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Vignes
et vins de Savoie
Auteur : Maurice MESSIEZ- Niveau de lecture : Public |
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L'expansion des vignobles
Mais pourquoi
s'y sont-ils développés?. La vigne sauvage, Vitis
silvestris, existait avant l'arrivée de la Vitis
vinifera, : les fouilles lacustres révèlent la présence de pépins
datant du néolithique. Cependant, il
paraît indéniable que les voies romaines ont été les véritables vecteurs
de la dissémination des ceps dans les vallées alpines. Les écrits de Pline,
de Celse l'attestent, comme la stèle d'Aix-les-Bains, datée du IIe siècle,
qui mentionne le don d'un bois avec son vignoble afin de célébrer des
jeux pour la santé de l'empereur. Avec le christianisme, vite répandu dans le
pays, qui fait du vin un symbole
divin, les évêchés tels Moutiers, Saint-Jean de Maurienne, s'installent
près des bons vignobles existants, qu'ils développent pour satisfaire
leurs importants besoins, tandis que bientôt les religieux des monastères
installés en montagne défrichent dans les vallées des coteaux où ils aménagent
des clos et des celliers qui vont servir de modèles aux vignes seigneuriales
et, ensuite, aux domaines viticoles des bourgeois. C'est de ce moment que naissent certains crus toujours
plébiscités aujourd'hui : ceux de Seyssel, dus pour une bonne part à la
chartreuse d'Arvières, de Monterminod cédé à l'abbé de Cluny, du coteau
de la Mort à Saint-Jean de la Porte, propriété des Bénédictins de Saint-Philippe,
celui de Lourdens à Arbin et Cruet, biens de la Chartreuse d'Aillon ...
Les paysans qui travaillent chez les uns et les autres en tirent des leçons
et complantent aussi, en des lieux moins propices, quelques modestes lopins. Au 17e siècle, la carte viticole
de la Savoie est en place : aux abords des villes, des gros bourgs, ce
qui est la plaine pour les habitants, la vigne est surtout l'apanage des notables, du clergé : c'est nettement le
cas à Annecy ou à Sevrier, qu'on gagne en bateau, y compris pour amener
le fumier. Le clos du citadin est en moyenne deux fois plus grand que
celui du paysan, à Moûtiers, pour la commune voisine de Hautecour et surtout
de La Saulce ( Brides- les-Bains ) dont
plus de la moitié de la superficie est en vignes,
les meilleures se retrouvant dans le clos du chapitre de la cathédrale
dont La Doyenne fait figure de fleuron. Si, il est vrai, les paysans sont toujours présents avec de petites parcelles,
à l'inverse, dans les vignobles des communes de montagne; ceux-ci monopolisent pratiquement tout le terroir
viticole et là se retrouvent, lors des travaux saisonniers, les habitants
des communes environnantes, parfois éloignées d'une bonne demi-journée
de marche, pour piocher, fumer, épamprer, vendanger, bien sûr, mais aussi
échanger les nouvelles : en ce
sens le vignoble devient un véritable forum. De ce moment et durant trois siècles, avec le développement d'un certain commerce du vin et celui, plus important, de la population, les superficies en vignes connaissent une considérable extension, au prix d'innombrables aménagements des versants, dont certains ne sont défrichés que pour établir des terrasses soutenues par des murs de pierres sèches afin d'implanter des ceps "en foule" (sans ordre linéaire). En plaine, par contre, où la terre arable est plus précieuse, on construit des poulliers, sortes de pergolas souvent artistiquement suspendues au-dessus d'un petit ruisseau où les sarments sont savamment répartis, ou bien on fait grimper les pampres sur des ormeaux, voire d'autres arbres, certains coupés et fichés : ce sont les "crosses" qui permettent de réserver le sol aux cultures vivrières ou pacages. A. Costa de Beauregard, dans son Essai sur l'amélioration de l'agriculture dans les pays montueux, paru en 1774, nous a bien décrit ces pratiques sans toutefois nous renseigner sur les variétés des vignes, mis à part la mondeuse. Sur ce point il nous faut attendre la décision de Bonaparte en 1802 de créer dans le parc du Luxembourg une pépinière de toutes les vignes existant dans la République Française pour connaître par les rapports des maires, généralement bien écrits et nourris de grandes précisions ampélographiques, quels sont les cépages spécifiques à la Savoie. La série de maladies, oïdium, mildiou, ... atteignant
les vignobles savoyards à partir de la seconde moitié du 19e
siècle ne contrarie pas vraiment l'expansion de la viticulture et le phylloxera,
arrivé tardivement dans les années 1880-1890, entraîne même une démocratisation
de la propriété viticole, grâce à la vente aux paysans de grands domaines
devenus non rentables. Par contre, la venue du chemin de fer, rendant
les vins du Midi bon marché, et la naissance de l'électro-industrie, source
de richesse pour les foyers montagnards, vont s'allier pour susciter une
désaffection agricole dont souffrira, avec un peu de retard mais fortement,
la viticulture qui nécessite des travaux pénibles et dont les vins, souvent
mal vinifiés, de faible degré, perdent la faveur des ouvriers, quand ce
n'est pas celle de leurs propres propriétaires, devenus paysans-ouvriers,
un peu honteux de leur "piquette", au profit des gros
vins du midi puis d'Algérie, forts en couleur et en alcool, qui donnent
"sang et muscles". Néanmoins, c'est peu après la crise du phylloxéra des années 1880-1890, qui l'altère dans sa pureté et son authenticité, que le vignoble savoyard va connaître sa plus grande extension et, au plan paysage, sa plus grande beauté.
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