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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique |
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Page 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 I-B Organisation et financement B- Organisation et financement Les difficultés ne manquèrent pas. Parfois, les compétences
locales retenues par les bourgades, déplaisaient à la cour
et les plans étaient sèchement renvoyés. Il fallait
alors laisser faire un artiste venu de Turin et le payer au prix fort.
Ailleurs, après un début dexécution, le projet était
abandonné pour quatre ou cinq ans. Dans ce cas, le duc se montrait
pressant et réclamait une décision ; mais parfois, le peintre
pressenti trouvait sa rétribution tellement dérisoire quil
refusait le contrat et quittait la ville ! Dans certains lieux, comme
dans le Val Pellice, la situation politique sopposait au projet. Ralliés
à la Réforme protestante, les Vaudois étaient en
plein conflit avec Charles-Emmanuel II pour fait de Religion. Les contingents
piémontais faisaient une chasse atroce aux bandits condamnés
par les édits de 1663. Dans de telles conditions, il était
hors de question de donner satisfaction au duc ; pour obtenir les relevés
et les plans attendus, il dut envoyer un exécutant qui se montra
fort impatient den finir ! En définitive, près de deux ans après sa circulaire
officielle, le souverain avait fait acheminer à Amsterdam moins
de dix dessins des sites notables de ses Etats. Cette entreprise collective,
basée sur la bonne volonté des communes, intervenait dans
un contexte économique désastreux. Les guerres récentes,
les dévastations, les lourds prélèvements, la pauvreté
générale interdisaient la véritable coopération
de nombreuses villes. Mais, pour le duc et son entourage, il suffisait
d engager les dépenses en jouant sur la concurrence ! En attisant
les rivalités et lémulation, les orgueilleuses cités
piémontaises finiraient par trouver les moyens dobtempérer.
La rédaction des descriptions littéraires était
confiée au chambellan Antonio Valsania auquel on avait adjoint
un maître de grammaire, don Gabriele Piozzo. Fin 1668, ils avaient
achevé un panorama des églises, couvents, châteaux
et résidences princières situés dans la zone de Turin.
Les comptes rapportent quil a été Payé au Sieur
Valsania pour le travail fourni à propos des relations sur létat
ecclésiastique et temporel des biens les plus importants de la
Maison royale, état, ville, banlieues, comme dautres particularités
notables, ces relations devant être envoyées en Hollande
à M. Blano cosmographe
payé 135 L. Quand léditeur sollicitait des fonds, le duc, peu rigoureux
dans sa politique financière, faisait retomber la responsabilité
sur les syndics négligents, incapables de tenir leurs engagements
! Ladhésion aux grandioses visées de la cour navait pas
été unanime et le ministre des Finances, G. Truchi, refusa
certaines transactions relatives à limpression de louvrage. Pour
remédier à lincurie de la Maison de Savoie, la solution
restait la même : mettre les villes à contribution. Les Blaeu étaient très conscients du rôle de la
municipalité de Turin, perpétuelle pourvoyeuse de fonds
; elle savait trouver des ressources auprès des banquiers qui furent
plutôt des mécènes que des bénéficiaires
dans cette opération. Ils permirent lacheminement des textes et
des précieuses planches entre le Piémont et la Hollande
grâce à leurs officines de change installées en véritables
réseaux. Ce furent des intermédiaires indispensables et
dynamiques, ainsi, les libraires Tarini, les banquiers Cortesia et Benzone
fixés à Paris et responsables des frais de transport, Gerolamo
Quaglia qui garantissait les lettres de change remises aux Blaeu. Enfin,
de 1677 au terme de lentreprise en 1682, le financier Giovanni Francesco
Berlia, homme de réputation internationale, assuma les nombreuses
prestations que ni Turin, ni lEtat, ni le duc impécunieux nétaient
en mesure de financer. Il fut nommé Maître auditeur à
la Chambre des Comptes ; il est vrai quil connaissait mieux que personne
la situation lamentable du budget. Les Secrétaires dEtat ont été dautres grands
serviteurs désintéressés, soucieux de faire aboutir
le projet. Placés au nud des échanges entre le souverain
présomptueux, léditeur hollandais, les banquiers, les syndics
de Turin et ceux des petites villes pauvres, ils se succédèrent
avec une égale abnégation. En 1661, la direction fut donnée
à Paolo Vaudagna ; à la mort du duc, en juin 1675, cest
le marquis de San Maurizio qui prit le relais ; enfin, de 1683 à
1699, Carlo Carron de San Tommaso reçut la délicate mission
de régler les multiples dettes restées impayées.
En vingt-cinq ans de travail, de nombreux changements sont intervenus.
Les ducs et les régentes se sont succédés. Les grands
officiers et les conseillers municipaux turinois nétaient plus
les mêmes. Les Blaeu, père et fils, ont tour à tour
conduit le destin de louvrage avec une maîtrise exceptionnelle,
surtout quand on sait que, dans la nuit du 2 au 3 février 1672,
ils furent victimes dun terrible incendie qui réduisit en cendres
les provisions de papier, de nombreux cuivres gravés, les bâtiments
et les machines de limprimerie qui employait alors huit cents ouvriers.
Malgré tant de problèmes, dannée en année,
il était fait référence à laccord précédent
et rien ne fut laissé au hasard. Toutes les décisions étaient
soumises au pouvoir central, chaque dessin et chaque texte étaient
présentés au duc avant dêtre expédiés
vers Amsterdam. 1672 fut une année charnière à plus dun titre.
Charles-Emmanuel II décida de ne plus se limiter aux seules villes
et châteaux du Piémont mais de représenter également
ses possessions dau-delà des Alpes. Avec lentrée de la
Savoie dans le programme éditorial, le grand dessein prenait réellement
corps. Ce qui nétait jusqualors que le Livre des Villes du Piémont
devint définitivement le Theatrum Statuum Regiae Celsitudinis Sabaudiae
Ducis Pedemontii Principis Cypri Regis. Ce Théâtre des Etats de son Altesse Royale le Duc de Savoye
Prince de Piémont, Roy de Cypre, selon les termes de la traduction
française de 1700, devait manifester au monde létendue,
lopulence, la variété et la respectable ancienneté
dune principauté alpestre qui aspirait à la dignité
royale. |
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