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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique
SOMMAIRE


JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • Introduction


  • EXPERTS
  • Introduction
  • I-A L’initiative
  • I-B Organisation et financement
  • I-C Les œuvres des dessinateurs et des graveurs
  • I-D Les consignes pour les textes
  • I-E La livraison
  • II-A La description géographique
  • II-B -L’héritage de ’Antiquité
  • II-C L’inventaire des paysages et des productions locales
  • II-D Les caractéristiques des habitants
  • II-E L’implantation religieuse
  • II-F -La galerie des hommes illustres
  • III-A Une société appauvrie
  • III-B L’émigration
  • III-C Un urbanisme en gestation
  • Conclusion
  • bibliographie
  • Notices


  • DOCUMENTS
  • Document 1
  • Document 2
  • Gravure ville d’Annecy
  • Gravure ville de Chambéry
  • Carte du Chablais avec le lac Léman
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    I-B Organisation et financement

    B- Organisation et financement

    En hésitant sur la méthode à adopter, on improvisa quelque peu et les premiers documents rassemblés furent confiés au fils d’un libraire turinois, Giovanni Tarino, banquier de son état et familier de la route de Paris vers les Pays-Bas. Les traces de ces nombreux envois sont fragmentaires et seules subsistent les notes de frais imputées au budget de la ville. Comme Turin, les autres villes s’étaient mises au travail. Carmagnole, Chieri, Ivrée, Alba, Biella, Aoste, Moncalieri, Saluces et la plupart des autres cités étaient assez flattées de l’importance que le duc accordait soudain à chacune d’elles. Les notables désignèrent des artistes de talent et débloquèrent les fonds nécessaires car, dans sa grande bonté, le duc laissait pleine liberté aux syndics dans la mesure où ils prenaient à leur charge le coût des opérations !

    Les difficultés ne manquèrent pas. Parfois, les compétences locales retenues par les bourgades, déplaisaient à la cour et les plans étaient sèchement renvoyés. Il fallait alors laisser faire un artiste venu de Turin et le payer au prix fort. Ailleurs, après un début d’exécution, le projet était abandonné pour quatre ou cinq ans. Dans ce cas, le duc se montrait pressant et réclamait une décision ; mais parfois, le peintre pressenti trouvait sa rétribution tellement dérisoire qu’il refusait le contrat et quittait la ville ! Dans certains lieux, comme dans le Val Pellice, la situation politique s’opposait au projet. Ralliés à la Réforme protestante, les Vaudois étaient en plein conflit avec Charles-Emmanuel II pour fait de Religion. Les contingents piémontais faisaient une chasse atroce aux bandits condamnés par les édits de 1663. Dans de telles conditions, il était hors de question de donner satisfaction au duc ; pour obtenir les relevés et les plans attendus, il dut envoyer un exécutant qui se montra fort impatient d’en finir !

    En définitive, près de deux ans après sa circulaire officielle, le souverain avait fait acheminer à Amsterdam moins de dix dessins des sites notables de ses Etats. Cette entreprise collective, basée sur la bonne volonté des communes, intervenait dans un contexte économique désastreux. Les guerres récentes, les dévastations, les lourds prélèvements, la pauvreté générale interdisaient la véritable coopération de nombreuses villes. Mais, pour le duc et son entourage, il suffisait d’ engager les dépenses en jouant sur la concurrence ! En attisant les rivalités et l’émulation, les orgueilleuses cités piémontaises finiraient par trouver les moyens d’obtempérer.

    La rédaction des descriptions littéraires était confiée au chambellan Antonio Valsania auquel on avait adjoint un maître de grammaire, don Gabriele Piozzo. Fin 1668, ils avaient achevé un panorama des églises, couvents, châteaux et résidences princières situés dans la zone de Turin. Les comptes rapportent qu’il a été Payé au Sieur Valsania pour le travail fourni à propos des relations sur l’état ecclésiastique et temporel des biens les plus importants de la Maison royale, état, ville, banlieues, comme d’autres particularités notables, ces relations devant être envoyées en Hollande à M. Blano cosmographe… payé 135 L.

