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Du
royaume burgonde au royaume de Bourgogne : les terres savoyardes de
443 à 1032
Auteur : Laurent Ripart - Niveau de lecture : Public |
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III) Le retour des rois de Bourgogne (fin IXe-fin Xe siècle)
Les dernières années du règne de Charles le Chauve (843-877) furent marquées par la montée en puissance du comte Boson : 1) Pur produit de l’aristocratie franque, Boson était issu d’une famille lorraine, dont la puissance s’était développée dans l’entourage immédiat du roi Lothaire II (855-869). 2) A la mort de Lothaire II en 869, Boson fit appel à Charles le Chauve, qui accourut pour s’emparer de la succession de son neveu. Pour affermir cette alliance qui lui ouvrait les portes d’un nouveau royaume, Charles le Chauve épousa la sœur de Boson. 3) Beau-frère du roi, Boson devint aussi son homme de confiance : Charles le Chauve lui confia le gouvernement du Lyonnais et du Viennois après qu’il en eut chassé Girart en 870-871. 4) Boson devint dès lors le favori de Charles le Chauve : lors des fêtes de Pâques de l’année 875, le roi l’associa même à la commémoration des morts de la lignée carolingienne, qu’il avait organisée dans l’abbaye de Saint-Denis. 5) Lorsque la mort en 875 de Louis II permit à Charles le Chauve de s’emparer de la couronne impériale et du royaume d’Italie, il en confia le gouvernement à Boson, qu’il autorisa à épouser Ermengarde, fille et héritière de Louis II. Avant même la mort de Charles le Chauve, Boson était devenu suffisamment puissant pour pouvoir se passer de son protecteur et mener une politique purement personnelle : 1) En 877, Boson intrigua avec Louis le Bègue, qui profitait de l’absence de son père pour se révolter. La mort de Charles le Chauve assura le succès de l’insurrection. 2) Tandis que Louis le Bègue devenait roi, Boson se mit en relation avec le pape Jean VIII, qui lui proposa la couronne impériale en échange d’une protection militaire. L’hostilité de l’aristocratie italienne fit toutefois échouer le projet, contraignant Boson à quitter l’Italie pour la vallée rhodanienne. 3) En avril 879, la mort de Louis le Bègue provoqua une grave crise dynastique. Si l’aristocratie finit par se rallier aux deux fils que le roi avait eus d’un mariage à la légitimité douteuse, les nouveaux souverains ne bénéficiaient que d’une autorité faible et contestable. 4) Après avoir longtemps hésité, Boson franchit le Rubicon en octobre 879, lorsqu’il se fit couronner roi à Mantaille par une assemblée de grands qu’avait réunie l’archevêque de Vienne. Le coup de force de Boson suscita une opposition très ferme des derniers descendants légitimes de Charlemagne, qui oublièrent un temps leurs querelles pour faire front contre l’usurpateur : 1) Au lendemain de Mantaille, les derniers Carolingiens survivants coordonnèrent leurs efforts pour isoler Boson, dont l’autorité ne dépassa guère le Viennois et le Lyonnais. 2) Boson tenta alors de réveiller les vieux démons de la monarchie bourguignonne, comme en témoigne le magnifique chef-reliquaire de saint Maurice qu’il fit confectionner. 3) Boson ne put toutefois résister aux troupes légitimistes, qui entrèrent dans Vienne en 882. Sans doute ne survécut-il pas à cet échec, puisque nous perdons dès lors toute trace de sa présence. 4) Malgré son règne éphémère et effacé, Boson laissa un souvenir important dans la mémoire aristocratique locale : au XIe siècle, sa mémoire était suffisamment vivace pour que l’évêque de Maurienne lui attribuât le faux diplôme de donation du château d’Hermillon qu’il s’était fait confectionner. En 890, un nouveau royaume viennois fut créé par Arnulf, fils et héritier de l’empereur Charles III, en faveur de Louis, fils de Boson et d’Ermengarde : 1) A la différence de son père, Louis était un souverain des plus légitimes. Petit-fils de Louis II par sa mère, il était considéré comme un Carolingien de pure souche par la société politique de son temps. Surtout, il avait reçu son royaume des mains d’Arnulf, qui l’avait symboliquement adopté. 2) Au lendemain de la mort d’Arnulf, Louis fut appelé par l’aristocratie du royaume d’Italie. Couronné roi à Pavie, il reçut en février 901 la couronne impériale à Rome. Il ne put toutefois faire face à la révolte du marquis Bérenger de Frioul, qui le chassa d’Italie et le contraignit à rentrer à Vienne en 902. 3) En 905, Louis tenta de nouveau sa chance en Italie. Après quelques succès éphémères, il fut capturé par Bérenger qui le renvoya à Vienne après lui avoir fait arracher les yeux. Désormais aveugle, Louis fut contraint de s’en remettre totalement à son cousin Hugues d’Arles, qui assuma dès lors l’essentiel du pouvoir royal. 4) En 926, Hugues d’Arles franchit les Alpes et se fit couronner en Italie. Privé de son homme fort, le royaume bosonide perdit de plus son souverain, après que Louis se fut éteint en 928 dans l’indifférence générale. Au terme d’un accord obscur, Charles-Constantin, fils de Louis, parvint à obtenir le gouvernement du Viennois, sous la souveraineté très théorique de son cousin royal, Raoul de France.
