du prestige par l’élégance de ses palais. La valeur culturelle d’un décor urbanistique et paysager présenté suivant un ordre parfait, était convaincante pour les élites européennes auxquelles le Theatrum Sabaudiae était destiné ; elles le reçurent comme la preuve que le mythe décrivait la réalité telle qu’elle était et, par l’intermédiaire de cet ouvrage de propagande, le duc de Savoie obtint son titre de roi. Le prestigieux livre avait donc rempli son office !

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