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Expositions virtuelles
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AUTOUR DES PLANS DES CANAUX DE CHAMBERY
notice historique
Les Archives municipales de Chambéry ont conservé
une série de plans dits "plans des canaux", qui constituent
une source capitale pour appréhender non seulement l'espace
urbain et son évolution mais
encore le cadre et les conditions de vie des Chambériens
au XVIIIe siècle.Chambéry au XVIIIe siècle
a gardé l'allure d'une cité médiévale,
entourée de remparts et de fossés qui ont encore
leurs tours, poternes
et pont-levis. Au pied des murailles s’étalent trois
petits faubourgs : Montmélian, Maché, et Reclus.
A l'intérieur de l’enceinte, la ville présente
un bel enchevêtrement de rues, de ruelles et d'allées,
étroites et sombres. Un réseau de canaux traverse
tous les quartiers, drainant tous les détritus de la
ville.
Le bâti intra-muros est très dense et la ville
manque d'air. Les places sont trop rares pour améliorer
la situation. Les masures côtoient les hôtels de la
noblesse et les résidences bourgeoises, ainsi que les églises
et les couvents fort nombreux. Par manque d'espace, les maisons
sont élevées (en moyenne trois étages), peu
confortables et mal construites si l'on en croit les témoignages
contemporains. Pis encore, de nombreuses constructions sont en
ruine et menacent de s'effondrer. La ville est grise et laide.
En outre, les conditions sanitaires sont catastrophiques, dans
les maisons où les lieux d'aisances sont rares, comme dans
les rues jonchées d'ordures.
Ce qui pouvait être tolérable pour quelques milliers
de Chambériens à la fin du XVIIe siècle,
ne peut plus l'être pour 15 000 habitants à la fin
du XVIIIe. Le Conseil communal essaie de réagir. L'hygiène
devient une de ses premières préoccupations et il
tente de faire procéder au nettoyage des rues et des canaux.
Parallèlement, il développe un intérêt
nouveau pour le décor, la beauté de sa ville comme
de ses paysages.
Mais Chambéry, entravée par le poids des habitudes,
la lourdeur de l'administration sarde et par le manque évident
d'argent, peine à faire changer les choses : détruire
les ruines de sa vieille église, raser les cabornes (cabanes
sur la place Saint Léger) insalubres, imposer des critères
de construction aux propriétaires, etc. Ces efforts pour
mettre en place une réelle politique d'urbanisme, resteront
souvent vains (les vraies innovations n'arriveront qu'au siècle
suivant, avec la percée de la rue de Boigne par exemple).
De tous ces projets souvent avortés, il nous reste
aujourd'hui ces extraordinaires documents que sont les "plans
des canaux" qui témoignent de la volonté de quelques
uns de faire changer les conditions de vie de la majorité.
Sous l'appellation "plan des canaux" se trouvent deux séries
de dessins. La première comprend les plans établis
pour la perception de l'impôt destiné au financement
du curage des canaux. Nous ne sommes pas encore certains de la
finalité des plans conservés dans la deuxie : selon
deux hypothèses, il pourrait s'agir du premier plan d'alignement
de la ville ou du premier plan de l'éclairage urbain.
Irriguée par deux bras de l'Albanne et une dérivation
du canal de la Doria, la ville bénéficie d'un drainage
naturel performant jusqu'au début du XVIIe siècle,
alors que la population n'excède par 5 ou 6 000 habitants.
Cependant, ce syste d'évacuation des déchets urbains
est déjà précaire en raison des variations
du débit torrentiel de l'Albanne : en période d'étiage,
les déchets stagnent et se décomposent dans les
canaux ; en période de crue, la ville close et les faubourgs
se transforment en vastes zones d'épandage, d'autant que
les herses bloquent le libre passage des eaux sous les remparts
et que le saut des moulins de la place Maché les fait refluer
dans la ville close. Jusqu'au début du XVIIIe siècle,
on se contente de procéder à des opérations
de curage limitées à des portions de canaux, lorsque
le cours de l'eau y est totalement obstrué.
En 1715, le conseil municipal déplore la "quantité
d'ordures extraordinaire" qui jonche les allées, les cours
et même certaines rues, ce qui outre la puanteur qu'elle
cause, risque d'être nuisible pour la santé des habitants.
Vers le milieu du siècle la situation n'est guère
meilleure. La population dépasse alors le seuil des 10
000 habitants et le réseau des canaux est totalement saturé
par les immondices. Le conseil de ville décide alors de
réaliser une opération générale de
curage et d'en répartir le coût non seulement entre
tous les habitants mais encore selon une clé de répartition
qui taxerait davantage les riverains des canaux que ceux qui n'y
ont pas un accès direct. Pour ce faire, dans chaque dizaine,
administration municipale de base, on réalise un recensement
de la population et une mensuration des maisons et des distances
qui les séparent des canaux (la mesure utilisée
étant la toise, on parle alors de toisage des maisons).
