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Le patrimoine fortifié des Etats de Savoie
Auteur : Honoré COQUET - Niveau de lecture : Public |
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Le contrôle et la sécurité des routes internationales (XIème au XVème siècle)
Le fondateur de la Maison de Savoie, Humbert Ier (vers 980 - 1048),
développa, au milieu du XIème siècle, une politique routière en s'assurant
le contrôle de deux voies de communication essentielles, l'une drainant
Belley, Chambéry, Montmélian, la vallée de la Maurienne jusqu'à la partie
occidentale du Mont-Cenis, l'autre joignant le lac de Genève, le col du
Grand-Saint-Bernard et le Val d'Aoste. Odon fils d'Humbert Ier épousa
Adélaïde de la famille des Ardoin de Turin ; elle lui apporta le versant
oriental du Mont-Cenis, Suse et Turin. Il contrôlait ainsi le principal
passage des Alpes. La Maison de Savoie assise sur les deux principaux
itinéraires alpins permettait aux deux grands foyers économiques de l'Europe,
les Flandres et l'Italie du Nord dont Venise, d'échanger leurs marchandises
aux foires de Champagne, puis aux foires de Genève jusqu'à la fin du XVème
siècle (Annexe 1). Les péages enrichirent
la Maison de Savoie qui devint une puissance. Celle-ci pour assurer sa
pérennité dut veiller à la sécurité des deux itinéraires grâce à des ouvrages
fortifiés s'égrenant de Bourg-en-Bresse à la plaine du Pô. Certains ont
disparu, tels ceux de Montmélian, à la frontière du Dauphiné ; Charbonnières
surplombant Aiguebelle en Maurienne ; etc. ... D'autres ont traversé les
siècles et apparaissent tels des témoins : le château de Miolans au débouché
de la Maurienne (Annexes 2 et 3),
le fort d'Exilles en vallée de Suse, etc ... Sur l'itinéraire Nord demeurent
: l'ouvrage de Bard dans la cluse à la limite du Val d'Aoste et de la
plaine du Pô (Annexe 4), le château de Chillon,
à l'extrémité Est du lac Léman, Les Clées en Pays de Vaud juste à l'accès
du col de Jougne dans le Jura (Annexe 5).
Les ouvrages fortifiés médiévaux construits en pierre connurent une
évolution architecturale étalée sur deux périodes : A partir du XIII° siècle, les Comtes se soucièrent de fortifier les
cités en les entourant d'une enceinte. Le bourg des Marches, près de Montmélian,
en donne encore, à ce jour, une bonne idée. Outre le contrôle des deux grandes voies de communication, la défense
du comté puis du duché s'appuyait sur un puissant réseau de châteaux et
maisons fortes implanté en profondeur ce qui diluait et épuisait l'adversaire.
Un exemple significatif est celui du réseau fortifié de la Combe de Savoie,
au carrefour de Montmélian. Les châteaux évoluèrent et on note la présence
d'une, deux et même trois tours rondes tel le château des Marches, près
de Montmélian. Toutefois, spécialité du Pays de Vaud alors savoyard, certains
châteaux en comportaient quatre, une à chaque angle, tel que l'on peut
encore le voir à Morges, bel exemple de "carré savoyard", près de Lausanne
(Annexe 6). Certains châteaux subirent au
cours des siècles, soit des modifications (Miolans, Morges, etc...), soit
des reconstructions avec des transformations complètes (Bard en vallée
d'Aoste, etc...). A l'époque, Genève se trouvait alors quasiment au centre géographique
des Etats de Savoie dont la limite Nord se situait dans la région de Fribourg
à la lisière de la Suisse alémanique. Par ailleurs, de par ses foires
du XVème siècle, Genève, ville déjà internationale, se situait au centre
de gravité économique des mêmes Etats de Savoie. Aussi la dynastie, tant
les comtes que les ducs, cherchèrent à s'accaparer la ville. La double
révolution de Genève, c'est à dire l'indépendance politique de la République
et l'abolition du catholicisme avec l'avènement de la Réforme, se termina,
en 1536, sous la protection de Berne avec laquelle Genève avait signé
un traité de combourgeoisie. Cette année-là, en effet, les Bernois en
liaison avec les troupes du roi de France, François Ier, conquèrirent
le Pays de Vaud, le Pays de Gex et le Chablais ; les Français occupèrent
le reste de la Savoie. Le duc Emmanuel-Philibert se retrouva presque sans
Etats. Il servit d'abord Charles-Quint puis Philippe II roi d'Espagne
et gagna pour eux et contre les Français la bataille de Saint-Quentin,
en 1557. Le traité de paix de Cateau-Cambrésis, en 1559, lui rendit la
partie de ses Etats occupée par les Français. Il restaura son armée, et
il sut faire respecter son indépendance, à une époque où l'Italie n'était
plus qu'une province espagnole. Il construisit en plat-pays des forteresses
tournées vers la France, vers l'Italie, et vers la Suisse. |
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