    Quand l’éditeur sollicitait des fonds, le duc, peu rigoureux dans sa politique financière, faisait retomber la responsabilité sur les syndics négligents, incapables de tenir leurs engagements ! L’adhésion aux grandioses visées de la cour n’avait pas été unanime et le ministre des Finances, G. Truchi, refusa certaines transactions relatives à l’impression de l’ouvrage. Pour remédier à l’incurie de la Maison de Savoie, la solution restait la même : mettre les villes à contribution.

    Les Blaeu étaient très conscients du rôle de la municipalité de Turin, perpétuelle pourvoyeuse de fonds ; elle savait trouver des ressources auprès des banquiers qui furent plutôt des mécènes que des bénéficiaires dans cette opération. Ils permirent l’acheminement des textes et des précieuses planches entre le Piémont et la Hollande grâce à leurs officines de change installées en véritables réseaux. Ce furent des intermédiaires indispensables et dynamiques, ainsi, les libraires Tarini, les banquiers Cortesia et Benzone fixés à Paris et responsables des frais de transport, Gerolamo Quaglia qui garantissait les lettres de change remises aux Blaeu. Enfin, de 1677 au terme de l’entreprise en 1682, le financier Giovanni Francesco Berlia, homme de réputation internationale, assuma les nombreuses prestations que ni Turin, ni l’Etat, ni le duc impécunieux n’étaient en mesure de financer. Il fut nommé Maître auditeur à la Chambre des Comptes ; il est vrai qu’il connaissait mieux que personne la situation lamentable du budget.

    Les Secrétaires d’Etat ont été d’autres grands serviteurs désintéressés, soucieux de faire aboutir le projet. Placés au nœud des échanges entre le souverain présomptueux, l’éditeur hollandais, les banquiers, les syndics de Turin et ceux des petites villes pauvres, ils se succédèrent avec une égale abnégation. En 1661, la direction fut donnée à Paolo Vaudagna ; à la mort du duc, en juin 1675, c’est le marquis de San Maurizio qui prit le relais ; enfin, de 1683 à 1699, Carlo Carron de San Tommaso reçut la délicate mission de régler les multiples dettes restées impayées.

    En vingt-cinq ans de travail, de nombreux changements sont intervenus. Les ducs et les régentes se sont succédés. Les grands officiers et les conseillers municipaux turinois n’étaient plus les mêmes. Les Blaeu, père et fils, ont tour à tour conduit le destin de l’ouvrage avec une maîtrise exceptionnelle, surtout quand on sait que, dans la nuit du 2 au 3 février 1672, ils furent victimes d’un terrible incendie qui réduisit en cendres les provisions de papier, de nombreux cuivres gravés, les bâtiments et les machines de l’imprimerie qui employait alors huit cents ouvriers. Malgré tant de problèmes, d’année en année, il était fait référence à l’accord précédent et rien ne fut laissé au hasard. Toutes les décisions étaient soumises au pouvoir central, chaque dessin et chaque texte étaient présentés au duc avant d’être expédiés vers Amsterdam.

    1672 fut une année charnière à plus d’un titre. Charles-Emmanuel II décida de ne plus se limiter aux seules villes et châteaux du Piémont mais de représenter également ses possessions d’au-delà des Alpes. Avec l’entrée de la Savoie dans le programme éditorial, le grand dessein prenait réellement corps. Ce qui n’était jusqu’alors que le Livre des Villes du Piémont devint définitivement le Theatrum Statuum Regiae Celsitudinis Sabaudiae Ducis Pedemontii Principis Cypri Regis.

    Ce Théâtre des Etats de son Altesse Royale le Duc de Savoye Prince de Piémont, Roy de Cypre, selon les termes de la traduction française de 1700, devait manifester au monde l’étendue, l’opulence, la variété et la respectable ancienneté d’une principauté alpestre qui aspirait à la dignité royale.

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