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La Savoie à l'époque romaine
Auteur : François BERTRANDY - Niveau de lecture : Scientifique |
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2. Le réseau routier
En Savoie, le réseau routier antique est dépendant de l’importance du
rayonnement de Vienne, chef-lieu de la cité. Les voies partent de Vienne
et se dirigent vers les grands centres de son territoire et traversent
la Savoie pour gagner l’Italie et Rome. Mais le réseau routier de
la cité de Vienne n’est pas une création ex nihilo issue
de la domination romaine. Bien au contraire, il est la pérennisation d’habitudes
de circulation établies de longue date par les populations allobroges
et celles des autres peuples, avec qui elles étaient en relation tels
les Helvètes, ou les Nantuates, les Véragres et les Sédunes du Valais,
les Ceutrons de Tarentaise, les Médulles de Maurienne, les Voconces, les
Helviens, les Ségusiaves, voire les Ambarres et les Séquanes de la rive
droite du Rhône, en amont de Lyon ; ce sont donc de vieux itinéraires,
au moins celtiques, sinon antérieurs, qui irriguent le territoire viennois
et auxquels vont s’ajouter les constructions nouvelles ou les aménagements
réalisés par les Romains. 2. 1 - Les itinéraires protohistoriques On distingue deux axes anciens principaux : 2. 2 - Les voies principales Deux voies reliaient Vienne à l’Italie et un troisième itinéraire
longeait, à quelque distance, la rive sud du Lac Léman. Comme on l’a
vu précédemment, il s’agit de vieux tracés prohistoriques sur lesquels
on ne relève pas de bornes milliaires avant la Tétrarchie (284-305). Ce
qui incite à penser que la reprise en main politique, après la " crise
" du milieu du IIIe siècle, s’est accompagnée, particulièrement
dans l’est de la cité de Vienne, d’une possible réfection
des routes, mais certainement aussi d’une manifestation de loyalisme
des populations à l’égard du pouvoir impérial qui, en écartant momentanément
la menace germanique, a restauré la paix. Au demeurant l’Empire avait besoin d’axes de circulation
reliant commodément l’Italie à la Gaule, et par delà les vallées
alpines, l’Italie aux Germanies et au limes rhéno-danubien.
La construction de voies nouvelles ou la réfection de celles plus anciennes
relèvent donc d’une stratégie défensive. Pour les deux voies empruntant
les cols alpins, selon la documentation, on s’aperçoit que l’œuvre
commencée par Dioclétien (milliaire de Chignin) a été poursuivie par ses
successeurs et notamment par Constantin. - La voie Vienne-Augusta Praetoria par Augustum (Aoste),
la vallée de l’Isère et le col du Petit-Saint-Bernard. A l’aide de l’Itinéraire d’Antonin, de la Table
de Peutinger et de la toponymie, il est possible de reconstituer dans
une large mesure le parcours de cette voie. L’itinéraire connu,
au départ de Vienne, se dirige vers Bergusium (Bourgoin), les hauteurs
qui dominent la Tour-du-Pin, La Bâthie-Mongascon pour atteindre Augustum
(Aoste). Entre Aoste et Chambéry, le tracé emprunté par la voie est incertain.
Grâce à la Table de Peutinger et l’Itinéraire d’Antonin,
on dispose de la mention d’une étape, mal localisée cependant, Labisco
à XIV milles d’Aoste, soit 20, 720 kilomètres. On a proposé de placer
Labisco soit à Lépin-le-Lac, au bord du Lac d’Aiguebelette,
soit aux Échelles, au sud ouest du Lac d’Aiguebelette, tous deux
à égale distance d’Aoste. De Labisco vers Lemincum (Chambéry), soit XIIII milles
(20, 720 kilomètres) selon la Table de Peutinger et l’Itinéraire
d’Antonin, la voie doit franchir la chine de l’Épine.