Au nord de la Bourgogne viennoise des rois bosonides, la Bourgogne transjurane devint le centre de la royauté rodolphienne : 1) Les Rodolphiens étaient issus de la très puissante famille des Welfs, qui avait joué un rôle déterminant dans l’histoire de l’empire carolingien tout au long du IXe siècle. 2) Ancêtre de la lignée rodolphienne, le comte Conrad d’Auxerre fut investi par Lothaire II de l’abbaye de Saint-Maurice et du duché de Bourgogne transjurane, dont il fit la conquête en 864 au détriment du bosonide Hubert. Il posa ainsi les fondements d’un pouvoir princier, qu’il transmit à son fils Rodolphe. 3) En janvier 888, alors que l’aristocratie franque avait déposé Charles III, Rodolphe se proclama roi dans l’abbaye de Saint-Maurice et tenta de s’emparer de l’ensemble de la Lotharingie. Après avoir reçu au printemps le sacre royal à Toul, il se heurta à la vive réaction d’Arnulf et se replia sur la Bourgogne transjurane. 4) En proie à l’hostilité d’Arnulf, qui tenta de placer son fils Zwentibold sur le trône de Bourgogne, Rodolphe parvint à se maintenir en Transjurane, donnant ainsi naissance à un nouveau royaume. A la mort de Rodolphe Ier, en 912, son fils Rodolphe II lui succéda. Son règne fut pour l’essentiel marqué par sa politique italienne : 1) En 919, Rodolphe II envahit le duché de Souabe, mais fut mis en déroute par le duc Burchard II. En 923, il épousa la fille de Burchard II, qui lui apporta son soutien dans sa tentative de conquête de l’Italie. 2) En 921, le comte de Bergame était venu proposer la couronne d’Italie à Rodolphe II, au nom de l’aristocratie italienne en rébellion ouverte contre le roi Bérenger. Selon Liutprand de Crémone, le comte de Bergame aurait apporté en signe d’allégeance au roi de Bourgogne une lance-reliquaire, qui aurait appartenu à l’empereur Constantin. 3) Répondant à l’appel de l’aristocratie italienne, Rodolphe II entra à Pavie en 922. Il entra toutefois en conflit avec l’aristocratie qui l’abandonna et fit appel à Hugues d’Arles, dont les troupes pénétrèrent en Italie en 926. Après que l’armée d’Hugues d’Arles eut battu et tué son beau-père Burchard II de Souabe, Rodolphe II abandonna ses prétentions et rentra en Bourgogne. Affaibli par sa défaite en Italie, Rodolphe II fut contraint d’accepter la tutelle de la royauté ottonienne : 1) Au lendemain de la mort au printemps 926 du duc Burchard II de Souabe, le roi germanique Henri Ier parvint à reprendre le contrôle de la Souabe qu’il confia au Conradin Hermann. 2) A l’automne 926, Rodolphe II vint à Worms rencontrer Henri Ier : en échange de l’alliance ottonienne, il remit au roi de Germanie sa lance-reliquaire, lui cédant ainsi symboliquement ses droits sur le royaume d’Italie. 3) En juillet 937, Rodolphe II mourut en laissant son royaume à son jeune fils Conrad. Hugues d’Arles saisit aussitôt l’occasion et envahit la Bourgogne. Il épousa la veuve du roi défunt et donna en mariage Adélaïde, fille de Rodolphe II, à son fils Lothaire. 4) Le roi Otton Ier, fils et successeur d’Henri Ier, n’avait pas l’intention de laisser Hugues d’Arles s’emparer du royaume de Bourgogne. En septembre 937, il fondait à Magdebourg un monastère dédié à saint Maurice et à la mémoire de Rodolphe II. Après s’être ainsi posé en protecteur de la monarchie rodolphienne, Otton Ier envahit la Bourgogne, en chassa Hugues d’Arles et revint en Germanie, ramenant avec lui le jeune Conrad, fils et successeur de Rodolphe II. Après avoir passé quelques années à la cour d’Otton Ier, Conrad revint vers 942 en Bourgogne transjurane. Dans des circonstances obscures, il parvint à recueillir la succession du défunt Louis l’Aveugle, grâce au soutien du pouvoir ottonien 1) Au terme du conflit de trois ans qui l’opposa de 939 à 942 au roi Otton Ier, le roi Louis IV de France fut contraint à céder le royaume de Bourgogne bosonide à Conrad, sans doute lors du traité de Visé (novembre 942). 