Confiée à des tombeliers qui déversent les
boues dans la plaine du Covet, le curage est rapidement interrompu
car des contestations s'élèvent de toutes parts
et la ville, exsangue financièrement, ne peut faire face
à cette dépense considérable.
D'autre opérations seront entreprises au cours du siècle.
Parallèlement, les premiers règlements de police
tentent d'interdire, vainement, aux Chambériens de jeter
dans les canaux des déchets organiques et des marains,
c'est à dire du bois, des pierres, des gravats, etc. (document
n°54). En 1774, le docteur Joseph Daquin publie, à
l’intention des conseillers de ville son Mémoire sur la
recherche des causes qui entretiennent les fièvres putrides,
qui place pour la première fois la santé et l’hygiène
publiques au centre des préoccupations municipales. Avec
la toute nouvelle autorité de l’homme de science, le docteur
Daquin dénonce les causes destructrices de l’espèce
humaine, c’est-à-dire principalement les inhumations dans
le sous-sol des églises, l’entassement des immondices dans
les rues et les canaux et le maintien des fortifications qui confinent
l’air pollué à l’intérieur de la ville close.
La mise en œuvre de ce vaste programme se heurte soit aux traditions
séculaires de la population, soit au veto de Turin d’entreprendre
le démantèlement des remparts mais surtout à
l’état de faillite des finances municipales. Il faut attendre
l’année 1788, alors que la densité de 1000 habitants
à l’hectare est atteinte dans la ville close, pour que
le curage général des canaux soit enfin décidé
et entrepris.
Ces plans sont des documents fiscaux avant d’être des
documents d’urbanisme. Ils accompagnent le recensement des habitants
de Chambéry, élaboré à partir de 1790,
dans le but de faire contribuer la population au nettoyage des
canaux. La répartition et le prélèvement
de cet impôt furent confiés à Etienne Bellemin,
commissaire d'extentes de la ville. En s’appuyant sur les registres
de la répartition réalisés en 1715 et en
1765, et sur les tabelles du cadastre, il établit des listes
nominatives des propriétaires et locataires de tous les
immeubles de Chambéry et des faubourgs. Les listes furent
rédigées par îlots, c’est à dire par
quartiers, et par maisons, en suivant les numéros de la
mappe.
Outre l’identité des occupants, elles indiquaient le
nombre et la nature des espaces occupés (cabinets, chambres,
boutiques, celliers) dans le but de connaître la surface
des logements, et d’estimer la fortune des résidents.
Bellemin suggéra également à la ville
de dresser des plans, sur lesquels on reporterait toutes les informations
contenues dans les listes. Il pensait que ces document seraient
toujours utiles, quels que soient à l'avenir les impôts
prélevés, pour servir de base au calcul et de justificatif,
en cas de contestation. On peut supposer d'ailleurs que, dès
le début des opérations de recensement, les plans
des maisons apparurent bien vite indispensables, tant les constructions
étaient enchevêtrées et les parties communes
nombreuses (cour, escalier, latrines même).
L’idée première était de dresser des
plans représentant un petit groupe de maisons (quelques
numéros de la mappe), voire un immeuble seul, si sa taille
le justifiait. Il reste peut-être de ce projet les plans
des couvents des Carmélites, des Annonciades et de la propriété
d'Allinges. (documents 1Fi 101, 1 Fi 102, 1Fi 105). Mais le gros
du travail se fit îlot par îlot, la configuration
de Chambéry se prêtant bien à ce décou.
Datation et auteurs
Les plans ont été, en majorité, dessinés
entre 1790 et 1792. Le travail de Bellemin n'étant pas
achevé à cette date, certains sont peut-être
un peu plus récents. Comme Bellemin l'avait recommandé,
ils étaient collés dans les registres de la répartition,
à un emplacement réservé, en général
à la fin de la liste des habitants du secteur concerné.
Certains existent en plusieurs exemplaires, les uns semblant
être le brouillon des autres. Il n’est pas impossible que
tous ne soient pas de la même main. Nous ne connaissons
pas, d’ailleurs, le ou les auteurs de ces documents. En effet,
si deux architectes, Trively et Lampoz, ont travaillé sur
le curement des canaux, aucun n'a signé les plans.
Première série
Ces documents se répartissent en deux séries.
La première est composée de plans cadastraux très
schématiques, tracés à l'encre rouge et noire
(document
1Fi 123). On y lit les numéros des parcelles de la
mappe sarde de 1729, ainsi que les numéros attribués
aux occupants des logements pour l'imposition de 1715 (puisqu’elle
sert de référence à l’impôt de 1789).
On y trouve aussi les noms des occupants successifs de 1715 à
1765 (dernier curage des canaux avant 1789).
Ces plans sont les extraits de la mappe que le Conseil communal
a fait dresser en 1789, et dont Bellemin parle en déplorant
(à juste titre) le manque d'exactitude.
Deuxie série
La deuxie série est composée de plans très
détaillés qui reproduisent, non seulement le parcellaire
urbain, mais encore le plan des maisons, du rez-de-chaussée
aux étages supérieurs. Les différents stades
de l'élaboration des plans sont visibles sur les dessins.