Si l’on retient Les Échelles comme point de passage, l’itinéraire
devait emprunter le tracé actuel de la RN 6 par le col de Couz (626 mètres),
pour rejoindre enfin Chambéry. L’autre itinéraire imposait l’ascension
de la chaine de l’Épine à plus de 900 mètres d’altitude soit
par le col du Crucifix (915 mètres), soit par le col Saint-Michel (903
mètres). En l’état actuel de la documentation, il est difficile
de trancher entre ces deux itinéraires. De Chambéry, la voie gagnait Montmélian, c’est-à-dire la vallée
de l’Isère. À Barby, à la sortie orientale de Chambéry, a été reconnu
l’emplacement de l’ancienne voie romaine. Un témoin incontestable
du tracé entre ces deux cités a été fourni récemment par le milliaire
de Dioclétien, découvert à Chignin, même s’il ne peut être considéré
comme étant en place (AE 1993, 1158). Elle devait retrouver à la
hauteur de Montmélian-Francin-Arbin la voie venant de Grenoble (Cularo).
Mais le paysage de la contrée a été grandement modifié, en 1248, par le
glissement de terrain du Granier qui a effacé irrémédiablement les traces
du passage d’une voie antique. Dans la combe de Savoie, la route remontait la rive droite de l’Isère
à l’abri des crues de la rivière et des zones instables. Elle quittait
le territoire de la cité de Vienne à la hauteur de Tours-en-Savoie, pour
emprunter, en pays ceutron, la vallée de la Tarentaise. et le col du Petit-Saint-Bernard
(Alpis Graia). - La voie Vienne-Augusta Praetoria (Aoste) par Cularo
(Grenoble), la vallée de l’Isère, Montmélian, ad Publicanos,
la vallée de la Tarentaise et le col du Petit-Saint-Bernard. Au-delà de Grenoble, la route antique remontait la vallée de l’Isère,
par le Grésivaudan rive droite, la Combe de Savoie et la Tarentaise. Elle
devait rejoindre la voie venant de Lemincum à la hauteur de Montmélian-Francin-Arbin. - La voie Vienne-Genève Elle emprunte le tracé déjà évoqué, en direction d’Augustum
(Aoste) et de Lemincum (Chambéry). Après Aoste, selon la Table
de Peutinger, sont attestées les étapes d’Etanna (Étain
ou Yenne ?), à XII milles d’Aoste, soit 17, 760 kilomètres, et de
Condate (Seyssel), à XXI milles d’Etanna, soit 31,
080 kilomètres. Entre ces deux sites, la voie suit la montagne au plus
près, sur la rive gauche du Rhône, traverse la Chautagne, jusqu’à
Seyssel. De là, ainsi que l’indique la Table de Peutinger,
la distance jusqu’à Genève est de XXX milles, soit 44, 400 kilomètres. Une voie secondaire reliait Seyssel à la sortie amont du défilé de l’Écluse,
où les marchandises qui étaient arrivées jusque-là par portage, en raison
de la perte du Rhône dans le secteur ennoyé depuis par la construction
du barrage de Génissiat, pouvaient à nouveau emprunter le cours du fleuve
pour atteindre Genève. 2. 3 - Les voies secondaires Elles quadrillent tout particulièrement l’est de la cité de Vienne
et leur étude a été faite à maintes reprises. - La transversale Genève-ad Publicanos et le col du Petit-Saint-Bernard Cette voie n’est attestée que par l’Itinéraire d’Antonin
: " A Mediolano per Alpes Graias, Argentorato..., Darantasia (Moutiers),
Casuaria (Faverges), Bautas (Annecy), Genaua... "
(347, 10-12). Ainsi Genève était reliée à la Tarentaise par une voie qui passait par
le uicus de Boutae (Annecy), au nord duquel devait être
érigée la borne milliaire marquant le XXIII mille, compté depuis Genève,
au nom de Constantin (ILHS, 118, milliaire conservé à Veyrier-du-Lac).