2) Au début de l’année 943, Conrad entra dans Vienne aux côtés du duc bosonide de Bourgogne Hugues le Noir et prit possession de son nouveau royaume. Malgré cette nouvelle annexion, la monarchie rodolphienne, désormais placée sous tutelle ottonienne, fut incapable d’offrir une résistance sérieuse aux nouvelles vagues d’invasions qui se développèrent au cours du Xe siècle : 1) Dans les années 930, les souverains rodolphiens furent impuissants à s’opposer aux raids dévastateurs en Hongrois en Bourgogne. Sans doute en 934, le monastère de Savigny en Lyonnais fut ainsi pillé par un groupe de Magyars. 2) La monarchie bourguignonne fut aussi impuissante à lutter contre les pirates espagnols, qui s’étaient établis au début du Xe siècle sur le site de Fraxinetum, à proximité de l’actuel golfe de Grimaud. Longtemps marginale, la présence de ces pirates devint dangereuse après que la monarchie italienne eut fait appel à ces " Sarrasins " pour les utiliser comme mercenaires, en les installant sur les routes alpines, pour surveiller les frontières du royaume. Dans les dernières années du règne de Conrad (937-993), ces " Sarrasins " s’étaient suffisamment développer pour oser rançonner à Orcières l’abbé Maïeul, alors qu’il allait franchir le col du Mont-Genèvre. 3) Le royaume rodolphien Après 942, les Rodolphiens se trouvèrent à la tête d’un royaume de près de 200 000 km2, dont l’organisation interne était très proche de la structure des autres royaumes post-carolingiens : 1) Autour de Vienne et dans la Bourgogne transjurane s’étendait l’essentiel du domaine royal, que le souverain possédait en propre ou par l’intermédiaire des abbayes dont il s’était réservé l’abbatiat laïc, comme à Saint-Maurice d’Agaune ou à Saint-André-le-Bas de Vienne. Le roi possédait par exemple de très nombreux fiscs dans la combe de Savoie et la cluse de Chambéry qu’il traversait fréquemment lorsqu’il venait séjourner dans l’importante villa qu’il possédait à Aix-les-Bains. 2) Au-delà de cet espace domanial s’étendaient des espaces plus périphériques, comme la vallée d’Aoste ou le Valentinois, où le roi ne possédait aucune terre en propre, mais avait conservé une très forte influence, en gardant en particulier le contrôle des nominations aux sièges épiscopaux. 3) Au nord et au sud, le royaume rodolphien avait vu se développer les principautés du comté de Bourgogne (future Franche-Comté) et du comté de Provence. Dans ces deux comtés, le roi ne possédait qu’une souveraineté nominale, puisque le pouvoir royal avait été entièrement médiatisé par les dynasties comtales. A l’exception des comtés de Provence et de Bourgogne, la royauté était ainsi parvenue à conserver un certain contrôle sur les honneurs et les bénéfices, ce qui lui avait permis d’enrayer les tendances à l’émancipation de l’aristocratie : 1) Tout au long du Xe siècle, les honneurs comtaux demeurèrent viagers, ce qui explique que les historiens ne parviennent pas à identifier la moindre dynastie comtale, en dehors des principautés des comtés de Provence et de Bourgogne. Bien que la documentation ne nous autorise guère à émettre un jugement définitif, il semble bien que les honneurs comtaux du royaume rodolphien ne se définissaient pas comme des pouvoirs territorialisés, comme semble le montrer la quasi-absence de titulatures du type " comte de tel comté ", au profit de simples titres comtaux sans définition spatiale. 2) Pour l’essentiel, les honneurs fondamentaux demeuraient les cathédrales et les abbayes, dont le souverain se réservait le contrôle. A compter du milieu du Xe siècle, le rôle traditionnel des pouvoirs ecclésiastiques s’accrut encore, lorsque la monarchie concéda massivement les pouvoirs publics aux évêques et abbés. A la fin du Xe siècle, le royaume de Bourgogne avait ainsi adopté une organisation politico-ecclésiastique très proche de la structure de Reichskirchensystem (système d’église impériale), qui s’était mis en place dans l’Allemagne ottonienne du Xe siècle. 3) En empêchant l’aristocratie de s’organiser autour d’honneurs héréditaires, la monarchie avait ainsi contraint les grandes familles à se structurer en parentèles, autour des détenteurs des sièges épiscopaux et des parents immédiats du roi.
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