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LE THEATRUM SABAUDIAE
Auteur : Anne WEIGEL Historienne - Niveau de lecture : Scientifique
SOMMAIRE


JEUNE PUBLIC


TOUS PUBLICS
  • Introduction


  • EXPERTS
  • Introduction
  • I-A L’initiative
  • I-B Organisation et financement
  • I-C Les œuvres des dessinateurs et des graveurs
  • I-D Les consignes pour les textes
  • I-E La livraison
  • II-A La description géographique
  • II-B -L’héritage de ’Antiquité
  • II-C L’inventaire des paysages et des productions locales
  • II-D Les caractéristiques des habitants
  • II-E L’implantation religieuse
  • II-F -La galerie des hommes illustres
  • III-A Une société appauvrie
  • III-B L’émigration
  • III-C Un urbanisme en gestation
  • Conclusion
  • bibliographie
  • Notices


  • DOCUMENTS
  • Document 1
  • Document 2
  • Gravure ville d’Annecy
  • Gravure ville de Chambéry
  • Carte du Chablais avec le lac Léman
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    I-C Les œuvres des dessinateurs et des graveurs

    C- Les œuvres des dessinateurs et des graveurs

    Le duc évita de recourir à la créativité de véritables artistes et préféra l’exactitude technique des relevés topographiques menés par ses architectes militaires et ingénieurs des fortifications, comme Giacomo Antonio Biga, Arduzzi, Innocente Guizzaro et surtout Carlo Morello et son fils Michelangelo qui se spécialisa dans les vues de Turin. Giovenale Boetto fut le seul à avoir une âme d’artiste ; il signa une dizaine de relevés du Piémont entre 1662 et 1667. Mathématicien et judicieux ingénieur des travaux d’endiguement de la Doire Baltée, Simone Formento entra en concurrence avec Borgonio avant d’accepter le poste prestigieux d’architecte du duc.

    Il reste incontestable que G. T. Borgonio fut le dessinateur le plus fécond. Il séjourna en Savoie et travailla par étapes entre 1672 et 1675 pour réaliser les relevés d’une quinzaine de sites différents. Contrairement à celles du Piémont, les villes contactées ne désignèrent pas d’artistes locaux mais se bornèrent à loger et à renseigner l’émissaire du duc durant ses voyages. Muni d’une lettre de mission, Borgonio suivit un itinéraire dicté par ses connaissances historiques autant que par les circonstances. Au gré des indications fournies, il saisissait le plan des hauts lieux du Moyen Age savoyard puis, il se contentait d’avertir de ses choix le duc dont il avait toute la confiance. Après Saint-Jean-de-Maurienne et Rumilly, il se rendit à Chambéry, puis, à Bonneville, La Roche, Thonon, Evian et revint dans la combe de Savoie pour faire le dessin de Montmélian et de la route des Echelles. De là, il repartit pour le Faucigny, mais on ne sait pas exactement à quel moment il s’intéressa à Aix-les-Bains, Hautecombe ou Sallanches. Il est par contre sûr que ce talentueux géographe est revenu en juillet 1675 spécialement pour la Carte du Chablais avec le lac Léman.

    Doué d’un regard d’aigle et d’une habileté exceptionnelle, Borgonio sut rendre avec minutie les innombrables détails architecturaux et paysagers qui sont encore une mine de renseignements aujourd’hui. Probablement à lui seul, il fut l’auteur de 83 planches parmi les 135 vues qui illustrent les deux tomes du Theatrum Sabaudiae. Ses dessins célèbrent l’antiquité, la prospérité, le pittoresque de chaque bourgade largement embellie. Il est certain que Christine de France, Charles-Emmanuel II puis la seconde Madame Royale ont encouragé une scénographie urbanistique propre à valoriser la magnificence de leurs possessions. Souverains aux aspirations absolutistes, soucieux d’imposer à tous le prestige de leur dynastie, ils soutinrent les initiatives qui enjolivaient la modeste réalité de leurs Etats. Convaincu de son devoir d’obéissance envers le Maison de Savoie, Borgonio servit cette vision laudative en donnant à Chambéry et à Annecy des allures de capitales plus florissantes qu’elles ne l’étaient réellement au XVII° siècle. Les relevés expédiés par Borgonio ont été particulièrement bien traités et gravés par les meilleurs artistes de la place amstellodamoise.

    Dessinateur d’une grande exigence technique, Borgonio fit reproduire ses cartes géographiques par un spécialiste, Johannes de Broen. Les chaînes de montagnes sont représentées par les fameuses "taupinières" brunâtres tandis qu’à Chamouni, on voit se dresser des aiguilles abruptes, les glacières. L’honneur de graver la planche représentative de la capitale régionale, Chambéry, et aussi La Roche, revint à Coenraert Decker, qui avait sa propre officine à Amsterdam. Ciel, plaine fluviale, collines boisées et montagnes donnent du recul et du naturel à des planches sur lesquelles les éléments urbains et paysagers tiennent une place égale. De plus, les rues, les ponts, les chemins sont animés d’une foule de personnages liliputiens, surtout à La Roche. Pour sa part, Johannes de Ram grava les vues de Moûtiers, Sallanches, Bonneville, Evian et la route royale des Echelles. Fasciné par les ravins sombres, la complexité des roches, les lointains montagneux et le passage mouvant des nuages, ce graveur donna un caractère tragique aux planches plus neutres de Borgonio.

    Le travail de J. de Ram s’apparente à celui de son maître, Romeyn de Hooghe (1645-1708). Peintre et graveur, il exécuta la splendide vue de la citadelle et du bourg de Montmélian à la demande de Joan Blaeu. Au premier plan, il introduisit les élégantes silhouettes des officiers casqués et des bâtisseurs penchés sur le plan de la forteresse dont deux sièges successifs devaient venir à bout. En 1690-1691, Louis XIV fit bombarder la ville et le fort qui finirent par se rendre à cause de la pénurie d’eau, après avoir soutenu dix-huit mois de siège. Venu inspecter les lieux en 1693, Vauban conseilla la destruction totale des bastions défensifs. La campagne militaire reprit en 1703 et, après une nouvelle résistance de près de deux ans, la famine poussa les combattants à déposer les armes. En octobre 1706, il ne restait rien de la redoutable forteresse, d’où le précieux témoignage que constitue cette gravure du Theatrum Sabaudiae.

    En somme, les graveurs hollandais ont su rendre vivants les paysages minéraux, les villes intemporelles et dépourvues d’habitants, qui figuraient sur les croquis de Borgonio. Suivant l’esprit des publications des Blaeu, les relevés strictement stylisés étaient insuffisants pour rendre les planches vraiment intéressantes. Il y aurait eu un contraste excessif entre ces vues topographiques sèchement techniques et la gravure artistique particulièrement florissante à Amsterdam et dont le maître le plus célèbre était alors Rembrandt. L’école hollandaise sut insuffler des idéaux artistiques et rendre attrayante cette Savoie imaginaire, lointaine et inconnue de la plupart des graveurs qui n’avaient jamais mis les pieds sur un sentier alpin ! L’influence de cette interprétation graphique finale permit probablement de sauver des planches qui auraient perdu beaucoup de leur intérêt aujourd’hui.

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