La voie ensuite empruntait la rive gauche du lac par Sévrier, où ont été
découverts un milliaire de Constantin et des vestiges de la voie, puis
Saint-Jorioz, le territoire de la commune, puis par Casuaria (Viuz-Faverges),
la cluse de Faverges et le val d’Arly, la route atteignait ad
Publicanos pour s’engager soit dans la Tarentaise en direction
du col du Petit-Saint-Bernard, soit dans la combe de Savoie sur la voie
venant d’Italie. La distance donnée par l’Itinéraire d’Antonin
entre Boutae et Casuaria est de XXX milles, soit 44, 400
kilomètres. - La voie d’Aix-les-Bains (Aquae) à Seyssel (Condate) D’Aix-les-Bains, une route gagnait l’Albanais et le uicus
Albinnensium, puis elle se dirigeait par Rumilly. Dans les gorges
du cours d’eau, en 1848, son tracé avait été relevé sur plus de
quatre kilomètres. La construction de la route moderne sur l’emprise
de la voie antique en a fait disparaître souvent le témoignage. Cependant
des vestiges significatifs de la voie romaine, taillée dans le rocher
ou soutenue par des hauts murs de pierres sèches, des traces d’ornières
et de rayures anti-dérapantes sur la chaussée subsistent à proximité des
deux tunnels de la route moderne quand on vient de la vallée du Rhône. Sur le cours supérieur du Fier, entre Thônes et Annecy, sur sa rive droite,
à l’entrée d’une gorge étroite est conservée une section de
voie romaine, taillée dans la paroi de la montagne par un particulier
Lucius Tincius Paculus qui a laissé son nom gravé dans le rocher " L(ucius)
Tincius / Paculus / peruium fecit ". - La voie d’Annecy (Boutae) à Aix-les-Bains (Aquae) Le tracé de cette voie a fait l’objet en son temps de reconnaissances
sur le terrain et d’une tentative de reconstitution. Elle quittait
Annecy en direction de Seynod, puis gagnait Gruffy et Cusy, après avoir
franchi le Chéran en un point inderterminé. En empruntant le tracé actuel
de la D 911, la voie atteignait alors Aix-les-Bains par les gorges du
Sierroz et Grésy-sur-Aix. - La voie de l’Arve Depuis Genève, pour gagner le Valais et le col du Grand-Saint-Bernard,
deux routes étaient possibles. Sans que l’on dispose d’éléments
significatifs, la première devait remonter le cours de l’Arve, sur
sa rive droite, au moins jusqu’à Thyez, un peu à l’écart du
lit du torrent en raison de ses crues violentes. Si l’on en croit
le bornage délimitant le territoire des Viennois de celui des Ceutrons
entrepris sous son règne, l’aménagement de cette voie remonterait
à Vespasien. La seconde route était constituée par la vieille piste protohistorique
au sud du lac Léman (voir infra). On peut envisager un tracé, qui remonte la rive droite du cours d’eau
jusqu’à Thyez. Sur ce site, la découverte d’une voie dallée
se dirigeant vers l’Arve (accès à un pont ou à un embarcadère ?),
datée de la fin du Ier siècle ou du début du IIe siècle, pourrait laisser
envisager que la voie traversait alors l’Arve, pour remonter la
vallée sur la rive gauche. De Thyez, par Cluses, Luzier, Réninge ou par
Sallanches, la voie arrivait à Passy et son sanctuaire de Mars. Ensuite,
par le col des Montets, la vallée de l’Eau Noire et du Trient, elle
descendait sur Martigny (Octodurus-Forum Claudii Vallensium). - La voie au sud du lac Léman Ainsi qu’en témoignent trois bornes milliaires (d’Annemasse,
de Crévy, de Monthey dans le Valais) érigées aux deux extrémités de cette
voie, les Romains ont repris le vieux chemin protohistorique qui longeait
à une certaine distance la rive sud du lac Léman. La construction de cette
route pourrait avoir été commencée par Dioclétien et Maximien (milliaire
de Monthey), à partir du moment où Genève, tout comme Grenoble se sont
constituées en cités autonomes et s’être achevée sous les deuxième
et troisième tétrarchies (milliaires d’Annemasse). Ainsi s’explique
que cette route ne soit mentionnée ni par l’Itinéraire d’Antonin
ni par la Table de Peutinger. À Thonon, elle emprunte la vallée
de la Dranse d’Abondance pour gagner le Pas-de-Morgins et rejoindre
Tarnaiae (Massongex) et Forum Claudii Valensium (Martigny). |
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