| < |
| Toutes les cartes |
| Cartes Historiques |
| Relief |
| Précipitations |
| Géologie |
| Administration |
| Végétation |
| Energie |
| Transport |
| Agriculture |
| Religion |
| Tourisme |
| Industrie |
|
Archives
Haute Savoie |
| Archives
communales et intercommunales |
|
Publications |
| |
- |
| . |
LA LITTERATURE SAVOYARDE Auteur : Louis TERREAUX - Niveau de lecture : Scientifique |
|
|
|
Les lettres patoisesA - Avant le XVIe siècleIl n’existe pas, en Savoie, avant le XIVe siècle, de textes littéraires. Les seuls témoignages écrits dont nous disposons, sont des chroniques, comme celle de l'abbaye de la Novalèse, des vies de saints, ou des documents administratifs. Ils sont tous rédigés en latin. L’usage du latin se prolongera plus longtemps que dans le royaume des Capétiens. On a même habillé à l’ancienne des mots patois ou français pour désigner des réalités nouvelles. Cet emploi courant du latin se prolonge au moins jusqu’au milieu du XIIIe siècle, et bien plus longtemps dans les textes solennels comme les chartes de franchise. De son côté, la chancellerie impériale prolongera longtemps cet usage : le diplôme de l’empereur Sigismond qui érige la Savoie en duché en 1416 est écrit en latin. Guillaume Fichet, à la fin du XVe siècle, s’adresse en latin aux princes européens et notamment au duc de Savoie et à ses frères, dans des lettres où il les presse de prévenir une nouvelle invasion de l’Europe par l’Islam. D’autre part, l’utilisation du Français, dans la langue de la chancellerie, rare avant le XIVe siècle, est émaillée de formes dialectales, plus fréquentes qu’on ne l’a dit. Le manuscrit probablement le plus ancien de la chronique de Savoie de Cabaret rédigée entre 1417 et 1419 présente des formes locales indubitables, comme le sonjon pour le sommet, le molard pour le tertre. Dans un article important de 1988, consacré au français et à la langue locale à la Cour de Savoie au XVe siècle, G. Mombello [1] en a relevé un bon nombre. L’orthographe n’étant évidemment pas fixée, on comprend que les formes doivent être interprétées avec prudence. Toutefois, quand on lit des infinitifs comme alar, avisar, parlar, portar, ou des participes comme livra, manda, trova, on ne peut pas ne pas faire de rapprochement avec les formes du patois actuel, même si on trouve parfois des formes en é concomitantes. Quand la chancellerie écrit baillia dues besties (donna deux bêtes), ou que Philippe de Bresse (1438-1497) signe un texte ou on a écrit le bolongier et le monnier pour le boulanger et le meunier, il est évident qu’il s’agit de marques dialectales. Quant aux œuvres en patois savoyard elles sont, à vrai dire, encore mal connues. L’Académie Florimontane en avait publié dans les années qui suivirent l’Annexion, grâce en particulier à Aimé Constantin et Alphonse Despine, alors que l’Académie de Savoie restait un peu indifférente, en dehors du docteur Louis Guilland ou de Mouxy de Loche. Il existe des études philologiques, des bibliographies dont la plus riche est celle de Joseph Désormaux, Bibliographie méthodique des parlers de Savoie parue à Annecy en 1922 et reprintée par Slatkine en 1981. Plusieurs travaux récents de Gaston Tuaillon, après son étude parue en 1961 dans le Bulletin philologique et historique, débordent le strict domaine savoyard. Mais on manque d’un ouvrage qui nous conduirait des origines à nos jours et permettrait de mettre en valeur ce patrimoine culturel que constitue le dialecte local. Il ne semble pas qu’on trouve, avant le XVIe siècle, des textes rédigés entièrement en patois et qui appartiennent à la littérature. En France, ils sont l’œuvre d’érudits qui déplorent la concurrence que fait le francien de l’Ile-de-France à leur langue provinciale. Il y a peu de cette attitude chez un poète comme Ronsard qui aime les mots du terroir pour leur valeur expressive et souhaite en conserver quelques-uns dans ses vers. En Savoie, Nicolas Martin, un poète musicien mauriennais écrit partiellement dans la langue locale, ce qui implique qu’elle était sa langue usuelle, comme celle de ses compatriotes. On a peu de renseignements sur la vie de Nicolas Martin. Lui-même s’est dit cytoyen de Sainct Jehan de Maurienne. Il chantait avec les chanoines, les clercs et les prêtres de la cathédrale. En 1560, il obtint la charge de marqueur des poids et mesures à Saint-Jean. Il mourut avant le 11 janvier 1572 ; à cette date, le candidat à sa succession fait part de son décès. Il avait une certaine science du Droit, lié à sa charge. D’après son œuvre, il n’ignorait pas la théologie. Sa culture profane est complètement en dehors de l’humanisme. Il connaissait sans doute les "Rhétoriqueurs" français. Il a joué comme eux sur les signifiés ou les sonorités. Nous n’avons de lui qu’un seul volume : Les Noelz et chansons nouvellement composez tant en vulgaire françoys que savoysien dict patoys, publiés à Lyon chez Macé (ou Mathieu) Bonhomme en 1555 et réédités en 1556. L’œuvre en français et en patois est mince. Elle est çà et là d’un accès malaisé dans les pièces en savoysien, en raison de termes abolis par l’usage, sans laisser de traces apparentes. Ses chansons profanes sont malicieuses, parfois franchement déshonnêtes. Dans ses Noëls, sans s’écarter fondamentalement de l’Ecriture, il a orné ses vers sans mièvrerie, joignant çà et là au pittoresque une dose d’humour et de fantaisie. Dans un contexte troublé par les conflits politiques et religieux, il implore la paix annoncée par les anges, reste fidèle à son duc malgré l’occupation française et refuse violemment loz novoz entendemens, "les nouvelles idées" qui déchirent l’unité de l’Eglise. Il maîtrisait si bien la langue vernaculaire que dans la pièce l’Esglisitz creyt sen que je crey, "l’Eglise croit ce que je crois", il expose en sept strophes bien charpentées les éléments fondamentaux de la Réforme. Un tel Noël ne relève évidemment pas de la poésie populaire, pas plus d’ailleurs que les autres pièces d’inspiration religieuse. Quant à sa musique, nous ne connaissons de lui aucune polyphonie. Mais elle a inspiré de nombreux artistes dont on peut citer les harmonisations de J. Berthi, J. Chailley, E. Lugnet, J. Langlois.
|
|
| - |
|