L'architecte a tout d'abord dressé un extrait du cadastre,
et numéroté chaque parcelle. Avec une encre de couleur
différente, les parcelles ont ensuite été
découpées en autant de pièces (habitations
ou locaux commerciaux) que comptent les maisons, sans oublier
les escaliers, les ouvertures des boutiques, les allées
et les cours intérieures. L'inscription des propriétaires,
la nature et la destination des logements est sans doute intervenue
en dernier.
Quelques plans sont plus aboutis que d’autres. Leur dessin
est soigné, les détails encore plus nombreux. Certains
représentent les façades des maisons en trois dimensions,
et tout y est : le dessin des balustrades de balcons, le compte
des fenêtres, la rampe d’escalier, le petit jardin voisin,
etc.
Ces plans offrent un témoignage unique sur l'organisation
sociale de la ville. Au rez-de-chaussée se trouvent les
boutiques et les celliers. Le prolétariat urbain s'y entasse,
parfois à plusieurs dans une unique pièce. Les premiers
étages sont occupés par la petite bourgeoisie, et
les vastes appartements du sommet par la noblesse ou les gens
aisés. Mais partout, quelle que soit la richesse, on trouve
peu de confort : les latrines sont rares, l'eau courante est encore
inconnue.
L'embellissement du décor
La série des plans des canaux comporte 13 plans de
conception tout à fait différente. Bien qu'ils soient
connus sous la même appellation, ils n'ont vraisemblablement
rien à voir avec le projet de curage des canaux. Il s'agit
de très beaux documents, offrant une représentation
axonométrique (en trois dimensions) des façades
des maisons chambériennes, accompagnée du relevé
des parcelles cadastrales.
Selon deux hypothèses, il pourrait s'agir du premier
plan d'alignement de Chambéry, ou d'un plan d'éclairage
urbain.
Plan d'alignement
Depuis le XIVe siècle, l'urbanisme est du ressort de
la ville de Chambéry pour tout ce qui est entretien des
rues, canaux, allées, places publiques, propriétés
communales, etc. En 1762 la ville recrute un architecte de ville,
le sieur Dupuy. Responsable des bâtiments communaux
et du mobilier urbain, il est également chargé de
surveiller l’état des immeubles privés pour qu’ils
ne s’écroulent pas sur les passants. Il doit enfin donner
son avis sur la construction des nouveaux bâtiments ou la
restauration des anciens, pour lesquels il existe déjà
un embryon de permis de construire.
En 1769, excédé par la laideur de sa "très
irrégulière ville", le conseil de ville confie à
Dupuy le soin d'embellir la cité. Les conseillers souhaitent
pouvoir imposer l'alignement des maisons, c'est à dire
faire reculer ou avancer les façades le long des rues pour
obtenir un plan régulier. Ils demandent à Dupuy
de réaliser le premier plan d’alignement de Chambéry.
Ce projet a-t-il été concrétisé ?
La ville, dont les pouvoirs sont très vite limités
en matière d'aménagement urbain, en a demandé
l'autorisation à Turin. Le roi a souhaité qu'on
dresse les plans, promettant de statuer sur la question après
les avoir examinés. Mais les archives n'ont pas conservé
la trace de sa réponse. Ainsi il est impossible d'attribuer
avec certitude les dessins aux façades axonométriques
à ce projet.
Plan d'éclairage
Dans un siècle qui cherche à assurer le confort
et la sécurité des habitants, il était normal
de généraliser l'usage des réverbères.
Ceux-ci ont été introduits dans Chambéry
en 1737, avec un équipement très réduit.
Il apparaît très vite qu'en matière de sécurité,
ils sont d'une grande nécessité. En 1781, la ville
souhaite en mettre à tous les carrefours importants. Mais
comme leur entretien est une charge très lourde, elle décide
de prélever un impôt sur les habitants pour le financer.
Les plus taxés seront les boutiquiers, dont la fortune
est déposée dans les boutiques, exposées
à être dévalisées. En deuxie lieu viennent
les aubergistes, car les gens qui d'ordinaire commettent des désordres
sortent de chez eux, puis tous ceux qui logent les charretiers,
car ceux-ci laissent leurs charrettes dans les rues la nuit, ce
qui présente le risque pour les passants de se cogner dessus,
et enfin tous les habitants qui profiteront de l'éclairage.
Pour prélever l'impôt, on fait donc dresser les
listes des habitants, en précisant leurs professions, et
surtout on compte méticuleusement toutes les fenêtres.
On en dénombre 6435 dans la ville et 1616 dans les faubourgs.
A ce jour aucun de ces documents n'est parvenu jusqu'à
nous. Peut-être en reste-t-il ces plans aux représentations
axonométriques. En effet, si l'on va se promener rue Croix
d'or, ou rue des Nonnes, et que l'on compte le nombre des fenêtres,
on verra qu'il est identique à celui représenté.
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