Le sentiment religieux des habitants des hautes
vallées peut sans doute être compris comme un mélange
de superstitions héritées des temps anciens, d'interprétation
populaire et d'enseignement doctrinal du christianisme.
Fruit d'une vie quotidienne, difficile et incertaine,
il s'exprime en particulier à travers le culte de nombreux saints,
censés procurer guérison et protection contre les accidents
de la vie : grêle, avalanches, épidémies.
Pour s'attirer leur faveur, les communautés
organisent des processions, font bénir les troupeaux, construisent
de nombreuses chapelles. Chaque hameau a la sienne, où l'on dit
de temps en temps la messe.
Au moment de la lutte contre le protestantisme,
si ardente en Savoie à cause de la proximité de Genève,
l'Eglise tente de reléguer en arrière plan ces saints
populaires.
Dans les nombreux édifices construits
entre 1650 et 1725 selon les principes énoncés par la
Contre Réforme, elle les éloigne du chœur où elle
installe les apôtres, les évangélistes, la Vierge
Marie et la Trinité.
Mais les communautés ne renoncent pas
à exprimer leur propre religiosité. Après tout,
ce sont elles qui entretiennent et financent les églises. Alors
elles choisissent les sculpteurs et l'aspect du mobilier.
Les montagnards déploient un goût
surprenant pour l'excentricité et la fantaisie : les retables
s'habillent d'or, de couleurs vives, de ribambelles d'angelots joufflus
et amusés, de statues aux visages humains.
Cet art baroque, forgé par le talent d'artistes
locaux et italiens, exprime ainsi leur propre vision du paradis : riche,
gai, coloré et rassurant. Le XIXe siècle, qui remet à
la mode l'art médiéval, en provoque le discrédit.